SGTM : histoire d’un mastodonte de la construction

Le fondateur du groupe, Ahmed Kabbaj, décédé le 4 janvier, laisse derrière lui un géant de la construction. La SGTM a contribué à de grands projets réalisés dans le pays : Tour Maroc Telecom, Twin Center, LGV, Pont Hassan II… Quatre filiales africaines sont en cours de création.

La Tour Maroc Telecom, le Twin Center, le Morocco Mall, la LGV, le Pont Hassan II, etc. Ces références composent, entre autres, la carte visite d’un groupe marocain des plus emblématiques. La Société Générale des Travaux du Maroc (SGTM), qui a réalisé ces projets, et tant d’autres sur le territoire national, a rendu un dernier hommage à son fondateur Ahmed Kabbaj, décédé, vendredi 4 janvier. Depuis 1971, année à laquelle il lança son projet ambitieux, accompagné de son frère Mhammed, le parcours de cette entreprise familiale est parsemée de grandes réalisations, considérées par Mohamed Kabbaj, son fils et directeur général du groupe, comme «des tournants dans la vie de cette entreprise et dans celle de l’économie nationale». Il est presque impossible de séparer l’homme de son œuvre, tant l’impact de ses idées sur l’évolution du groupe, est colossal. En tout cas, les projets réalisés par ce groupe, à l’ADN purement marocaine, en disent long sur sa vision et son engagement.

Près d’un demi-siècle d’existence

Revenons au début des années 70. Cette période était marquée par une volonté régalienne de «marocaniser» l’économie, alors dominée par des entreprises étrangères, notamment françaises. Cela a-t-il été décisif dans le lancement de la SGTM ? Fort probablement, oui. En tout cas, selon Mohamed Kabbaj, en dépit des petits moyens mis en place pour démarrer l’activité de l’entreprise, les ambitions des deux protagonistes étaient grandes. «Quand mon père et mon oncle Mhammed Kabbaj, diplômés respectivement de Ponts & Chaussées et de l’ESTP, ont lancé la SGTM, avec un très petit capital, ils avaient l’ambition de bâtir un grand groupe, d’où le choix du qualificatif «générale»», souligne Mohamed Kabbaj.

Très tôt, «et avec les moyens du bord», l’entreprise arrive à décrocher de grands marchés qui marqueront à jamais son histoire. Cela commencera par le marché de gros de Rabat, une réalisation «technique qui a permis à notre société de concurrencer les entreprises françaises sur un créneau jadis monopolisé par ces dernières», poursuit Mohamed Kabbaj. Cet aspect technique sera la valeur ajoutée de tout ce que réalisera l’entreprise par la suite. Un atout qui va en finir avec une dichotomie qui persistait dans le marché du BTP depuis l’indépendance: les projets techniques pour les entreprises françaises et les «moins techniques» pour les sociétés marocains. «Dès le départ, cela constituait la quintessence de la vision du groupe», confirme Hamza Kabbaj, frère de Mohamed et directeur des opérations de la SGTM.

Au cours de cette décennie, la politique des barrages bat son plein au Royaume. Quel a été le rôle de la SGTM en cette période ?
«Notre entreprise s’est attaquée à la réparation de ces édifices ainsi qu’à la réalisation des ouvrages hydrauliques. La construction du barrage de garde sur le Sebou, dans des délais très courts, nous a fait gagner la confiance et la reconnaisse du ministère de l’eau de l’époque. Depuis le début de l’activité, le groupe a choisi de se spécialiser dans les projets techniques ainsi que ceux à réaliser dans un délai très court», tient à préciser Hamza Kabbaj.

Fin des années 70, le projet de la réalisation de l’aéroport Mohammed V donnera un autre souffle à l’entreprise. D’autres grandes réalisations, comme la rénovation de l’hôtel Casablanca (Hyatt Regency) en cinq mois, la construction de l’emblématique Tour Atlas à Casablanca, ainsi que la réhabilitation de la Mamounia, avec l’architecte français André Paccard, confirmeront la réputation et le savoir-faire de la SGTM en tant qu’entreprise «capable de relever les grands défis».

Nador West Med, le nouveau défi du groupe

D’autres projets suivront. Des barrages, comme celui d’El Hachef qui a coûté 930 MDH, la STEP Afourer (1,6 milliard de DH), la voie double reliant Kénitra et Meknès, un investissement de plus de 2 milliards, pour ne citer que ceux-là, le groupe évoluera vers les projets clés en main, généralistes et techniques. «Plusieurs projets montrent cette vision. Je citerai à titre d’exemple les aéroports de Marrakech et de Casablanca», explique Mohamed Kabbaj.
Le partenariat avec le groupe OCP, l’ONCF ou l’Etat marocain se renforce de plus en plus. Ces partenariats ont permis au groupe d’évoluer, parallèlement à l’évolution continue des besoins de ces clients. Actuellement, le groupe se tourne aussi vers l’Afrique, avec quatre filiales en cours d’inauguration. Cette orientation continentale possède quelque chose de nouveau, précise Hamza Kabbaj, à savoir le financement de projets, un volet nouveau. «Tout en gardant l’esprit de défi, d’ambition et d’optimisme inculqué par feu Ahmed Kabbaj, un homme passionné et érudit», souligne son frère Mohamed. Concrètement, la SGTM construit actuellement le Port de Nador West Med, un projet de 5 milliards de DH. Le plus grand projet réalisé par le groupe sur le sol national.