Reprise de voitures : les concessionnaires s’y mettent en douceur

Une centaine d’opérations par mois recensée sur le marché contre moins de 50 il y a un an. Les concessionnaires y vont avec beaucoup de précaution en raison des risques que recèle cette activité. Les voitures chinoises, les grosses cylindrées essence et les marques mal représentées sont difficilement reprises.

La reprise de voitures de première main prend doucement chez les concessionnaires. Evidemment, on est encore loin des ambitions affichées au lendemain du lancement de cette activité, mais le réflexe commence à s’installer progressivement sur le marché. A en croire les concessionnaires, une bonne partie des clients venus acheter du neuf demande à avoir plus d’informations sur la formule et une partie d’entre eux finit par concrétiser. «Nous sommes sur un rythme de 15 véhicules repris par mois», informe Abdelouhab Ennaciri, directeur général de Scama, importateur de Ford. En plus du même volume de reprises, le directeur développement chargé de la VO chez Sopriam, Hosni Chraïbi, confie que sa concession vend une trentaine de véhicules d’occasion. Autrement dit, à la quinzaine de voitures reprises, s’ajoute la cession d’un nombre égal de véhicules de fonction et de démonstration propriété de la société. Il faut dire que l’importateur des marques françaises Peugeot et Citröen est très présente sur cette activité. Il est même le seul à diffuser un spot télévisé qui vulgarise le procédé. Hicham Benouna, gérant d’Autowarehouse, partenaire occasion de Fiat Chrysler Automobile Maroc, confirme l’intérêt suscité par la reprise. Une source chez Toyota Maroc affirme que sa société est pratiquement sur le même rythme que Ford et Sopriam, mais privilégie sa propre marque.

La procédure de transfert de propriété est lente

Le potentiel reste important du fait que le groupe Renault Commerce Maroc, qui contrôle plus de 35% du marché automobile, n’est pas encore sur le créneau. Pour le moment, une centaine de transactions par mois est recensée sur tout le marché contre moins de 50 il y a un an.

De l’avis des professionnels, la reprise et la vente d’occasion restent freinées par plusieurs facteurs. Déjà, même si la demande croît, les opérateurs préfèrent s’y mettre tout doucement. «A la différence du neuf, les véhicules d’occasion est un créneau à part qui obéit à d’autres logiques», explique M. Benouna. Confirmant ce point de vue, M. Ennaciri relève que l’activité VO et reprise comporte beaucoup de risques et peut occasionner des pertes sèches si le concessionnaire se trompe sur l’évaluation du véhicule objet de la transaction. Chose qui n’existe pas dans le neuf. Une voiture accidentée et bien réparée, un compteur avec un kilométrage trafiqué ou encore une peinture refaite ne doivent pas passer inaperçus ! Pour les repérer, il est donc indispensable de disposer de moyens techniques et informatiques adéquats. De surcroît, les procédures doivent être bien définies et respectées par les employés. A ce titre, l’élément humain est décisif car, en plus de la compétence technique, l’intégrité a un grand impact sur les résultats de la société au titre de l’activité VO.

En dehors de ces facteurs qui sont du ressort du concessionnaire, l’essor de la reprise est bridé par la lenteur de la procédure administrative de transfert de propriété. En effet, la mutation de la carte grise prend aujourd’hui 2 mois en moyenne avec des allers-retours interminables au Service des mines. «Les concessionnaires ne peuvent pas se permettre ce délai qui équivaut à une immobilisation de fonds», note M. Benouna.

De l’avis des concessionnaires, la reprise est très avantageuse pour le particulier. «Nous achetons à la valeur du marché et pouvons même donner un peu plus parce que nous pouvons vendre mieux», confie le directeur général de Scama. Pour lui, les véhicules repris sont généralement vendus avec une surprime correspondant au prix à payer pour le service d’un professionnel qui expertise le véhicule et donne une garantie à l’acheteur, chose que ce dernier ne peut pas avoir en passant par un intermédiaire.

Les marques propres sont privilégiées

De plus, les professionnels soulignent que la formule fait gagner du temps au client. Au lieu d’attendre de vendre sa voiture pour acheter une nouvelle, il peut faire toutes ses démarches le jour même chez son concessionnaire. Des montages financiers adaptés peuvent lui être proposés sur place. Par exemple, si l’achat se fait au comptant, le prix du véhicule d’occasion est déduit du prix d’achat du véhicule neuf ; s’il est à crédit, le client reçoit son chèque séance tenante. Souvent, le véhicule d’occasion remplace l’avance (25 à 30% du prix du véhicule).

Dans la pratique, les opérateurs qui ont investi ce marché prennent aujourd’hui toutes les voitures, mais privilégient leurs propres marques. Dans tous les cas, des critères précis sont respectés. La voiture doit avoir 5 ans au maximum; elle ne doit pas être accidentée; elle doit afficher moins de 120000 kilomètres au compteur et sa peinture doit être d’origine de préférence. Les petites voitures chinoises, les grosses cylindrées essence et les marques dont le service après-vente laisse à désirer sont peu prisées.

Les concessionnaires sont en train de mettre en place les départements dédiés et les procédures pour adresser, sans risques, ce segment. Plusieurs opérateurs finalisent leur offre intégrée de l’activité VO et reprise, à l’image de Ford qui étendra le concept à tous les showrooms à partir de mai. En plus, la marque à l’ovale bleue va élargir l’offre qu’elle propose à ce jour. Elle offrira dorénavant la garantie globale sur le véhicule d’occasion (tout le véhicule en plus du bloc moteur), des prestations d’entretien gratuit et la possibilité de changer le véhicule d’occasion acheté au niveau d’un point de vente Ford au bout d’une durée à définir.