Réglementation thermique dans le bâtiment : au moins 4 500 architectes à former

La loi est adoptée depuis 2015 mais les décrets d’application ne sont toujours pas publiés. Seulement une soixantaine d’architectes de la région Tanger-Tétouan formés par la GIZ. L’objectif du conseil national est de couvrir toutes les régions au courant de cette année.

Il y a encore beaucoup de chemin à faire avant que la réglementation thermique dans les bâtiments ne soit obligatoirement appliquée. Depuis l’adoption de la loi en novembre 2015, aucune avancée concrète n’a été enregistrée. Il faut dire aussi que les professionnels attendent la publication des décrets d’application pour s’y conformer complètement. Toutefois, «dans certaines villes dont El Jadida notamment, cette réglementation est déjà entrée en vigueur», affirme Karim Sbaï, président du Conseil régional des architectes du Centre, qui s’interroge cependant sur «son application, son contrôle…».

En fait, l’architecte doit accompagner son plan d’une fiche énergétique qui détaille l’ensemble des mesures prises pour une autonomie complète ou quasi complète du bâtiment au niveau énergétique. Or, dans la majorité des cas, cette fiche n’est réalisée que pour obtenir la validation du plan et donc l’autorisation de construire. Et pour cause, le personnel de l’administration, dont notamment les architectes publics, n’ont pas encore les compétences nécessaires pour vérifier l’application de la réglementation thermique et la conformité des plans sur le bâtiment construit.

Les architectes peu emballés, même si la formation est gratuite

Pour pousser à la publication des décrets d’application, le Conseil national de l’ordre des architectes, avec l’accompagnement du ministère de l’énergie et des mines, a signé récemment une convention avec la GIZ, dans le but de former des architectes, qui seraient en mesure de former eux-mêmes d’autres confrères dans tout le pays. «La première région qui a été couverte par cette formation est Tanger-Tetouan, où une soixantaine d’architectes formateurs ont bénéficié gracieusement du programme de formation de la GIZ à propos de l’efficacité énergétique au Maroc», informe Azeddine Nekmouche, président du Conseil national de l’ordre des architectes.

Enfin, une avancée palpable pour le secteur, mais il y a un bémol. «Puisque les formations ne sont pas obligatoires, les architectes n’y adhèrent pas forcément», se désole M.Sbaï. Il est important que les architectes publics soient formés d’abord, car la responsabilité de validation de la conformité des plans à la loi leur revient essentiellement. «Cela est en cours de réalisation. Nous comptons dispenser ces formations à tous les architectes du Maroc qui souhaitent y adhérer au courant de cette année», explique M.Nekmouche.

Les professionnels qui ne désirent pas suivre cette formation couronnée par un certificat seront obligés de passer par un bureau d’études qui, lui, étudiera le plan d’architecte et établira la fiche pour leur compte. Ladite formation consiste essentiellement à vulgariser le contenu de la réglementation thermique et à faire comprendre les bases de calcul afin d’optimiser un bâtiment énergétiquement. «Cette formation englobe d’autres aspects également, à l’instar de la sensibilisation des professionnels aux dangers des signatures de complaisance, à la gestion du cabinet d’architecture, aux procédures administratives…», explique M.Nekmouche.
Pour le moment, on est encore loin du compte, puisque le Maroc compte 4500 architectes.

L’efficacité énergétique constitue un argument de vente pour les promoteurs

Les promoteurs, de leur côté, ne sont pas tous réticents à l’idée d’appliquer cette réglementation. L’inclusion du critère efficacité énergétique constitue même un argument de vente pour certains. «Il est vrai que l’introduction de ces normes représente un surcoût allant de 3% à 8% du coût du projet, en fonction du type du bâtiment, mais ce coût est évidemment répercuté sur le prix de vente au client», explique un promoteur.
Le client déboursera ce supplément mais obtiendra un bien immobilier plus durable, avec une énergie parfaitement optimisée et un surcoût qui pourrait rapidement être amorti.