Recharges, gratuités…, la bataille fait rage entre les opérateurs télécoms sur le segment du prépayé

Tous les opérateurs se sont mis à  la facturation à  la seconde. Le prix de la minute sur le prépayé tend vers celui d’une communication en abonnement. La moyenne de communication nationale est montée de 38 à  50 minutes entre 2010 et 2011.

La concurrence bat son plein dans le secteur des télécommunications. Avec la baisse progressive des prix de l’interconnexion dont le rythme a d’ailleurs été accéléré par l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), les opérateurs ont eu les mains libres pour mettre sur le marché des offres qui sont en train de bouleverser les habitudes de consommation.

Depuis quelques semaines, c’est sur le segment du prépayé que la bataille fait rage entre les opérateurs. Double du double et recharge à 1 DH chez Méditel, Bayn GSM chez Inwi, double recharge à partir de 5 DH chez Maroc Telecom…, chaque opérateur est passé à l’offensive avec de nouveaux services. Normal, parce que la démarche est de ne laisser aucun répit à la concurrence. Mais le choix délibéré et concordant d’attaquer sur le segment du prépayé relève d’une stratégie de recherche d’un relais de croissance.

Les offres promotionnelles se multiplient depuis le début de l’année

A la fin du premier trimestre 2012, le taux de pénétration du mobile était de 112,6%, contre 104%% à la même période en 2011, alors que le fixe, qui a perdu beaucoup de clients sur le résidentiel, est en baisse de 3 points sur la même période. Il n’y a donc plus grand-chose à gagner sur ce segment où règne en maître Maroc Telecom qui vient d’ailleurs de baisser ses tarifs vers tous les opérateurs mobiles nationaux et plusieurs destinations étrangères.

Mais sachant que le postpayé (abonnement) au Maroc intéresse seulement 1,65 million de clients, le filon est exactement sur le prépayé qui se trouve être un segment de consommation. Et justement, avec la baisse des prix, il faut faire du volume et les Marocains veulent bien communiquer entre eux, pourvu que leur bourse le permette. Avec les offres actuelles, on est loin du prix uniforme des 5 à 6 DH la minute, qui prévalaient au début des années 2000. Non seulement la première minute indivisible, jadis érigée en règle inviolable, a été abandonnée depuis, mais tous les opérateurs offrent la facturation à la seconde. Et puis, ils s’alignent sur le prix d’un dirham la minute et même sur certaines zones comme l’Europe ou l’Amérique, l’appel est facturé au tarif de la communication locale.

A éplucher le nombre d’offres déposées à l’ANRT, on se rend compte qu’il y a bousculade. En effet, sur le seul mois de janvier dernier, il y a eu, tous segments confondus (postpayé, prépayé et data), 15 nouvelles offres tarifaires voix sur le mobile et 10 sur la data (entendez par data l’internet et spécialement la 3G). Bien entendu, cela ne concerne que les particuliers. Et sur ces 25 offres, il y a 22 promotions, c’est-à-dire des offres limitées dans le temps.

En mars, on a comptabilisé pas moins de 8 offres voix et 4 data, dont 10 promotions, sur le seul segment du prépayé. Pour le postpayé, il y a eu 3 offres voix et 7 de data, soit 10 au total dont 9 promotions. Mais sur ce segment, il n’y a, en général, que deux à trois offres par mois.

On le voit bien, les opérateurs font preuve d’une vivacité inhabituelle pour encourager la consommation. Et ce n’est pas un hasard si la double et la triple recharge permanente ont fait une entrée remarquable sur le marché. Et c’est bien naturel, la baisse des prix doit être compensée par le volume. Les chiffres de l’ANRT font ressortir que la durée moyenne de communication est passée de 41 minutes par personne et par mois, en 2010, à 64 minutes à fin mars dernier. Il reste que la contraction des prix ne peut continuer à l’infini.

On s’achemine donc vers une sorte d’aplatissement de la courbe qui risque de faire disparaître la différence entre le prix de la minute en abonnement et en prépayé, même si sur le premier compartiment on est aussi dans une logique de baisse. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre, l’ensemble des opérateurs affine des stratégies de segmentation ciblant ceux qui, tout en ayant un portable dans la poche, prenaient la direction de la téléboutique, attendaient les promotions ou le soir pour appeler leurs proches au Maroc ou à l’étranger. Après une période de latence, la concurrence donne ses fruits, et, à terme, avec la disparition probable de la redevance de l’interconnexion, cela continuera.