Près de la moitié de la demande intérieure satisfaite par les importations

Cette proportion était de 31% au début des années 2000. Les produits alimentaires et les biens finis de consommation importés représentent 27% de la consommation finale de biens au lieu de 16% en 2000. 46.7% des consommations intermédiaires du système productif sont importés.

L’allègement du déficit commercial entamé depuis le début de cette année se poursuit. A fin octobre, les importations ont baissé de 8,6 milliards de DH (-2,7%) et les exportations de 3,2 milliards de DH (-2%). Le solde commercial ressort ainsi à -163,6 milliards de DH, au lieu de -169 milliards à la même période de l’année dernière. Ce qui est intéressant à noter, c’est que, à l’exception des demi-produits et des produits finis d’équipement, nécessaires au cycle de production, tous les autres groupes de produits à l’import ont reculé: -12,2% pour les produits alimentaires, -19,2% pour les produits bruts, -3,6% pour les produits énergétiques et -4,8% pour les produits finis de consommation.

Cependant, cette évolution, aussi intéressante qu’elle apparaît, ne traduit pas un changement substantiel dans la structure des échanges extérieurs ; c’est plutôt l’effet d’une conjoncture marquée, comme on sait, par une baisse des prix de l’énergie et la chute des importations de blé, consécutivement à la bonne récolte 2012/2013.

Il faut bien sûr retenir, au chapitre de l’export, la montée d’un secteur comme celui de l’automobile (+18,1% à fin octobre) et de l’aéronautique (+13,8%) et la poursuite dans leur tendance haussière des produits pharmaceutiques (+13,9%) et électroniques (+10,5%). A cette précision que ces deux derniers produits ne pèsent pas lourd dans les exportations totales (4,8% seulement).

En tout cas, pour le moment, et sans doute pour quelques années encore, le déséquilibre de la balance commerciale n’est pas près de se résorber. Et ceci pour la raison évidente que les exportations demeurent faiblement compétitives et peu diversifiées géographiquement, alors que les importations se sont accélérées avec les nombreux accords signés par le Maroc avec des partenaires étrangers et, plus généralement, l’ouverture de plus en plus grande du marché marocain aux produits d’importation. Un chiffre pour s’en convaincre: 44,1% de la demande intérieure (consommation et investissement) est aujourd’hui satisfaite par des produits étrangers. En 2000, le taux de pénétration (importations de biens et services par rapport à la demande intérieure) n’était que de 31%. Cela représente une hausse de 13 points en douze ans, soit plus de 1 point par an, en moyenne.

Evidemment, dans les importations, il y a des produits qui sont incompressibles. Autrement dit, le Maroc ne peut pas s’en passer, il en a même impérativement besoin pour soutenir la dynamique de croissance. C’est le cas des produits énergétiques, des biens finis d’équipement et des demi-produits. On peut même ajouter à cette liste certains produits alimentaires, comme le blé, dont l’importation est incontournable en période de sécheresse. Reste les produits finis de consommation et les produits alimentaires de manière générale. Leur poids, en valeur, dans la facture totale des importations s’établit à 28%, à fin 2012. Sur les dix premiers mois de 2013, cette part est de 26,2%.

Quoique cette part demeure encore élevée, elle est tout de même en baisse par rapport à la première moitié de la décennie 2000 où elle représentait 34% des importations. Mais il s’agit d’une baisse relative et pas absolue.

Ainsi, au sens strict du terme, et suivant les conventions établies par les comptables nationaux de par le monde (et au Maroc également), près de 30% des importations de biens sont destinées à la consommation finale (laquelle comprend la consommation des ménages, beaucoup plus importante, et la consommation des administrations publiques). Mais que représentent ces importations de produits finis de consommation et de produits alimentaires dans la consommation finale de biens, précisément ? 27% en 2012, au lieu de 16,3% en 2000, selon les calculs de La Vie éco (précision utile, les services, à l’importation comme à la consommation, ne sont pas intégrés dans ces calculs).

Croissance annuelle moyenne de 13,8% de la facture alimentaire entre 2002 et 2012

Si l’on veut faire une entorse aux concepts universellement utilisés, on pourra considérer également comme consommation les produits bruts importés (huile de soja brut ou raffinée, ferraille, débris de cuivre, graines et fruits oléagineux, etc.) et même à certains égards les demi-produits (matières plastiques artificielles, papier et carton, produits céramiques, désinfectants…). Mais, bien évidemment, ces produits sont nécessaires pour la production domestique, ce sont donc des consommations intermédiaires, à distinguer des produits finis de consommation. Les premiers permettent de créer de la valeur, les seconds de seulement satisfaire un besoin de consommation. Selon le ministère de l’économie et des finances, qui se base sur une étude du Conseil national du commerce extérieur (CNCE), le système productif marocain importe 46,7% de ses consommations intermédiaires. Ce qui implique que la croissance réalisée au Maroc, tant du point de vue de l’offre que de la demande, a un fort contenu en importations. La faible élasticité croissance/emplois trouve là, probablement, une bonne partie de l’explication.

En fait, ce qui interpelle surtout, ce sont moins les produits utilisés dans le cycle de production (consommation intermédiaire) que ceux destinés à la consommation finale (y compris les produits alimentaires). En 2012, le Maroc avait importé pour 41,8 milliards de DH de produits alimentaires, contre 15,2 milliards en 2002. Et quel qu’ait pu être le niveau de pluviométrie enregistré, la facture alimentaire a crû à un rythme annuel moyen de 13,8% entre les deux périodes. Le problème est qu’il paraît difficile de réduire cette facture, en particulier pour un pays touristique comme le Maroc, quand bien même certains produits importés peuvent être jugés, par certaines catégories de la population du moins, tout à fait superfétatoires (comme, par exemple les vins, les liqueurs ou encore les eaux minérales…).

Idem pour les produits finis de consommation : 65 milliards de DH à fin 2012, au lieu de 31,2 milliards en 2002. Entre les deux dates, l’importation de ces produits a crû à un rythme annuel moyen de 7,9%. Là encore, où est-il possible de «gratter» pour diminuer la facture ? Dans les produits de parfumerie, la quincaillerie des ménages, les vêtements confectionnés, les chaussures, les appareils de chauffage, les récepteurs radio et télé, les voitures de tourisme ? Pas évident… Et puis, le Maroc est membre de l’OMC et, en outre, a signé des accords avec des partenaires étrangers, comme déjà indiqué. Il en résulte qu’il est extrêmement difficile d’agir sur les importations -ou alors à la marge-  pour résorber le déficit commercial ou même simplement le réduire sensiblement. C’est pourquoi, et le constat a déjà été fait, ce sont les exportations qui doivent impérativement s’améliorer et de façon durable.