Port de Casablanca : les frais de magasinage en nette baisse !

Les frais avaient été augmentés en 2008 pour faire face à la congestion du port. La franchise est désormais fixée à 5 jours pour l’importation et 6 jours pour l’exportation. La dématérialisation des déclarations a permis de raccourcir considérablement la durée de séjour des conteneurs au port.

C’est une décision qui aura un impact très visible sur le coût de passage portuaire ! L’Agence nationale des ports (ANP) vient de réviser à la baisse les tarifs de magasinage (qui constituent un poste de charge important en plus de la manutention et du remorquage) au port de Casablanca. Depuis le 14 novembre, ce sont les tarifs du régime général qui sont appliqués au lieu de la grille provisoire instaurée le 14 avril 2008 et inscrite sur la feuille de route du 14 décembre 2007. A cette date, l’ANP avait mis en place un système de tarification dissuasif pour le magasinage afin de faire face à la congestion des terminaux à conteneurs au port de Casablanca. Ce dernier consistait à appliquer une redevance de 50 DH par jour pour un conteneur 20 pieds ayant séjourné entre 8 et 10 jours,100 DH entre 11 et 13 jours, 150 DH entre 14 et 16 jours, 190 DH entre 17 et 19 jours, 230 DH entre 20 et 22 jours, 270 DH entre 23 et 25 jours, 300 DH entre 26 et 28 jours, et 330 à partir du 29e jour. La facture est doublée pour le 40 pieds. De plus, la franchise (délai pendant lequel l’importateur ne paie pas de frais de magasinage) était fixée à 7 jours. Les opérateurs qui récupèrent leurs conteneurs au delà de ce délai devaient s’acquitter des droits de magasinage à partir du premier jour. Par exemple, un conteneur 20 pieds qui aura séjourné 12 jours au port est passible de 1 200 DH (12 x 100 DH). Au-delà du 30e jour, l’opérateur du terminal à conteneurs pouvait faire transférer le conteneur dans une zone de stockage extra portuaire avec des frais additionnels.

Ce système est maintenant révolu ! La franchise est désormais fixée à 5 jours pour l’importation et 6 jours pour l’exportation. Au delà, le récipiendaire est tenu de régler les frais de magasinage uniquement à partir du 6e jour pour les importateurs et du 7e pour les exportateurs. Les tarifs appliqués sont de 50 DH par jour pour les durées comprises entre 5 et 15 jours et 200 DH au-delà. Pour les conteneurs vides, il faut compter 20 DH entre 5 et 8 jours et 34 DH entre 8 et 15 jours. Contrairement aux conteneurs pleins, ces deux tarifs sont appliqués d’une manière cumulative. Au-delà du 15e jour, les conteneurs vides non évacués peuvent être transférés par les services du manutentionnaire dans une zone dite de longs séjours moyennant des frais de transfert (700 DH pour les 20 pieds et 800 pour les 40). L’ensemble des tarifs sera augmenté de 2% par an.

Des économies substantielles pour les importateurs

En agissant de la sorte, l’ANP ne fait que répondre à une doléance des usagers du port. «Comme nous l’avons expliqué à l’autorité portuaire à maintes reprises, les tarifs provisoires de 2008 n’avaient plus raison d’être après la décongestion des terminaux, et qu’il fallait revenir aux tarifs du régime général», explique Rachid Tahri, président de la Fédération des freight forwarders du Maroc, affiliée à la CGEM. Il explique que vu les délais de séjour compris entre 5 et 7 jours, la décision est «pertinente et sage». Pour Aziz Mantrach, président de l’APRAM, il s’agit d’une décision courageuse pour rétablir une situation normale. Du côté de l’ANP, on explique que la décision intervient après constatation de l’amélioration notable des indicateurs de performance de transit des conteneurs notamment grâce à PortNet (le délai de séjour a été ramené de plus de 14 jours en 2007 à 6,8 en moyenne en octobre 2016 selon le dernier tableau de bord du guichet unique). L’entrée en service, depuis le 24 octobre, du terminal à conteneurs TC3 (600 000 EVP) du port de Casablanca va dans le même sens.

«Cette révision des prix va se répercuter directement sur le coût de passage portuaire. L’importateur verra sa facture baisser substantiellement. En moyenne, la grille ancienne de tarification équivaut à 10 fois le coût actuel», relève M. Tahri. Il se félicite de voir l’ANP jouer pleinement son rôle de régulateur. Une source très bien placée à Marsa Maroc confirme cette baisse qui va se répercuter à coup sûr -à situation constante- sur les comptes du concessionnaire du port qui collectait des recettes exceptionnelles sur l’activité magasinage, bien que 85% de son chiffre d’affaires soient tirés de la manutention.

L’ANP se réserve le droit de revenir aux tarifs dissuasifs

Reste maintenant à savoir si cette décision ne ramènera pas les problèmes de congestion étant donné les prix très bas et les délais de franchise. Nombreux sont ceux qui pensent qu’on n’est plus dans la même configuration qu’en 2007. La majorité des opérateurs travaillent aujourd’hui à flux tendus et veillent sur la performance de leur supply chain. A travers la dématérialisation et un minimum de gestion en amont de sa chaîne logistique, tout opérateur peut respecter les délais de franchise. «Souvent, c’est nous qui demandons aux autorités de nous libérer les conteneurs qui peuvent être bloqués pour des raisons indépendantes de notre volonté, notamment les contrôles», confie un transitaire. 

Dans les cas spéciaux où la marchandise doit séjourner deux ou trois semaines au port, il existe aujourd’hui une offre très diversifiée de magasins et aires de dédouanement (Meads) et de ports secs, notamment ceux de la SNTL, où les opérateurs peuvent stocker à moindre coût. De plus, le TC3 a permis d’élargir la superficie réservée aux conteneurs.

Au port de Tanger Med, le problème de magasinage ne se pose même pas, étant donné que le port est orienté transbordement. Une source proche de Tanger Med Port Authority (TMPA) explique qu’APM Terminals (le concessionnaire du port) et TMPA fluidifient la chaîne et les procédures au maximum pour atteindre leurs objectifs de transbordement. « Un espace encombré signifie que des conteneurs sont manipulés en moins, alors qu’un fort taux de rotation est le seul critère de performance de tout port de transbordement», explique notre source.

Quoi qu’il en soit, une source à l’ANP souligne que la grille actuelle n’est pas immuable et que l’ANP se réserve toujours le droit de revenir aux tarifs dissuasifs de magasinage pour faire face à des situations éventuelles de congestion, quand il le faudra.