Plan Maroc Vert : le vibrant hommage de la FAO (2ème partie)

Lancé en 2008, le Plan Maroc Vert a incontestablement métamorphosé l’agriculture marocaine qui était décimée pendant plusieurs décennies.

Quelle évaluation faites-vous de la démarche et des actions du ministère de l’agriculture au Maroc en matière de développement durable et de préservation des ressources ?

Le Maroc a mis en œuvre le Plan national de l’économie de l’eau d’irrigation qui a pour objectif de convertir le système d’irrigation gravitaire au système d’irrigation localisée notamment le système goutte-à-goutte. Les superficies équipées en goutte-à-goutte ont enregistré une augmentation importante entre 2008 et 2014 pour atteindre environ 410 000 hectares contre 550 000 ha prévus à l’horizon 2020 par le Plan Maroc Vert. La FAO a accompagné le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime pour définir le cadre stratégique du passage à l’irrigation localisée ; arrêter la méthodologie du passage à ce système ; identifier les types d’aménagements collectifs les plus adéquats ; développer les outils d’accompagnement des irrigants pour le passage à l’irrigation localisée collective ; proposer les systèmes de valorisation de l’eau d’irrigation et les modes d’organisation professionnelle des irrigants.

Par ailleurs, et dans le cadre de l’initiative régionale pour faire face à la pénurie de l’eau, le Maroc a été parmi les premiers pays de la région à faire une évaluation nationale qui a analysé la problématique de la sécurité alimentaire dans un contexte de rareté de l’eau en adoptant des outils d’analyse innovants développés par la FAO tels que la comptabilité de l’eau, l’analyse des écarts et la courbe des coûts d’approvisionnement alimentaire. Cette évaluation conduite par une équipe nationale multidisciplinaire relevant de plusieurs départements ministériels et institutions nationales et appuyée par les experts de la FAO a permis de faire des recommandations pour mieux préparer le pays au phénomène de la pénurie de l’eau. Plusieurs de ces recommandations sont en cours de mise en œuvre avec l’appui de la FAO notamment en matière de réduction des pertes et gaspillages alimentaires, de gouvernance inclusive des eaux souterraines. D’autres sont en cours de préparation et concernant la valorisation des opportunités qu’offrent les filières de production pour lesquelles le Maroc dispose d’un avantage comparatif. 

Comment la FAO, que vous représentez au Maroc, peut-elle aider le Maroc dans ce sens ? Avez-vous des projets communs avec le gouvernement marocain ?

Le partenariat entre la FAO et le Maroc qui date depuis six décades ne cesse de se renforcer et de s’élargir pour répondre aux demandes du pays. En 2013, la FAO et le Maroc ont signé un cadre de programmation pays pour la période 2013-2016, cadre préparé suite à une large consultation avec l’ensemble des parties prenantes du gouvernement, des organisations professionnelles et de la société civile. Ce cadre qui vient de connaitre en septembre dernier une revue a mi-parcours porte sur 4 domaines prioritaires qui émanent des objectifs des stratégies nationales et qui s’inscrivent dans les Objectifs stratégiques de la FAO. Ces domaines répondent à toutes les attentes de nos partenaires nationaux et concernent les projets visant le développement pour tous et sans exclusion des groupes vulnérables et des femmes dans le secteur de l’agriculture et de la pêche maritime comme moteur du développement économique et social ; la gestion durable des ressources naturelles et l’amélioration du niveau de vie des ruraux, en particulier la population vulnérable, dans un contexte d’adaptation au changement climatique ; la gestion des crises alimentaires et la promotion de la Coopération Sud-Sud et de la Coopération régionale.

Plus concrètement, en quoi consistent les projets mis en œuvre sur le terrain ?

Les projets phares mis en œuvre depuis 2013 sont le projet Ardna qui consiste en une plate-forme d’appui conseil qui relie les chercheurs, les agents d’appui conseil et les organisations professionnelles, le projet de modernisation de l’agriculture irriguée ; le projet d’appui à la mise en œuvre du programme forestier national avec le Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification ; le programme d’appui à l’Office national de l’électricité et de l’Eau potable en matière d’adduction d’eau potable et d’assainissement en milieu rural, le projet MOSAICC (Modelling System for Agricultural Impacts of Climate Change), outil de collaboration
interinstitutionnelle permettant aux utilisateurs d’évaluer les impacts potentiels du changement climatique sur l’agriculture sous divers scénarii en tenant compte de la production végétale, des ressources en eau, sur les forêts et des scénarii économiques; le projet de codification des règles de droit des secteurs de l’agriculture et de la pêche ; et d’autres projets qui ont eu un impact direct sur les petits agriculteurs et agricultrices notamment le projet de gestion participative des bassins versants pour la lutte contre la pauvreté et l’érosion dans la région de Midelt, le projet d’adaptation des petits agriculteurs au changement climatique dans la région d’Azilal et le projet de la lutte intégrée contre les ravageurs des plantes qui a permis d’installer plusieurs Ecoles FFS (Farmer Field School) dans plusieurs régions du Maroc.

En dehors des projets, le Maroc a bénéficié en tant que pays pilote de deux initiatives régionales de la FAO, à savoir l’initiative régionale sur la rareté de l’eau qui a permis de préparer une évaluation nationale en analysant la problématique de la sécurité alimentaire dans le contexte de la pénurie d’eau, et l’initiative sur l’agriculture à petite échelle qui a permis de lancer un dialogue régional sur l’agriculture familiale dans la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord pour mettre en lumière le rôle crucial joué par les petits exploitants et leurs organisations, en tant que fondement de la sécurité alimentaire mondiale et condition d’un avenir durable, de l’éradication de la faim et de la pauvreté, de la cohésion sociale, de l’emploi et de l’utilisation pérenne des ressources naturelles. Le Maroc est également impliqué dans l’initiative relative à la vision commune pour une agriculture et une alimentation durables pour établir une compréhension commune en élaborant des outils et des leviers pour stimuler des changements dans les systèmes alimentaires et agricoles et dans l’évolution des pratiques en encourageant une intégration intersectorielle au niveau national et en adoptant une approche qui facilite la collaboration intersectorielle et qui garantit la convergence des politiques et des programmes sectoriels.

Comment faire, à votre avis, pour permettre aux pays africains de s’inspirer, voire de s’appuyer sur l’expérience agricole marocaine en matière de lutte contre la pauvreté rurale, de préservation des ressources naturelles et de développement durable ?

Le Maroc est engagé au plus haut niveau et depuis fort longtemps dans la Coopération Sud-Sud (CSS) en apportant un appui appréciable aux pays africains pour faire face aux défis multisectoriels tels l’insécurité alimentaire, la malnutrition, la pauvreté ou encore l’agriculture durable. Dans la cadre de la Coopération Sud-Sud à travers la FAO, le Maroc soutient activement les pays africains, des experts et des techniciens dans les domaines d’agronomie, agrosylviculture, apiculture, production fruitière, génie-rural, pêche artisanale, horticulture, intensification de la production des cultures, gestion de l’eau, organisation d’agriculteurs, production animale à petite échelle et élevage.

En avril 2014, le Maroc a signé un accord général de CSS avec la FAO pour aider les pays en développement à accroître leur productivité agricole sur une base durable, atteindre la sécurité alimentaire, améliorer les moyens de subsistance, renforcer la résilience aux menaces et aux crises, et améliorer la gestion des ressources naturelles, en allouant 1 million de dollars comme contribution initiale minimale au profit des pays africains. Le fonds marocain associe de manière innovante le secteur privé du Maroc en tant que contributeur. Le Groupe Crédit Agricole du Maroc a contribué au fonds fiduciaire avec 500 000 dollars et un accord avec la Mutuelle agricole marocaine d’assurances pour une contribution de 500 000 dollars est en cours de finalisation.

En décembre 2014, le Maroc a organisé, en collaboration avec la FAO, la première conférence internationale  sous le thème : «La coopération Sud-Sud agricole en Afrique: une nouvelle approche partenariale». Ont participé à cette conférence 15 ministres africains et une dizaine de délégations de haut niveau, des bailleurs de fonds de la coopération internationale, des experts internationaux et nationaux, et le secteur privé. Au cours de cette conférence le Maroc a partagé ses expériences dans les domaines : de l’innovation pour l’agriculture familiale; la gestion des ressources hydriques pour l’agriculture familiale et le financement de l’agriculture familiale.

En matière d’innovation, les thèmes ont porté sur la définition du schéma d’Enseignement supérieur et de formation professionnelle agricole pour valoriser le potentiel agricole en Afrique, la question du conseil agricole en tant que dispositif dynamique et évolutif pour fédérer et accompagner les acteurs de développement agricole sur l’ensemble de la chaîne de valeur, sur la Recherche agricole pour anticiper sur l’agriculture de demain en matière de créativité par la recherche-développement et le transfert ciblé de l’innovation à travers, notamment, l’exploitation des nouvelles technologies de l’information et en tenant compte des changements technico-socio-économiques et la gouvernance du changement climatique et les axes transverses relatifs à la création de l’environnement technique, économique et socio-économique pour le développement de l’agriculture familiale à travers la création des agropoles comme plate-formes de valorisation et de fédérations des acteurs agro-industriels; la régulation de la transhumance et la stabilisation des populations nomades; la valorisation et le partage des bonnes pratiques ; et la réforme institutionnelle, la concrétisation de l’approche genre et le renforcement de la gouvernance.

En matière de gestion des ressources hydriques pour l’agriculture familiale, le modèle marocain pour la maîtrise de l’eau d’irrigation, consolidé dans le Plan Maroc Vert a été fortement apprécié et constitue une référence qui peut inspirer les pays africains. En effet, ce modèle doit sa réussite à une volonté politique qui s’inscrit dans la continuité, et qui a fait de la mobilisation et de la maîtrise des ressources en eau des impératifs incontournables pour l’atteinte des objectifs de sécurité alimentaire et de développement économique. Ce modèle est fondé sur une approche holistique, intégrée et un cadre juridique et institutionnel innovant et adapté.

Pour le financement de l’agriculture familiale, le Maroc a partagé son expérience relative aux mécanismes les plus importants de financement de l’agriculture marocaine, à savoir le Fonds de développement agricole, qui représente le levier majeur de l’investissement privé à travers un système de subventions ciblées, le Crédit Agricole du Maroc qui a développé des produits et outils de financement innovants, à travers des  partenariats entre l’Etat pour toucher une population de petits agriculteurs non bancables, et l’assurance agricole dont l’objectif est de sécuriser les investissements contre les aléas climatiques et d’améliorer les revenus des agriculteurs.