Pharmacies : une lente restructuration en vue

Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens délivre chaque année 500 à 600 autorisations d’ouverture d’officine. Il s’est réuni avec le nouveau ministre de la santé pour identifier de nouveaux relais de croissance. Le conseil suggère notamment le relèvement des prix des médicaments à petits prix non remboursés par les caisses de prévoyance.

Les pharmaciens veulent verrouiller l’accès à leur profession. Une réunion a été tenue le 16 février entre Hamza Guedira, représentant du Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP) et Said Amzazi, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation professionnelle. Objectif : trouver une solution à l’éternelle problématique des diplômes obtenus par les «nouveaux pharmaciens», et provenant notamment des pays de l’Est. Ceux-là arrivent chaque année dans un marché qui s’essouffle, voire qui agonise selon les professionnels. Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens délivre chaque année 500 à 600 autorisations sur un marché saturé. Près de 12000 pharmacies d’officine -le Conseil est en train de numériser les dossiers de tous les établissements exerçant dans le Royaume- sont actuellement en activité, soit une pour 2 800 habitants, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise une pour 5 000. Dans la profession, on assure que la moitié du réseau est en difficulté, mais pas seulement en raison de la densité du réseau. D’après M. Guédira, à population presque équivalente, le Maroc ne compte que le tiers des pharmacies en service en Algérie. Avec une population trois fois moins importante, la Tunisie compte le même nombre d’officines que le Royaume. L’une des principales sources de difficultés est «la baisse des prix des médicaments qui a eu un impact négatif sur le chiffre d’affaires des officines au lieu de permettre une reprise de l’activité», explique M. Guidera. Najia Rguibi, pharmacienne et membre du Syndicat des pharmaciens de Casablanca, confirme. A l’en croire, le chiffre d’affaires des pharmacies a été amputé d’au moins un tiers suite à la baisse des prix des médicaments décidée par le département de la santé depuis fin 2013. Pour rappel, depuis la promulgation du décret relatif aux conditions et aux modalités de fixation des prix de vente des médicaments fabriqués localement ou importés, cette baisse a concerné 3 729 médicaments et dispositifs médicaux.

Plusieurs médicaments fournis en dehors du circuit des pharmacies

En valeur, le marché privé n’a progressé que de 2% en 2017. Preuve que la demande reste modérée malgré des prix plus abordables, et le Ramed n’a pas permis de la relancer. Et pour cause, les médicaments sont directement livrés dans les hôpitaux aux 8 à 9 millions d’adhérents. Plusieurs autres facteurs rédhibitoires sont aussi mis en exergue. «Certains médicaments ont disparu des pharmacies car non rentables pour les producteurs. Quant au monopole des pharmaciens, il est battu en brèche par certaines pratiques. A titre d’exemple, on retrouve désormais les vaccins dans les cabinets médicaux, les médicaments de contraste sont directement utilisés dans des centres de radiologie et par conséquent sont rayés des ordonnances. S’y ajoute la concurrence des associations qui se substituent aux pharmacies. Plus grave, certaines plateformes internet proposent des médicaments dont l’origine est suspecte avec un risque pour la santé des populations», détaille Mme Rguibi.

La convention du tiers payant pour les médicaments coûteux (86 au total pour la prise en charge de pathologies lourdes), signée par la CNOPS, la CNSS, le CNOP et la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM) et entrée en vigueur le 19 juillet 2016, n’a pas produit les résultats escomptés. Malgré une marge fixe de 300 à 400 DH sur les produits vendus entre 1000 et 10 000 DH, très peu de pharmaciens y ont adhéré. Une trentaine située sur l’axe Rabat-Casablanca, selon Mounir Tadlaoui, secrétaire général de la FNSPM. La raison ? L’achat de ces médicaments nécessite une trésorerie conséquente dont ne disposent pas forcément les pharmaciens.

Rendre obligatoire la formation continue des pharmaciens

Pour essayer de trouver d’autres relais de croissance, le CNOP a tenu une réunion avec Anas Doukkali, ministre de la santé. Le conseil préconise une hausse des prix des médicaments à petits prix non remboursés par les caisses de prévoyance sociale, qui seraient en voie de disparition du marché, selon M. Guedira. La marge sur ce type de médicaments, très prisés par les consommateurs, peut atteindre 33%.
Autre revendication, les pharmaciens veulent que les Ramédistes soient intégrés dans le circuit de vente des pharmacies auquel ils échappent. «Je reste optimiste sur l’issue de cette réunion. Nous avons soulevé la nécessité de publier le décret d’application de la pharmacopée nationale issue des pharmacopées européenne, américaine et japonaise que nous avons adopté il y a trois ans. Nous avons aussi souligné la nécessité de rendre obligatoire la formation continue des pharmaciens», confie M. Guedira. On sent que le secteur est en voie de restructuration, mais le processus s’avère très lent compte tenu des pesanteurs du moment.