Ouverture du capital des cliniques aux non-médecins : les investisseurs se font désirer

Sur les 371 cliniques existantes, 30% sont concentrés à Casablanca et Rabat. Les grandes villes représentent 52% des lits hospitaliers. Six rachats de cliniques par des non-médecins ont été enregistrés depuis l’ouverture du secteur, et aucun nouvel investissement n’a encore été réalisé.

La loi 113-13 autorisant l’ouverture du capital des cliniques privées à des investisseurs non médecins n’a pas donné les effets escomptés. Seules six cliniques, dont quatre à Casablanca et deux à Rabat, ont été jusqu’à présent reprises par des investisseurs non médecins. Et aucune création de clinique n’a été pour l’heure effectuée par des opérateurs privés. Dans les petites villes, où le besoin en infrastructures sanitaires est important, aucune initiative privée n’a été enregistrée une année après l’adoption de la loi.

Ainsi, malgré les prévisions du ministère de la santé quant aux retombées positives de cette mesure, l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) estime que son impact est nul et n’a produit aucun changement dans le secteur qui compte 371 cliniques dont 30% sont concentrées sur l’axe Casablanca-Rabat. Selon le ministère de la santé, cela représente une capacité litière de 14 560 lits, soit 35% de la capacité hospitalière globale.

L’offre privée se caractérise par un fort déséquilibre entre le milieu urbain et le milieu rural puisque 52% des lits, selon le ministère de la santé, sont concentrés dans les grandes villes. Un déséquilibre auquel l’ouverture du capital des cliniques devait, selon les promesses du département d’Al Housseine Al Ouardi, remédier.

Deux à trois ouvertures en moyenne par an

Alors pourquoi la loi 113-13 n’a pas eu l’effet d’entraînement souhaité ? La corporation répond, en substance, qu’il est devenu difficile aujourd’hui d’ouvrir une clinique, de la mettre à niveau ou encore d’acheter les équipements de dernière génération. L’investissement atteint 150 MDH pour une clinique polyvalente et il faudra compter un peu plus pour une clinique spécialisée. De là, l’ANCP n’hésite pas à dire que le rythme actuel des ouvertures est dû à la non-rentabilité des cliniques. En moyenne, on n’en enregistre que deux à trois par an. Pourtant, le taux d’occupation des structures médicales privées est de 80% contre 52% seulement dans les hôpitaux. «Certes, il n’y a pas de cliniques vides, mais elles souffrent de difficultés financières en raison des chèques impayés et des pertes importantes pour cause de forclusion. Selon nos statistiques, la plus petite clinique de la place enregistre une perte de 1 million de dirhams en raison de la forclusion», disent les responsables de l’association qui précisent que «le débat sur les cliniques est trop focalisé sur la facturation et le coût des prestations alors qu’en fait le problème réside essentiellement dans le financement de la santé». Pour l’ANCP, cela est visible au niveau de la tarification nationale de référence, non renouvelée depuis 10 ans, qui retient des tarifs et des forfaits ne correspondant pas du tout à la réalité actuelle de l’exercice de la médecine. Par ailleurs, on peut également retenir le niveau de la dépense nationale par habitant qui est de l’ordre de 1 480 DH par an lorsqu’en France par exemple elle atteint 38 000 DH. Autre indicateur à retenir : les ménages supportent 52% de la dépense santé. Pour l’association, la situation du secteur est due à «une responsabilité partagée de tous les acteurs concernés: les cliniques, les médecins, les organismes gestionnaires de l’assurance et les pouvoirs publics qui sont responsables des défaillances dont souffre le secteur». Pour y remédier, les cliniques appellent à l’activation du partenariat public/privé qui élargira l’accès aux soins à un plus grand nombre de patients et particulièrement aux bénéficiaires du Ramed. On peut citer le succès du partenariat pour la prise en charge des personnes souffrant de l’insuffisance rénale. Depuis la généralisation du Ramed, les centres privés d’hémodialyse ont pris en charge 1 500 malades. Ce schéma peut être dupliqué au niveau des centres de radiologie (pour le scanner) et les laboratoires d’analyses médicales pour désengorger les hôpitaux. Sans oublier que ce partenariat assurera aussi des recettes supplémentaires pour les cliniques. Pour l’instant, la mise en place du partenariat public/privé tarde à se faire: question de procédure ou craint-on une aggravation du coût de la santé ?

Pour l’amélioration de l’offre de santé, les pouvoirs publics devraient se montrer plus entreprenants. Ils doivent aussi être plus fermes dans le contrôle des procédures et l’inspection des unités de soins en vue d’une meilleure gouvernance et d’une amélioration de la qualité des prestations, tout comme ils devraient sanctionner les brebis galeuses du secteur.