Ordures : Casablanca n’est pas près d’avoir sa décharge contrôlée
19 décembre 2012
Anne-sophie Martin (653 articles)
Partager

Ordures : Casablanca n’est pas près d’avoir sa décharge contrôlée

En attendant, les déchets de la Commune urbaine de Casablanca sont encore déversés sur un site non protégé sur la route de Médiouna. Les nappes phréatiques sont donc toujours contaminées par les résidus. La CUC paie chaque année 50 MDH à  Ecomed.

Pour qui ose encore s’aventurer sur la route de Médiouna, le paysage est tout sauf idyllique. La faute à la décharge sauvage de Médiouna qui depuis des années pollue la zone, son environnement et ses populations. A ce stade pourtant, celle-ci aurait dû n’être qu’un mauvais souvenir. Attribué en 2008 à la société Ecomed, le marché de la réhabilitation de la décharge de Médiouna et de la création/exploitation d’une décharge contrôlée est loin d’atteindre ses objectifs. Pour rappel, un appel d’offres avait été lancé en 2006 par la Commune urbaine de Casablanca (CUC) et comprenait donc à la fois la réhabilitation, la création et l’exploitation d’une décharge contrôlée. A noter que désormais les appels d’offres pour la réhabilitation d’une décharge sauvage, la création et l’exploitation d’une décharge contrôlée sont indépendants. Quatre sociétés avaient postulé pour le marché de Casablanca : Segedema, Veolia, TecMed et Ecomed. C’est donc finalement ce dernier qui a remporté le contrat de 18 ans avec la CUC, dont 2 ans nécessaires à la réhabilitation de l’ancienne décharge. Autrement dit, la décharge contrôlée de Casablanca aurait dû être opérationnelle en 2010, mais les problèmes se sont accumulés.

Le terrain initialement désigné cédé à un promoteur immobilier

Bien indiqué dans l’appel d’offres, le terrain domanial initialement prévu pour accueillir la future décharge contrôlée a vite montré ses limites. Lignes de haute tension et autres détails ont obligé les autorités à en trouver un autre. Dans l’intervalle, le terrain initial a été cédé à un promoteur immobilier. Aujourd’hui, le choix se porte sur un nouveau site, à proximité de celui-ci. La procédure d’acquisition par la CUC est en cours. Ce n’est donc pas demain la veille que la décharge contrôlée de Casablanca sera opérationnelle. «Pour préparer un tel projet, il faut réaliser des études géologiques, des études d’impact et assurer le foncier, notamment à travers les expropriations», confie une source proche du dossier. Une telle procédure retarde une nouvelle fois le projet de plusieurs années et pourrait même remettre en cause l’appel d’offres en tant que tel puisque le terrain précisément désigné dans l’appel d’offres a finalement été modifié. Charge dans ce cas aux 3 sociétés non retenues pour le marché de faire valoir leurs droits si elles le souhaitent, car elles seules peuvent porter l’affaire en justice. Une autre source potentielle de retard. Le besoin de réhabiliter la décharge sauvage de Médiouna et de doter la capitale économique d’une décharge digne de ce nom se fait pourtant de plus en plus pressant.

80% de l’actuelle décharge a été réhabilité

Exploitée depuis le milieu des années 80, la décharge sauvage de Médiouna accueille chaque année 1,2 million de tonnes de déchets, en provenance des provinces de Nouaceur, Médiouna, Tit-Mellil, Dar Bouazza et Bouskoura, et bien sûr de la CUC. Installée sur d’anciennes carrières de calcaire et de quartzite, elle nécessiterait au bas mot une enveloppe de près de 60 MDH pour sa réhabilitation. Jusqu’à aujourd’hui, les investissements d’Ecomed, sans précision chiffrée, ont porté sur l’achat d’un pont bascule, la réhabilitation de la clôture ou encore la mise en place d’une station de récupération d’une partie des lixiviats. Au total, 80% du site, soit près de 56 ha, auraient été recouverts. Mais l’arrivée continue des déchets sur le site ne règle rien. Non triés à la source, ils sont en général très producteurs de lixiviats, sorte de «jus» malodorants et polluants. «Le résultat est que la nappe phréatique de la zone est contaminée. Tant que le site reste utilisé, tous les problèmes environnementaux et sanitaires subsisteront», indique une source proche du dossier.

Il faut savoir qu’une décharge contrôlée possède un nombre déterminé de casiers étanches évitant justement d’attaquer les nappes phréatiques. Celle de Casablanca en prévoit six. «Toutes les dépenses nécessaires à la création de la décharge contrôlée sont rapportées au prix à la tonne négocié lors de l’adjudication du marché», précise notre source. Le contrat prévoit ainsi un coût annuel de 67 MDH. Aujourd’hui, la CUC en débourse 50 MDH pour la «gestion» de la décharge sauvage de Médiouna. La ville a commencé à établir des contrats avec des communes pour partager le coût. Un premier contrat a ainsi été passé avec un groupement de communes Al Bay’a (province de Nouaceur). D’autres sont en cours de réflexion, notamment avec la province de Médiouna. Cependant, «les communes de Médiouna voient d’un mauvais œil l’actuelle décharge comme la future qui sera aussi localisée sur leur territoire. Elles ne paient pas mais leurs déchets sont déversés sur le site», confie-t-on. A cela s’ajoute l’urbanisation grandissante de la ville de Casablanca qui s’étend de plus en plus vers la zone et surplombe même la décharge. Sans compter les chiffonniers qui continuent de travailler sur la zone. «500 récupérateurs de déchets végétaux et plus de 5 000 ovins et bovins occupent le site en permanence», est-il précisé. La cohabitation avec le personnel d’Ecomed est rendue difficile. «La solution est de désigner un troisième terrain plus loin, de prévoir des quais de transfert, quitte à ce que les récupérateurs n’aient plus de travail», conclut une source proche du dossier.

Anne-sophie Martin

Anne-sophie Martin