Nouvelles baisses des taux des crédits aux particuliers

Les taux du crédit immobilier descendent à 4,3%, un niveau jamais atteint pour la clientèle standard. Le crédit à la consommation en dessous de la barre des 5%. Les clients n’hésitent plus à faire jouer la concurrence.

Crédit du Maroc relance les hostilités. La banque a dévoilé cette semaine une nouvelle offre de prêt habitat assortie d’un taux promotionnel de 4,3%, un niveau jamais atteint pour les emprunteurs standards (hors conventions). Jusqu’à ces dernières semaines, le meilleur taux de la place était de 4,5%, ce qui constituait déjà un tarif inenvisageable il y a 2 ans où le taux moyen dépassait 6%. Sachant que l’offre de CDM est accessible aux non-clients de la banque, il y a fort à parier qu’elle agitera le marché, ce que cherche d’ailleurs ouvertement l’établissement qui en est à sa troisième opération coup de poing sur le prêt habitat en quelques mois. Chez la concurrence justement, cette opération est accueillie tantôt avec surprise, tantôt avec scepticisme quant à sa viabilité commerciale, et parmi les directeurs de banques sondés par La Vie éco, l’on se pose des questions sur la recette qui permet à CDM de baisser autant ses taux pour le grand public (voir interview). Mais une chose est sûre, avec ce nouveau minimum, il est fort probable que les établissements céderont encore un peu de terrain sur leurs tarifs.

L’ajustement se profile déjà chez certaines banques où l’on avoue à demi-mot que la grille tarifaire du prêt habitat devrait être revue dans les prochaines semaines pour intégrer de nouvelles baisses. Il est à noter que plusieurs banques ont opéré des révisions à la baisse ciblées sur les derniers mois concernant notamment les financements conventionnés, après des ajustements globaux intervenus sur le premier semestre 2016. Toutes les banques ont ainsi introduit des conditions plus avantageuses pour le crédit Fogalef destiné aux enseignants du secteur public dont le plafond subventionné a été relevé de 500 000 à 800000 DH avec l’abaissement du taux de la première tranche du financement (jusqu’à 200000 DH) à 2,70%. Aussi, CIH Bank par exemple a abaissé le tarif de ses financements accordés au personnel de la CDG et ses filiales à 4,35%, voire 4,15%, pour les crédits sur moins de 10 ans alors qu’elle n’offrait au mieux que 4,99% auparavant. D’autres banques ont cherché à se renforcer sur des niches spécifiques. Ainsi, BMCI a baissé il y a près de 6 mois son taux pour le crédit à taux variable à 3,70%, soit l’offre la moins chère du marché pour cette formule de financement, insiste-t-on auprès de l’établissement.

Les promotions se poursuivent dans le crédit conso

Cependant, la clientèle n’aura pas à attendre une révision formelle des grilles tarifaires pour bénéficier de conditions encore plus avantageuses. En effet, il ressort déjà des pratiques du terrain, rapportées par les directeurs d’agences, que les établissements descendent quasi systématiquement en dessous des taux affichés. Par exemple, auprès d’Attijariwafa bank qui accorde un crédit immobilier sur trois à l’échelle nationale, si le taux officiel ne descend au mieux qu’à 5%, la banque a une procédure en place qui peut faire bénéficier le client d’une réduction de 0,25, voire 0,5 point, et le plancher effectif, fixé par une note interne, est en fait de 4,5%. De la même manière, si les autres banques continuent à mettre en avant des taux allant jusqu’à 5,75% pour le grand public, elles descendent tout à fait à 4,5% pour cette même cible, et cela est loin de ne concerner que des cas isolés, font savoir les directeurs d’agences. Mais il faut bien comprendre que ce n’est pas la banque qui fait le premier pas vers le client dans ces cas et elle ne lâche du lest que progressivement, explicite-t-on. Si le client ne cherche pas à négocier (et ils sont encore étonnamment nombreux dans ce cas, notamment parmi les demandeurs de petits crédits, selon les banquiers), on se tient naturellement au tarif officiel. Dans le cas contraire, selon la démarche habituelle rapportée par les directeurs d’agences, la banque fait un premier effort et si le client n’y adhère pas après un délai de réflexion (10 jours selon la loi) l’on comprend qu’il a obtenu une meilleure offre chez la concurrence. «A partir de là nous le relançons et l’on s’aligne généralement sur l’offre de la compétition», explique un banquier. Il ne faut donc pas hésiter à faire le tour du marché avant de se décider. Naturellement, le client peut d’autant plus facilement faire pencher la balance en sa faveur grâce à son niveau de revenus, la qualité de l’employeur, son implication dans le financement de son bien… Il faut aussi savoir que si le montant est relativement consistant (1 MDH et plus), l’emprunteur peut trouver en le directeur d’agence un solide allié pour décrocher une réduction. Celui-ci est en effet susceptible de parvenir plus rapidement à ses objectifs grâce aux financements les plus conséquents, il est donc d’autant plus motivé à défendre des réductions sur ces dossiers auprès de sa hiérarchie. Le contexte est aussi des plus propices pour le crédit à la consommation. Les sociétés de financement et les banques proposent jusqu’au mois prochain des taux promotionnels là encore jamais vus. Eqdom communique ainsi frontalement sur un taux de 5,17%, alors qu’il y a tout juste deux ans la moyenne du marché dépassait 7%. Sofac va encore plus loin avec un taux comprimé à 4,99% pour des crédits pouvant aller jusqu’à 300 000 DH. Ces taux écrasés ne concernent cependant que les fonctionnaires, une clientèle chouchoutée de tout temps par les sociétés de crédit conso eu égard au faible risque qu’elle représente. Pour autant, les salariés du privé ne sont pas délaissés puisque la même Sofac leur propose actuellement un taux promotionnel de 5,9%, alors qu’en temps normal le tarif est de 8,5%. Ces actions lancées généralement depuis décembre dernier visent à rattraper le retard sur les objectifs annuels, expliquent les professionnels. Elles sont aussi destinées à encourager la demande qui est habituellement timide sur les deux premiers mois de l’année. Au-delà de cet effort ponctuel, les banques et les sociétés spécialisées se montrent moins exigeantes en termes de taux d’effort. La majorité des opérateurs finance ainsi actuellement des clients déjà endettés à hauteur de 55% de leurs revenus alors qu’on ne dépassait pas 50% auparavant. Mais là encore, seuls les fonctionnaires bénéficient de ce traitement de faveur. La tendance est aussi à l’allégement du processus d’octroi du crédit conso. Ainsi, si l’on est déjà client d’un établissement, il est possible de ne fournir qu’une pièce d’identité pour bénéficier d’un financement à la consommation. Aussi, parmi les banques on promet la délivrance d’un accord dans l’heure.