Nettoiement : les communes règlent leurs arriérés de paiement

Les montants en jeu s’élèvent à 1,4 milliard de DH, soit 60% du chiffre d’affaires total des délégataires. Des sociétés ont déjà recouvré une partie de leurs créances. Les professionnels insistent sur le fait que plusieurs autres dysfonctionnements doivent être corrigés pour que le service soit mieux effectué.

Les lignes bougent enfin dans l’épineux dossier des arriérés de paiements dus par les communes aux gestionnaires délégués. D’après une correspondance adressée aux professionnels du secteur par le ministère de l’intérieur, dont La Vie éco détient une copie, l’autorité de tutelle veut s’enquérir de la situation des arriérés par commune et par contrat de gestion déléguée des services des déchets ménagers. Une bonne nouvelle pour les délégataires dont certains ont beaucoup souffert de cette problématique structurelle.

En effet, le montant global des arriérés s’élevait à 1,4 milliard de DH à fin 2017, d’après les estimations de l’Association marocaine de collecte et de nettoiement urbain (AMCN) qui rassemble cinq entreprises. Une situation très alarmante, puisque cette somme représente pas moins de 60% du chiffre d’affaires annuel réalisé dans la gestion déléguée de la propreté, estimé quant à lui à 2,3 milliards de DH. Joint par La Vie éco, Abdelwafi Said, président de l’AMCN et patron de SOS NDD, confirme qu’une campagne de régularisation, instiguée par l’Intérieur, est en cours. «Le département de tutelle fait un effort considérable pour pousser les communes à régler leur dû. Certains opérateurs ont déjà encaissé une partie de leurs arriérés», indique-t-il. Selon lui, c’est le discours royal du 20 Août dernier qui a fait le forcing.

Une petite bouffée d’oxygène

Qu’en est-il du montant débloqué à ce jour ? «Il n’est pas encore connu», rétorque le président de l’AMCN. Si cette opération constitue une bouffée d’oxygène pour les professionnels, il n’en reste pas moins qu’elle ne touche qu’un dysfonctionnement, parmi tant d’autres dans la gestion déléguée. Absence quasi-générale d’un organe indépendant chargé des fonctions d’expertises, de coordination, de suivi et de veille; non prise en compte de la dimension intercommunale et régionale ; exécution et contrôle non standardisés des contrats ; déficit en RH dans les collectivités territoriales ; clauses contractuelles parfois imprécises et incomplètes… Ce n’est là qu’une partie des tares relevées, en 2014, par la Cour des comptes. Dans son rapport, celle-ci avait à l’occasion recommandé plusieurs pistes de réformes, mais rien n’a été concrétisé ou presque, de l’avis de la profession et des observateurs. Véritable catastrophe écologique, l’état de la décharge de Médiouna est là pour le rappeler. «Très peu de sociétés ont répondu à l’appel d’offres international pour la collecte des déchets à Casablanca. Ça en dit long sur l’attractivité du marché marocain», conclut Abdelwafi Said. Dossier à suivre.