MRE : les «Européens» envoient moins d’argent, les «Moyen-orientaux» plus
28 septembre 2009
Salah Agueniou (1284 articles)
Partager

MRE : les «Européens» envoient moins d’argent, les «Moyen-orientaux» plus

La baisse est plus nette pour l’Espagne, l’Italie et la France. Cette dernière pourvoit à  40% des recettes.
Les fonds en provenance des Emirats et de l’Arabie Saoudite en très forte augmentation.

Le recul était prévisible, mais son ampleur ne lasse pas d’inquiéter. Les envois des Marocains résidant à l’étranger (MRE) ont baissé, consécutivement à la crise économique internationale, de 12,1% à fin juillet 2009, comparativement à ceux des sept premiers mois de l’année 2008. Et encore ! il s’agit d’un rattrapage puisque, trois mois auparavant, la baisse entre janvier et mars de cette année, comparée au premier trimestre de celle d’avant, s’était chiffrée à 14,7%.
Cette baisse est-elle uniforme selon les pays d’accueil de nos MRE ? Justement non. Les données détaillées du premier semestre ne seront publiées que début octobre prochain. Mais déjà, celles du premier trimestre font apparaître des différences d’évolution significatives. Ainsi, les envois des MRE installés dans les pays arabes ont pratiquement tous augmenté et, dans certains cas, carrément doublé. Seuls ceux installés en Algérie et en Libye ont réduit, et
très fortement, leurs envois
(- 82,% et – 85,7% respectivement). C’est ce qui ressort des statistiques de l’Office des changes sur les recettes MRE et leur ventilation géographique au titre du premier trimestre 2009. Les fonds en provenance des Emirats Arabes Unis ont, par exemple, augmenté de 56,8% entre les deux périodes, en passant de 404 MDH à 633,4 millions. Ce faisant, la part des envois effectués à partir de ce pays par rapport à la totalité des recettes MRE est passée de 3,3% à 6%. Idem pour les fonds envoyés d’Arabie saoudite : 307,3 MDH contre 229,9 MDH au premier trimestre 2008, soit une progression de 33,7% (voir tableau).

La France reste à la première place malgré une forte baisse
L’explication de ce phénomène tiendrait sans doute au fait que ces pays arabes sont des pays pétroliers que la crise économique n’a pas affectés, du moins en ce qui concerne le rapport emplois/chômage…
Cependant, même favorable, l’évolution des envois à partir des pays arabes ne peut évidemment contrebalancer la chute des recettes provenant des pays occidentaux, en particulier européens, pour la simple raison que, numériquement, les Marocains installés dans les pays arabes ne sont pas très nombreux : 213 034, selon le Haut commissariat au Plan (année 2005) et 282 772 selon un document se référant aux statistiques du ministère des affaires étrangères et de la coopération (2004). L’effectif des MRE, en Europe, pour la même année 2005, était évalué à
2 740 000, et dans le continent américain à 226 200. Précisons toutefois que dans les statistiques de l’Office des changes, seuls apparaissent les envois effectués à partir des Etats-Unis (768,4 MDH au premier trimestre 2009) et du Canada (69,4 MDH), tant les recettes des MRE installés dans les autres pays d’Amérique latine et du Nord sont insignifiantes ou tout simplement inexistantes. Il est vrai cependant que l’essentiel des MRE est installé aux Etats-Unis (125 000) et au Canada (100 000).
Par contre, s’agissant de l’Europe, les statistiques de l’Office des changes signalent des envois à partir de 13 pays sur un total de 26 dans lesquels sont recensés les MRE.
Pour des raisons bien connues, la France occupe le premier rang parmi les pays de provenance des recettes MRE. Sur les trois mois de 2009, la part des fonds expédiés à partir de la France était de 40,4% et, loin derrière, l’Italie en deuxième position avec 11,9%, puis l’Espagne au troisième rang avec 11,6%. Notons qu’au premier trimestre de 2008, c’est le Royaume ibérique qui occupait la deuxième place dans les envois des MRE, et c’est logique parce que c’est là où se trouve la deuxième communauté marocaine à l’étranger en terme numérique, soit 503 171 personnes recensées en 2005. Et si l’Espagne rétrograde à la troisième place en termes de recettes MRE, c’est parce qu’elle est l’un des pays les plus violemment touchés par la crise économique, en particulier dans le secteur de l’habitat qui compte une nombreuse main-d’œuvre marocaine. Rappelons que la baisse des recettes MRE a commencé en 2008 : les envois avaient reculé de 3,6% à un peu plus de 53 milliards de DH, au lieu d’une progression de 15% à 55 milliards de dirhams en 2007 et de 17,4% en 2006 à 47,8 milliards.

Salah Agueniou

Salah Agueniou