Moins de privatisations, plus de partenariats
23 janvier 2009
Salah Agueniou (1291 articles)
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Moins de privatisations, plus de partenariats

La rentabilité financière des entreprises publiques passe de 5 à  11,7%.
3 milliards de recettes attendues des privatisations cette année.

Un volume de 101 milliards de DH. C’est ce qu’a généré la cession, totale ou partielle, des participations publiques entre 1993, début du processus de privatisation, et 2007 (il n’y a pas eu de privatisation en 2008). 107 opérations de privatisation ont ainsi été réalisées depuis cette date et ont porté sur la cession au privé de 47 sociétés et 26 hôtels sous le régime de la loi 38-89 régissant les privatisations, pour un montant global de 87,6 milliards de DH. Les 13,6 milliards de DH restants étant réalisés à travers d’autres opérations et au moyen de textes spécifiques, comme la vente des licences GSM et fixe, ou encore la cession de 20 % de la Banque centrale populaire à des banques populaires régionales…
Des opérations de privatisation sont en cours et leurs recettes sont estimées à 3 milliards de DH. Il s’agit de Biopharma, de la Société des sels de Mohammedia, de Sococharbo et du Complexe textile de Fès.
Pour autant, le portefeuille public est encore consistant, il a même augmenté entre 2006 et 2007, en passant de 673 à 695 entités. 255 sont des établissements publics et 440 des sociétés (94 sociétés d’Etat, 120 filiales publiques et 226 sociétés mixtes).
Est-ce à dire que le désengagement de l’Etat de la sphère de production ne s’inscrit pas dans une logique doctrinale mais répond plutôt à des nécessités économiques ? Oui, répond la Direction des entreprises publiques et de la privatisation (DEPP) au ministère des finances qui estime que «le mouvement d’engagement/désengagement de l’Etat dans les secteurs productifs au Maroc est un processus dynamique».

La nécessité de la présence publique
Bien plus, précise la DEPP, au lieu de cession pure et simple au privé (sauf pour certaines entités non stratégiques), l’orientation qui se dessine de plus en plus consiste à nouer des partenariats entre opérateurs publics et privés, et ceci se reflète déjà dans le portefeuille public. En effet, sur les 440 sociétés que compte le portefeuille public, 214 sont des entreprises publiques à participation privée et 226 sont des entreprises privées à participation publique. Et selon la DEPP, cette tendance «à la coexistence» entre le privé et le public pourrait ne pas être «fondamentalement remise en cause».
Ces précisions tombent à point puisque, ici et là, depuis quelque temps, des interrogations fusent à propos des schémas possibles de restructuration ou d’ouverture de capital (cession d’une part minoritaire du capital à un investisseur ou en passant par la Bourse), voire de privatisation tout court (cession de la majorité du capital ou du pouvoir de contrôle à un actionnaire privé) de certaines entités publiques, en particulier les plus importantes. C’est le cas de Royal Air Maroc par exemple. Récemment, Adil Douiri, ancien ministre istiqlalien du tourisme, abordant le sujet, dans un entretien accordé au quotidien L’Economiste, avait estimé que l’ouverture du capital de la compagnie nationale de transport aérien pourrait être matérialisée par la cession du noyau dur à un investisseur national, «de façon à ce que le contrôle reste marocain». Les précisions de la DEPP à ce sujet sont intéressantes. D’abord, la RAM n’est pas inscrite sur la liste des privatisables. Par conséquent, une cession majoritaire ou du pouvoir de contrôle de la compagnie aérienne, que ce soit à un investisseur local ou autre, n’est pas à l’ordre du jour. Cela dit, «rien n’empêche l’Etat actionnaire, représenté par le ministère de l’économie et des finances, et le management de la RAM d’imaginer des schémas possibles de restructuration du capital social de nature à développer l’entreprise en nouant des partenariats avec des groupes publics ou privés», nuance la DEPP. Pour autant, souligne-t-elle, «il est prématuré d’annoncer une quelconque position même sur l’ouverture du capital tant que les organes délibérants de la société n’y auront pas statué», est-il expliqué.
S’il tombe sous le sens que l’Etat (au sens large) n’a pas à gérer des hôtels ou des fabriques de chaussures, la crise financière et économique internationale actuelle montre bien la nécessité de la présence publique (sous des formes rénovées, certes), y compris dans la sphère économique. Il faut bien voir qu’au Maroc ce sont les entreprises et établissements publics qui réalisent les plus gros investissements, dépassant toujours ceux du Budget général, pourtant de plus en plus consistants. A cela s’ajoute le fait que les performances du portefeuille public sont de plus en plus intéressantes. Si l’on met de côté les établissements publics à caractère culturel et scientifique comme les universités par exemple, ou social comme les hôpitaux, le reste présente des taux de rentabilité qui vont en s’améliorant. Ainsi, selon le rapport de la DEPP, le ratio de rendement financier (résultat net/fonds propres) a doublé entre 2006 et 2007 en passant de 5 % à 11,7 %. Le ratio de rendement commercial (résultat net/chiffre d’affaires), lui, a explosé : il est passé de 6,8 % à 16,3 % entre les deux dates. Tout cela améliore, par la même occasion, les produits provenant de ces entités (dividendes et autres recettes de monopole) et leur contribution fiscale. Comme quoi, la performance n’est pas forcément l’apanage du privé, surtout lorsque le public bénéficie des mêmes moyens, juridiques et autres, que le privé…

Salah Agueniou

Salah Agueniou