Maroc – Nador West Med : un méga port de transbordement pétrolier pour la Méditerranée

Il fournira des capacités de stockage pour l’approvisionnement des pays de la Méditerranée en hydrocarbures.
Il sera construit dans la baie de Betoya à  l’est de Nador.
Une plateforme industrielle sur un terrain de 850 ha déjà  identifiée.
Les études déjà  lancées et les travaux pour les premières installations devront démarrer incessamment.

Un Tanger Med à Nador mais en plus grand. Beaucoup plus grand. Nador West Med. C’est le nom, pour l’instant, du projet de port qui sera construit dans la baie de Betoya à l’ouest du Cap des trois fourches, à quelques kilomètres de Nador. L’idée de base du projet est presque la même que celle du complexe Tanger Med, c’est-à-dire un port de transbordement à la différence près que le Nador West Med, lui, sera une plateforme à grande dominante pétrolière. En fait, il s’agit de mettre en place une méga plateforme de stockage de produits pétroliers pour approvisionner non seulement le Maroc mais les pays de la région.
Ainsi, les opérateurs et raffineurs mondiaux et pays producteurs, notamment ceux du Golfe, au lieu d’acheminer directement les cargaisons dans chaque pays client, par voie de tankers géants, viendront stocker en grands volumes à Nador et l’approvisionnement des pays de la région, y compris ceux européens, se fera par des navires de moindre capacité avec en plus un gain de temps sur les distances. Judicieux ! Et le besoin pour un tel trafic est aujourd’hui énorme dans le pourtour méditerranéen.
Selon les premières estimations faites par le ministère de l’énergie et des mines, les besoins en termes de capacités de stockage pour les produits raffinés en provenance de pays méditerranéens et à destination de pays d’Afrique et d’Amérique du Nord sera, en 2015, de l’ordre de 38,5 millions de tonnes. Pour le cas du gasoil en provenance du Moyen-Orient et à destination de clients européens, le besoin, rien que pour la France et l’Espagne, est estimé à 22,4 millions de tonnes.
Aux produits raffinés, il faut rajouter le pétrole brut du Golfe destiné aux raffineries en Europe.
Mais le port de Nador servira également à approvisionner le marché domestique. Selon la ministre de l’énergie, Amina Benkhadra, le Maroc dispose aujourd’hui d’une capacité de stockage de 850 000 tonnes et qui atteindra 1,2 million de tonnes en 2010, avec l’entrée en service de nouvelles installations en cours de réalisation à Tanger Med et à Mohammédia. Plus de 80% de ces capacités sont concentrées dans quatre villes : Mohammédia (36%), Casablanca (20%), Agadir (15%) et Jorf Lasfar (10%).
Toujours selon Mme Benkhadra, les besoins en capacités de stockage supplémentaires sera de 100 000 t en 2012, 200 000 en 2020 et 500 000 en 2030.
Le nouveau port sera l’un des principaux points d’approvisionnement du pays en hydrocarbures : il représentera, selon les estimations, un trafic d’environ 20 millions TEP alors que le trafic national actuel dans sa globalité est de 76 millions TEP.

Une zone d’activité pour la chimie et la parachimie
A travers Nador West Med, le Maroc entend donc se positionner comme une plateforme régionale pour le trafic pétrolier.
Mais pas seulement. Car, tout comme Tanger Med, Nador West Med ne sera pas un simple port mais véritablement un complexe industriel et logistique dont le port est une composante. Le ministre de l’industrie et du commerce, Ahmed Chami, révèle ainsi qu’une réserve foncière de 850 ha, déjà identifiée, pourra accueillir une plateforme industrielle intégrée (P2I), ces zones d’activité de nouvelle génération comme il en a été lancé à Oujda et Kénitra. Bien entendu, le port étant à dominante pétrolière, la zone industrielle devrait naturellement être à vocation chimies et parachimies. Le gouvernement ne l’a pas dit explicitement, mais si la vocation de Nador West Med est confirmée, le meilleur investissement qui peut y être fait ce serait une grande raffinerie qui jouerait un rôle de fédérateur d’industries connexes. Un schéma à l’image de l’usine de Renault pour Tanger Med.
Pourquoi Nador précisément ? Le ministère de l’équipement explique d’abord que le site choisi est un des meilleurs sites en Méditerranée qui se prête à l’aménagement d’une telle infrastructure destinée au transbordement. Le terrain sur lequel sera édifié Nador West Med est même déjà identifié et il se trouve que c’est une zone très peu habitée. Ce qui, explique le ministre de l’équipement, Karim Ghellab, facilitera le déroulement du projet.
D’ailleurs, les études sont déjà lancées et le démarrage effectif des opérations se fera dans les semaines qui viennent. En plus, le site est aujourd’hui facilement connectable aux grands axes : la voie ferrée Taourirt-Nador est à quelques kilomètres seulement, l’autoroute Fès-Oujda, elle aussi, n’est qu’à une centaine de kilomètres sans oublier la rocade méditerranéenne déjà en grande partie en service. Quand les premières composantes de Nador West seront-elles opérationnelles ? Et combien coûtera ce projet titanesque ?
Deux questions auxquelles le gouvernement n’a pas encore toutes les réponses mais, déjà, dans les mois qui viennent, les travaux pour la réalisation d’une première composante de Nador West Med vont démarrer. Il s’agit d’une partie qui sera dédiée à un trafic autre que pétrolier, probablement les conteneurs et le trafic Ro-Ro. Pour un projet d’une telle ampleur et d’une telle portée stratégique, il est vrai qu’il faut très rapidement passer à l’acte pour montrer que le choix est irréversible et donner un signal clair aux investisseurs étrangers: Nador West, c’est du sérieux !

A lire aussi :

Mediterrania Saïdia : Le TO espagnol Globalia prendra en gestion un hôtel 4 étoiles