Loi de finances 2017 : Questions à Youssef Ibn Mansour, Président de la FNPI

«Ce qui manque le plus au secteur de l’immobilier c’est une vraie vision».

Président de la FNPI
Président de la FNPI

La Vie éco : La FNPI met l’accent sur le segment du locatif dans ses propositions pour la Loi de finances 2017. Qu’est-ce qui a motivé ce choix?

Au cours des dernières années, la volonté d’accéder à la propriété s’est accentuée parmi les ménages marocains. La production d’habitats par les acteurs privés et publics ainsi que le soutien des pouvoirs publics à plusieurs niveaux (logement subventionné, recasement des bidonvillois et des occupants des habitats menaçant ruine…) a répondu à cette tendance. Mais cela laisse de côté toute une frange de la population qui ne peut pas ou ne souhaite pas être propriétaire, ce statut ne pouvant naturellement pas concerner tous les Marocains. Il peut s’agir d’une demande qui ne dispose pas de revenus suffisants, qui n’est pas en situation de bénéficier du soutien de l’Etat… Nous estimons qu’il faut se tourner aujourd’hui vers cette demande qui, selon nous, peut effectivement relancer le secteur de l’immobilier.

Plusieurs de vos propositions portent sur l’octroi d’avantages fiscaux supplémentaires au secteur de l’immobilier. Pensez-vous pouvoir en convaincre l’Exécutif, sachant que l’immobilier a déjà la réputation de profiter généreusement des dépenses fiscales?

Nous sentons effectivement que les pouvoirs publics pensent depuis quelques années que le secteur de l’immobilier a largement profité des dépenses fiscales et qu’il a été suffisamment aidé. On estime que l’on a apporté aujourd’hui tout le soutien nécessaire à ce secteur et qu’il est arrivé à maturité. Soit. Mais le fait est que la filière de la construction détruit aujourd’hui de l’emploi alors qu’elle créait 50000 à 60000 postes auparavant. Cela doit pousser à discuter sérieusement de nouvelles pistes de relance et du modèle à mettre en place à cet effet… Ce qui est sûr, c’est que l’on ne peut laisser de côté ce secteur qui a prouvé son rôle majeur dans la création d’emplois et en tant que contributeur à la valeur ajoutée nationale. D’autant plus qu’il jouit encore d’un solide potentiel qui ne demande qu’à être exploité avec une demande consistante, des acteurs organisés…

Selon vous, quels ingrédients manquent aujourd’hui pour favoriser la relance ?

Plusieurs éléments ont déstabilisé le secteur de l’immobilier, et du BTP en général, sur les 5 dernières années. L’effort des pouvoirs publics pour le rétablissement des équilibres macroéconomiques s’est traduit entre autres par un resserrement des dépenses publiques et par des coupes budgétaires et, de fait, une baisse de l’investissement public et de la commande adressée aux opérateurs. S’ajoute à cela la détérioration des trésoreries des entreprises du fait des déblocages difficiles de la TVA et des retards de paiement. Sans compter le resserrement des crédits bancaires qui a ciblé surtout la promotion immobilière et le tourisme.

Bien plus, ce qui est particulièrement pénalisant aujourd’hui pour le secteur, c’est la mauvaise articulation entre l’urbanisme et l’habitat, dans un contexte d’accélération de l’urbanisation. La séparation des ministères de l’habitat et de l’urbanisme en milieu de mandat n’a pas arrangé les choses. Cela se traduit par des villes qui se développent de manière hasardeuse du fait d’un urbanisme d’autorisation sinon de dérogation, ou encore une production de logements qui a été encouragée sans prise en considération du besoin. A ce titre, même si les objectifs en matière de réduction du déficit en logements ont été atteints par l’actuel gouvernement, il convient aussi d’apprécier la production du point de vue qualitatif. Et sous cet angle, de manière générale, il ressort que la politique de l’habitat n’arrive pas à s’adapter aux nouvelles dynamiques sociales en matière d’habitat (accélération du phénomène d’urbanisation, aspiration de la majorité des ménages à la propriété et au logement autonome…) et l’on est condamné à réagir à ces évolutions plutôt que de les anticiper. Ce qui manque donc le plus c’est une vision qui doit être basée sur de nouveaux éléments d’appréciation.