L’impact négatif du commerce extérieur sur la croissance sera moindre en 2019

La demande extérieure va amputer le PIB de 0,8 point en 2019 contre 1 point en 2018. L’automobile et l’aéronautique vont continuer à pousser les exportations. La chimie et l’agroalimentaire résisteront, alors que le textile perdra du terrain.

Le commerce extérieur serait-il une des planches de salut de l’économie en 2019 ? A voir les données du budget exploratoire du Haut commissariat au plan (HCP), la réponse est, au premier plan, négative. En effet, la demande extérieure adressée au Maroc devrait continuer à contribuer négativement à la croissance avec -0,8 point du PIB. La demande intérieure restera le moteur de la croissance avec une contribution positive de 3,2 points, grâce à la hausse de la consommation finale projetée des ménages (3,4%) et aux investissements ( 3,6%). Cette contribution négative du commerce extérieur s’explique, selon le Haut commissariat, par l’importance du volume des importations par rapport à celui des exportations dont la croissance devrait ralentir en 2019 (environ 5,9% contre 6,9% en 2018).

Toutefois, en prenant le temps d’analyser la dynamique des exportations sur les trois dernières années, le commerce extérieur réduit bel et bien ses contre-performances. En 2018, il tirait la croissance à la baisse de 1 point.

Le Maroc sera bien placé sur le marché africain

Joint par La Vie éco, Stéphane Colliac, économiste en chef d’Euler Hermès Maroc, estime que les échanges extérieurs, bien qu’avec des exportations en décélération, prennent de plus en plus de poids dans la croissance marocaine, alors que la contribution de la demande intérieure a tendance à s’étioler sur un long horizon. L’expert d’Euler Hermès se base sur des données d’IHS Global Insight et Allianz Research. Selon lui, le potentiel de hausse des exportations en volume est estimé à plus de 20 milliards de DH en 2019.

Ce potentiel émane du redressement relatif du commerce mondial qui poursuivrait son dynamisme, quoi qu’en léger ralentissement, avec une croissance de 4,3% et 4,2% respectivement en 2018 et 2019 au lieu de 4,8% en 2017. «Cette évolution s’explique par la reprise de l’investissement dans les pays avancés, mais qui serait plus prononcée dans les pays émergents et en développement du fait d’une hausse de l’investissement dans les pays exportateurs de produits qui étaient auparavant en difficulté», explique-t-on au HCP.

De plus, le commerce extérieur du Maroc devrait bénéficier du potentiel du marché africain estimé à plus de 50 milliards de dollars d’ici à 2030. Sur les exportations, le Royaume devrait aficher la 5e croissance du continent et la première d’Afrique du Nord. «Avec la zone de libre-échange africaine, les débouchés intra-continent du Maroc pourraient croître, même si ce développement sera contrarié par le protectionnisme croissant dans la zone», fait-on remarquer auprès de l’Observatoire du commerce extérieur d’Euler Hermès.

Nécessité de monter dans la chaîne de valeur pour réduire le risque concurrentiel

Par secteur, ce volume projeté de 20 milliards de DH sera apporté par l’industrie qui prend le dessus. Ce sont en l’occurrence les secteurs de l’automobile (plus de 60 milliards de DH d’expéditions en 2018), l’aéronautique (plus de 11 milliards), et l’offshoring dans une moindre mesure, qui vont dynamiser l’export en s’ajoutant aux moteurs traditionnels que sont la chimie et l’agroalimentaire. Cependant, le textile, toujours en proie aux tensions concurrentielles, perdra du terrain en 2019. «Dans le contexte actuel de l’industrie, ce sont surtout les métiers mondiaux du Maroc (MMM) qui vont continuer à porter la croissance des exportations, sachant que la plateforme Maroc commence à trouver depuis quelques années déjà ses marques sur ces activités», explique un membre de l’Association marocaine des exportateurs.

Revers de la médaille : Stéphane Colliac relève qu’à mesure que le Maroc s’est ouvert, il s’est spécialisé dans des biens très concurrencés et pour lesquels les coûts salariaux et le taux de change sont déterminants. «Certes, les exportations sont particulièrement dynamiques, mais peinent encore à générer de la valeur en raison d’une compétitivité-prix sous pression, ce qui génère cette difficulté sous-jacente à résorber le déficit commercial», résume l’économiste en chef d’Euler Hermès. Les analystes du Haut commisariat au plan déplorent, dans le même sens, une offre «à faible contenu en technologie et en capacité d’exportation». Le risque de compétitivité demeurera élevé tant que les prix à l’export seront bas. «D’où l’importance de monter dans la chaîne de valeur afin de réduire le risque concurrentiel», recommande M.Colliac.

Selon les projections de l’Observatoire d’Euler Hermès, l’automobile arriverait largement en tête des secteurs exportateurs en 2019, avec un montant à l’export de 6 milliards de DH. Ce secteur sera suivi par la chimie et les produits phosphatés (3,9 milliards), les machines et équipements (3 milliards) et l’agroalimentaire (2,5 milliards). Les principales destinations des exportations marocaines seront l’Espagne (3,1 milliards) et la France (2,5 milliards), suivies de l’Inde (essentiellement pour les produits de l’OCP), du Brésil et des États-Unis.

«Nous allons mener une étude en 2019 pour recenser l’offre exportable du Maroc»

Les exportations marocaines ont connu, certes, une croissance durant les dernières années, mais à un rythme toujours insuffisant pour résorber le déficit commercial. Nous assistons également à l’émergence de nouveaux secteurs qui ont favorisé une montée en gamme des exportations : automobile, aéronautique, agroalimentaire… Ces résultats sont le fruit des stratégies menées par le Royaume. De plus, plusieurs nouveaux marchés suivent une tendance haussière en matière d’exportations, notamment les débouchés de l’Afrique subsaharienne. Pour améliorer l’offre exportable marocaine, il est temps aujourd’hui d’agir sur les leviers de la compétitivité de nos exportations et plus précisément les aspects liés au financement, à l’assurance, à la logistique, aux coûts des facteurs dont principalement la fiscalité et l’énergie, à la formation et à la veille économique et technologique…Plusieurs chantiers sont prévus pour l’année en cours dont notamment l’étude menée par l’ASMEX qui va permettre un recensement effectif de l’offre exportable nationale, asseoir le positionnement du Maroc sur le business du Halal qui est une niche en constante évolution et renforcer davantage la proximité régionale de l’Association.