L’Etat incite les producteurs d’huile d’olive à  se défaire des centrifugeuses à  3 phases

Compte tenu du volume d’eau consommé, les centrifugeuses à  3 phases génèrent un volume élevé de déchets liquides appelés margines. L’Oued Sebou est un cas révélateur des dégà¢ts provoqués par ces déchets. Une vingtaine d’huileries ont bénéficié des aides du Fonds de dépollution pour moderniser leurs installations.

Très appréciée pour ses qualités nutritives et gustatives, l’huile d’olive -ou plutôt un certain mode de fabrication utilisé par les huileries- peut provoquer d’importants dommages sur son environnement direct à cause des rejets de déchets. Alerté par les réclamations répétées des différents opérateurs de distribution d’eau potable et d’assainissement liquide du pays, notamment en vertu de la loi 10-95 sur l’eau et de ses derniers décrets adoptés en octobre dernier, le ministère de l’environnement a décidé de s’appuyer sur le Fonds de dépollution industrielle (FODEP) pour sensibiliser les huileries traditionnelles à une mise à niveau environnementale urgente et nécessaire. Un guichet dédié a même été mis en place en 2004. Principalement installées dans les provinces de Fès-Taounate, Taza, Marrakech, Chefchaouen et Agadir, les huileries traditionnelles, qui fournissent encore plus de la moitié de la production du pays, sont les premières visées par cette initiative. Au nombre de 6000, elles ont d’ailleurs été à plusieurs reprises montrées du doigt, avec d’autres industries, pour l’importante pollution que subit notamment l’Oued Sebou.

Pour bien comprendre d’où provient la pollution émise par les huileries marocaines, il faut déjà rappeler que l’olive est composée à 50% de déchets solides, appelés grignons, à 30% d’eau et à 20% d’huile d’olive. Or, pour récupérer l’huile d’olive, il faut la séparer de l’eau et des déchets solides. Pour accomplir cette séparation, les huileries traditionnelles utilisent une centrifugeuse à 3 phases qui nécessite le rajout d’eau : 1 m3 par tonne d’olive. Avec cette eau, la production de déchets liquides, appelés margines, est encore plus élevée. Contenant une quantité importante de polyphénols, les margines sont très difficiles à éliminer.

Interdite en Espagne, grand producteur d’huile d’olive, cette centrifugeuse à 3 phases est installée dans la plupart des huileries traditionnelles marocaines. «La seule solution, à petite échelle, contre la pollution des margines est la construction de bassins où déverser ces margines et compter sur l’évaporation naturelle. Toutefois, l’éventuelle formation d’une couche d’huile à la surface de l’eau peut nuire à cette évaporation», indique-t-on du côté du ministère de l’environnement.

95 MDH déjà déboursés par le Fodep

Finalement, l’idéal serait d’interdire tout simplement ce type de centrifugeuse à 3 phases et de promouvoir la transition vers une centrifugeuse à 2 phases, dite «à sec». Grâce à ces centrifugeuses nouvelle génération qui ne demandent pas d’eau, le processus de séparation produit un rejet solide humide. Combiné à un séchoir, le grignon humide peut alors être utilisé comme combustible, par exemple dans une centrale thermique.

Pour accompagner la nécessaire mise à niveau environnementale, le FODEP finance, à hauteur de 40%, l’acquisition d’une centrifugeuse à 2 phases ou la construction de bassins pour les huileries artisanales qui produisent de plus petits volumes. A l’heure actuelle, 18 huileries en ont bénéficié pour l’installation d’une centrifugeuse moderne, dont le coût démarre à 2 MDH, et une huilerie artisanale pour la construction de bassins. Au total, 95 MDH, dont 36 MDH sous forme de dons du FODEP, ont été déboursés. «L’action du FODEP a permis l’élimination d’environ 1500 m3/j de margines, soit 135000m3/campagne de 90 jours, par la mise en place du système à deux phases», assure-t-on au ministère.
Si les solutions et l’accompagnement existent, il n’en demeure pas moins que les opérateurs traditionnels restent peu enclins à se moderniser. Satisfaits de la consommation nationale et donc peu intéressés par l’export, ces professionnels n’ont aucune raison d’investir, d’autant plus qu’avec le système à 3 phases ils revendent le grignon sec comme combustible pour environ 0,50 centime le kilo. A ce prix-là, les huileries règlent une bonne partie de leurs charges. Seule la mise en place d’une réglementation stricte et la prise de conscience du consommateur, combinée bien sûr à la sensibilisation des autorités sur le terrain, peuvent faire la différence. Les prochaines années pourraient bien être fatidiques.

L’instauration du principe de pollueur-payeur par des arrêtés pris en 2013 fixant les valeurs limites générales de rejet dans les eaux superficielles ou souterraines qui entreront en vigueur dans 5 ans, concerne essentiellement les réseaux de distribution tels que l’ONEE et les régies. Or, ces derniers pourraient bien faire plier les autorités de tutelle pour l’élaboration d’une réglementation similaire qui s’imposerait cette fois-ci aux industriels qui rejettent leurs déchets liquides dans les réseaux d’assainissement.