Les ventes de tracteurs ont stagné en 2015

Pas plus de 2 950 unités vendues alors que les opérateurs tablaient sur 4 500 ventes. La baisse de la subvention, le durcissement des conditions d’éligibilité et l’arrêt des facilités de paiement accordées par les distributeurs expliquent cette tendance. Le matériel d’occasion représente 10 à 15% du marché du neuf.

Encore du surplace pour les importateurs de matériel agricole. Alors que les conditions climatiques qui ont débouché sur une campagne record l’année dernière laissaient présager une activité en nette amélioration, les professionnels ont été pris à contre-pied. En effet, d’après leurs estimations, pas plus de 2950 tracteurs ont été vendus en 2015, pratiquement le même volume qu’en 2014, alors qu’ils tablaient au début de l’année sur un minimum de 4 500. «Pour qu’un agriculteur puisse investir durant une campagne donnée, il faut qu’il y ait précédemment trois bonnes années de suite. A défaut, il ne fait qu’utiliser les revenus d’un bon exercice pour payer les dettes contractées au cours d’un autre. Ce qui était le cas en 2015», explique un importateur. 

Il faut dire qu’entre 2005 et 2009, le marché a amorcé une montée en régime pour atteindre un pic de 7 000 unités, notamment grâce à l’effet d’entraînement du Plan Maroc Vert, une bonne pluviométrie et la refonte du mécanisme de la subvention étatique qui atteignait alors 40% du montant du tracteur. Passée cette période, les ventes n’ont pas pu franchir la barre des 3 000 unités.

De 40% plafonnée à 90000 DH, la subvention a été ramenée à 30% avec un maximum de 72 000 DH. «De plus, les conditions pour en bénéficier sont de plus en plus élaborées et le mécanisme n’est plus aussi ouvert et accessible qu’auparavant», ajoute un directeur commercial. En effet, devant le flux important des demandes reçues par le ministère de l’agriculture, les procédures ont été verrouillées pour s’assurer que les subventions vont bien aux agriculteurs qui les méritent.

La demande de moissonneuses-batteuses a fondu

En deuxième lieu, la majorité des distributeurs qui accordaient des crédits directs à la clientèle pour l’encourager à s’équiper ont dû renoncer car beaucoup d’entre eux se sont trouvés au bout de quelques années avec de gros impayés. Sur ce registre, l’organisme spécialisé, en l’occurrence le Crédit Agricole du Maroc (CAM), propose plusieurs solutions de financement adéquates. Aujourd’hui, environ 50% du parc des tracteurs est financé par cette banque. Elle pouvait certainement faire beaucoup plus, mais il se trouve que plusieurs dossiers manquent de garanties. «La non-immatriculation des terres collectives ou relevant du droit coutumier et le grand morcellement des terrains agricoles empêchent les agriculteurs d’aspirer normalement au financement du CAM», nuance un importateur.

Le matériel d’occasion participe, bien que marginalement, lui aussi à limiter l’activité des distributeurs. D’après les estimations des opérateurs, ces ventes représenteraient entre 10 à 15% du marché du neuf. «Les ventes d’occasion ont drastiquement chuté après la mise en place de la subvention du ministère. Au même prix déboursé, l’agriculteur peut s’offrir un tracteur neuf, ce qui devient économiquement très rentable», explique le directeur commercial. Notons qu’avant l’existence des subventions, l’occasion représentait deux fois le marché du neuf.

Pour le matériel de récolte, notamment les moissonneuses-batteuses, les ventes ont chuté d’environ 100 unités par an à une dizaine. «Au vu de leurs prix qui dépassent le million de DH, la subvention de 20% appliquée sur ce type de matériel reste faible pour un investissement aussi lourd pour l’agriculteur», éclairent des vendeurs. C’est ce qui explique que le parc est très vieux et le recours aux moissonneuses d’occasion est plus fréquent que pour les tracteurs.

Pour le petit matériel d’accompagnement, de transformation et d’élevage, les affaires ne vont pas mieux non plus. Force est de constater que sur une bonne partie de ce matériel, il existe une production nationale, industrielle et artisanale. «L’indicateur de référence pour tous ces types de matériel reste le tracteur. Quand il se vend bien, il entraîne le reste dans son sillage», résument les professionnels.

Les importateurs de matériel agricole sont unanimes: l’année en cours sera très difficile vu les pluies enregistrées jusqu’à aujourd’hui. Ils estiment que seules les cultures tardives peuvent sauver la saison. Selon un distributeur, rien que pour les céréales, si la récolte n’est pas bonne, c’est pratiquement la moitié des ventes de tracteurs qui s’envole. D’ailleurs, vers octobre 2015, l’Association professionnelle qui regroupe les principaux importateurs (AMIMA) avait prévu que le marché se stabilise encore une fois à 3 000 unités. «Cet objectif ne peut en aucun être atteint et devra être revu significativement à la baisse dans les prochains jours», confie un membre de l’Amima.