Les opticiens structurés mis en difficulté par l’informel et une politique des prix anarchique

Le secteur regroupe près de 3 000 opticiens dont la majorité est concentrée à  Casablanca et Rabat. Les magasins des quartiers populaires sont les plus affectés. D’importantes marges réalisées sur les lentilles et les produits d’entretien.

Près de 250 opticiens ont mis la clé sous le paillasson, annonce le syndicat professionnel national des opticiens du Maroc. Ces fermetures sont principalement constatées à Tanger, Fès et Marrakech. Elles sont expliquées, selon les professionnels, par l’informel et une politique des prix anarchique.

Des opticiens en difficulté, il y en a beaucoup

La profession n’avance pas d’indicateurs précis permettant d’évaluer l’intensité de  la crise du secteur, elle souligne cependant que le chiffre d’affaires est en baisse continue depuis 2003. «Sur ces 10 dernières années, les ouvertures se sont multipliées mais la durée de vie d’un magasin n’excède pas trois ans dans la majorité des cas !», précise le syndicat. Ce faisant, il exhorte le ministère de la santé à «mettre de l’ordre dans cette activité qui souffre de deux problèmes majeurs : l’absence de réglementation et la concurrence de l’informel».

Concernant la réglementation, le projet de loi est toujours en attente au Secrétariat général du gouvernement (SGG), malgré les nombreuses relances et actions de sensibilisation des professionnels. L’adoption de ce projet pourrait régler deux problèmes : l’encadrement de la formation et le contrôle de l’activité. L’absence de contrôle explique l’importance de l’informel, principalement à Casablanca. Selon les professionnels, le secteur compte environ 3 000 opticiens, dont une grande partie est en difficulté. La bonne santé d’un magasin d’optique est directement liée à son emplacement. Les opticiens installés sur les grandes artères et dans des centres commerciaux ne sont pas, dit-on dans le milieu, affectés par la concurrence de l’informel. Leurs clients n’étant pas intéressés par les produits de contrebande en provenance de pays asiatiques, la Chine en particulier, ces magasins ont une offre sélective constituée de marques de renom. Leur offre porte essentiellement sur les lunettes solaires dont la vente permet de réaliser plus de 80% de leur chiffre d’affaires, fait savoir un gérant de magasin d’optique.

Le bas de gamme en provenance des pays asiatiques inonde le marché

Dans les quartiers populaires, l’offre est plutôt concentrée sur le verre optique. Et sur ce créneau, la concurrence est très vive et porte sur les montures et les verres en provenance de Chine. «Il s’agit d’un problème de santé publique auquel le ministère de la santé doit s’attaquer car le verre en provenance de Chine est de très mauvaise qualité. Il faut contrôler l’importation de ces produits, d’une part, et, d’autre part, sensibiliser les patients», soulignent les professionnels. 

Pour faire face à la concurrence, les opticiens proposent des montures très abordables et se rattrapent sur d’autres produits notamment les lentilles et les produits d’entretien et de conservation des verres de contact et de nettoyage des verres optiques.

Il est très difficile d’estimer le prix du verre optique car celui-ci est traité conformément à la prescription médicale. La facture s’alourdit en fonction des opérations de traitements recommandés par l’ophtalmologue. Un verre simple foyer est vendu entre 300 DH et 2000 DH. Pour le verre progressif, il faut un budget de
3 000 à 15 000 DH et plus. Le prix d’une monture va, quant à lui, de 500 à 4 000 DH dans les magasins de quartier, alors qu’il commence à 1 500 DH dans les magasins plus luxueux pour atteindre parfois
20 000 DH. En revanche, dans le circuit informel, les articles sont beaucoup plus abordables dans la mesure où les montures chinoises sont facturées 150 à 200 DH. Pour maintenir leur activité, les opticiens structurés réalisent, selon des ophtalmologues de la place, des marges importantes sur les lentilles et autres produits d’entretien. Ainsi, une paire de lentilles importée à 200 DH est commercialisée entre 500 et 600 DH. Il faut signaler que certains ophtalmologues proposent des lentilles au prix de 1 200 DH. 

Sachant qu’il n’est pas de leur ressort de vendre des lentilles ! Le gain est également intéressant sur les  produits d’entretien. Un flacon de solution de conservation de verres de contact est vendu entre 100 et 150 DH chez l’opticien qui l’a acheté entre 60 et 70 DH chez l’importateur.

Cette anarchie dans les prix dure depuis dix ans et affaiblit sévèrement ce secteur dont les professionnels disent n’avoir aucune visibilité.