Les instances de protection des données privées donnent le feu vert à la biométrie «non-traçable»

La conférence internationale des commissaires à la protection de la vie privée a voulu mettre les géants d’internet au pas. L’objectif des technologies de biométrie «untraceable» est de transformer de manière irréversible les données biométriques de la personne afin de ne pas pouvoir remonter jusqu’à elle.

Rendez-vous annuel incontournable en matière de protection des renseignements personnels, la Conférence internationale des commissaires à la protection des données et à la vie privée a été organisée à Marrakech du 17 au 20 octobre. Si l’occasion était idéale pour présenter au monde les avancées législatives du Maroc en la matière, les organisateurs ont surtout tenu à mettre les géants d’internet (Microsoft, Google et Facebook étaient présents) au pas, notamment en matière de traçage et de cryptage. Et ce, via la biométrie. Equipements mobiles, banque en ligne, commerce électronique…, la biométrie dite «de confort» ou «grand public» a de beaux jours devant elle. Ces nouveaux usages interpellent les instances nationales de protection des données privées qui ont fait évoluer leur doctrine. En effet, des projets de recherche sont menés pour développer des technologies biométriques plus protectrices de la vie privée. Biométrie révocable, anonyme ou cryptage biométrique pourraient être la solution pour concilier confort et vie privée… L’objectif de ces technologies de biométrie «untraceable» est de transformer de manière irréversible les données biométriques de la personne afin de ne pas pouvoir remonter jusqu’à elle.

La vision protectrice poussée se confronte à la réalité sécuritaire

La notion de «traçabilité» ne se rapporte pas ici à la notion de trace physique laissée par la personne, via ses empreintes digitales par exemple, mais concerne plutôt la façon dont on peut remonter à son identité en utilisant un gabarit de ses données biométriques, laissé dans tel ou tel système.

Cependant, cette vision poussée de la protection des droits des usagers n’est pas partagée puisque selon plusieurs intervenants, elle permettrait en réalité à la cybercriminalité de prospérer. En somme, la complexité de l’équation réside dans la faculté des acteurs gouvernementaux à trouver un équilibre consensuel entre les mesures de lutte contre la cyber criminalité et sa réminiscence sur la vie réelle et la protection des droits des usagers. Deux objectifs très difficilement conciliables. Les gouvernements ont en effet souvent besoin d’accéder à des données privées pour lutter contre la criminalité à haute échelle, voire contre le terrorisme. Le 21 octobre, les procureurs de quatre pays, (France, Belgique, Espagne et Maroc), réunis à Paris pour améliorer la lutte antiterroriste, ont interpellé les Etats et les entreprises sur la nécessité pour les enquêteurs d’avoir accès au contenu des téléphones ou des messageries protégées. Une demande que d’aucuns considéreraient comme violatrice de la vie privée mais ô combien nécessaire pour la sécurité des citoyens…