Les industriels du béton préfabriqué en guerre contre l’informel

Ils ont obtenu le durcissement des normes de fabrication des produits en béton préfabriqué. L’objectif est de débusquer les opérateurs informels qui représentent près de la moitié des 500 entreprises en exercice sur le secteur. Le respect des normes relève pour l’instant d’une démarche volontaire.

Les industriels du béton préfabriqué dépoussièrent les normes régissant leur activité. Ils ont fait adopter de nouvelles règles techniques relatives aux blocs en béton pour murs et cloisons, communément appelés agglos, en remplacement d’un cadre vieux de plus de 30 ans. «Les nouvelles normes sont plus contraignantes et plus restrictives pour les opérateurs», explique Mehdi Maachou-Haddou, vice-président de l’Association marocaine de l’industrie du béton (Amib). Le but de ce resserrement est de mettre de l’ordre dans le secteur du béton préfabriqué. Dans la ligne de mire des initiateurs des nouvelles normes, les opérateurs informels qui représentent près de la moitié des 500 entreprises en exercice dans le secteur, selon les estimations de la profession. Une véritable plaie pour le tissu structuré. «Les entreprises exerçant au noir, en ne répercutant pas la TVA et vendent leurs produits moins cher de 20% par rapport aux circuits structurés.

Un différentiel qui met d’office les entreprises légitimes hors course», justifie-t-on auprès de l’Amib. Et ce n’est pas tout. Les opérateurs informels n’investissent généralement pas non plus dans la qualité qui peut supposer des coûts importants. «L’installation d’un laboratoire incontournable dans l’industrie du béton préfabriqué peut nécessiter jusqu’à 500 000 DH», indique M. Maachi-Haddou. «Résultat, les produits de qualité douteuse restent très présents sur le marché et cela dégrade l’image du béton préfabriqué en général auprès de la clientèle, qui ne distingue pas le bon grain de l’ivraie», expliquent les professionnels. Cela peut d’ailleurs expliquer, entre autres raisons, pourquoi les agglos restent contenus aujourd’hui à une part de marché relativement réduite de 30%, selon les estimations des professionnels.
Mais considérant l’objectif de l’Amib de contrer l’informel par le renforcement des normes, il est étonnant de constater que les nouvelles règles introduites ne sont qu’à application volontaire et ne sont pas rendues obligatoires. C’est un choix de raison, avance-t-on auprès des industriels.

Après les agglos, les industriels s’attaquent aux hourdis

Les nouvelles règles marocaines sont calquées sur le modèle européen. «Celui-ci se compose en général de normes garantissant la sécurité qui sont rendues obligatoires à l’échelle de tous les Etats membres de l’Union Européenne. Ensuite, chaque Etat y apporte ses propres compléments applicables sur une base volontaire», éclaire-t-on auprès de l’Amib. La norme marocaine incorpore bien ces deux volets, obligatoires et volontaires ; ce dernier s’inspirant de la norme spécifique française. Mais au lieu de séparer ces deux volets, décision a été prise de les fusionner dans une norme unique à application volontaire. «C’est qu’il n’y a pas grand intérêt à produire des normes obligatoires, aujourd’hui, en l’absence de moyens de contrôle mis en place par les pouvoirs publics», estime-t-on auprès de l’Amib. Certes, la loi 24-09 relative à la sécurité des produits et des services adoptée depuis un peu moins de 2 ans prévoit bien ces mécanismes, mais il faut croire que cela n’a pas encore été suivi d’actions concrètes.
Cela étant, les industriels restent sur le qui-vive pour proposer de rendre une partie de la norme obligatoire, une fois que les moyens de contrôle seront mis en place, ce qui espère-t-on permettra de débusquer les opérateurs informels.  
En attendant, les règles à application volontaire devraient surtout permettre aux clients attentifs à la qualité de mieux se retrouver dans l’offre, anticipe-t-on auprès de l’Amib, étant à préciser que les plus grands industriels devraient systématiquement se faire certifier selon les nouvelles normes.

L’actualisation des normes concernant l’agglo a nécessité un travail de sept mois, entre mars et septembre dernier, et le nouveau cadre a été adopté fin 2014 à l’issue d’une enquête publique de 3 mois. Ce chantier a été mené sous la houlette du comité de normalisation des bétons mortiers et produits dérivés relevant du ministère de l’industrie et dont la présidence est déléguée au ministère de l’équipement. Ce même comité compte comme autres membres les laboratoires d’essai, les représentants des consommateurs ainsi que les industriels.
Après en avoir fini avec ce chantier, les industriels s’attaquent à l’actualisation des normes concernant les hourdis (éléments de plancher), elles aussi vieilles de plus de 30 ans. L’Amib espère boucler le dossier d’ici la fin de l’année. Dans la foulée, l’association lance la normalisation des poutrelles qui tout en étant stratégiques dans les constructions, puisqu’elles consistent en éléments porteurs, ne sont aujourd’hui encadrées par aucune règle technique.