Les importations de blé explosent au cours des quatre premiers mois de l’année

De janvier à  avril, les importations ont atteint 6,3 milliards de DH contre 1,3 milliard en 2010. Opérateurs et pouvoirs publics redoutent une complication des approvisionnements à  cause de la conjoncture politique dans le monde arabe et la sécheresse qui sévit en Europe et aux Etats-Unis.

C’est une lourde facture dont le Maroc a dû s’acquitter, en devises étrangères, au cours des quatre premiers mois de l’année 2011. La facture des importations du Maroc de blé, tendre et dur, s’est en effet élevée à 6,3 milliards de DH contre seulement 1,3 milliard de DH à la même période de l’année dernière, soit près de 5 fois plus. Bien évidemment les cours mondiaux, qui ont atteint des niveaux très proches de ceux enregistrés en 2007, y sont pour beaucoup. Mais la hausse a également été accompagnée d’une augmentation sensible des volumes. Durant cette période, les opérateurs, profitant de la suspension provisoire des droits de douane (rétablis à partir du 1er mai) ont importé 31 millions de quintaux (l’essentiel est constitué de blé tendre), soit 55% de plus qu’à la même période de la campagne précédente, sachant que les pouvoirs publics offraient pourtant les mêmes facilités.
En fait, les opérateurs marocains ont cherché à s’approvisionner au maximum bien que les prix étaient élevés. Ils ont été encouragés en cela par les pouvoirs publics en raison du contexte singulier dû à la conjoncture internationale. D’abord, «les cours mondiaux étaient instables et les indices n’indiquaient pas qu’ils pourraient se stabiliser et encore moins évoluer à la baisse», explique Aziz Abdelali, DG de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL). Autre raison, les stocks mondiaux sont en chute, passant de 183 millions de tonnes au 30 juin 2010 à 170 millions prévus au 30 juin de l’année en cours. Et la situation des cultures d’Europe du Nord et des Etats-Unis se dégrade à cause de la sécheresse. A cela s’ajoutent des inquiétudes relatives aux récoltes russe et ukrainienne.

Une décision judicieuse, selon les opérateurs

Ensuite, le monde et particulièrement la sous-région méditerranéenne est encore politiquement et socialement instable. Les événements qui ont secoué des pays limitrophes n’étaient pas sans représenter un risque sur les approvisionnements, notamment par la voie maritime, en produits de base. Or, le blé est une matière très sensible, beaucoup plus que le pétrole, dans un pays qui en consomme de grandes quantités. Ces inquiétudes ont été renforcées par le manque de visibilité sur les résultats de la campagne agricole. «Au moment de la prise de décisions, on n’avait pas de garantie sur le niveau de la récolte», se rappelle le même responsable.
Des importateurs nationaux ont profité de cette situation complexe pour réaliser de bonnes affaires. «Certains opérateurs ont acheté des bateaux de blé tendre initialement destinés à la Libye. Les fournisseurs n’ayant pas pu décharger les cargaisons ont dû céder la marchandise aux clients marocains à un prix intéressant», rapporte un importateur marocain.

Les stocks représentent 5 mois d’écrasement

Une question s’impose quand même : dans cet élan de panique, n’y a-t-il pas un risque de surstockage ? La plupart des professionnels récusent un tel constat. «Au contraire, c’est une bonne chose surtout qu’une partie de la production nationale sera marquée par un taux de germination élevé à cause des pluies tardives», affirme un responsable de la Fédération nationale de la minoterie (FNM). Selon la fédération, le ministère de l’agriculture a dépêché, au cours de la semaine dernière, une commission dans les régions qui sont touchées par ce phénomène, notamment à Fès et dans le Gharb, afin d’évaluer le degré de germination des céréales. Le blé importé pourrait ainsi combler une éventuelle correction à la baisse de la production locale. Les représentants des importateurs signalent par ailleurs que le Maroc n’est pas le seul à opter pour de telles mesures de précaution. «L’Algérie a racheté durant la même période l’équivalent de la consommation d’une année de blé», indique un membre de l’association. Avec toutes ces dispositions, les stocks du Maroc ont atteint au 15 mai, et en attendant la récolte de blé local, 18,4 millions de quintaux, ce qui représente près de cinq mois de consommation des minoteries industrielles. Cela a bien évidemment un coût pour la trésorerie de l’Etat. Ce dernier a ainsi déboursé plus d’un milliard de DH pour supporter la subvention du blé tendre. Cela consiste en la restitution de la différence entre les prix relatifs à l’importation et les prix pratiqués sur le marché local afin de garantir un prix de 260 DH le quintal sortie port. Cette somme n’inclut pas le manque à gagner découlant de l’exonération des droits de douane sur le blé tendre. Mais depuis le 1er mai, cet avantage est suspendu. Les importateurs devront s’acquitter de droits de douane de l’ordre de 135%. Mais étant donné que les cours mondiaux se situent encore à des niveaux très élevés, la suspension des exonérations est tout simplement synonyme d’arrêt des importations. La commercialisation de la récolte nationale en sera facilitée. D’après les estimations du ministère de l’agriculture, 87,6 millions de quintaux de céréales sont attendus à l’issue de la campagne 2010-2011, dont 45 millions de blé tendre.