Les exportations de vins tombent à  20% de la production nationale
7 juin 2010
Anne-sophie Martin (653 articles)
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Les exportations de vins tombent à  20% de la production nationale

Les producteurs ont écoulé à  peine 48 000 hl à  l’étranger l’année dernière pour une production de près de 265 000 hl. Pour l’actuelle campagne qui se termine fin juin, l’export n’a pas dépassé les 40 000 hl.
En cause, le vieillissement du vignoble et le manque de compétitivité face aux vins européens.
Avec les AOG et les AOC, le Maroc produit aujourd’hui des vins de meilleure qualité.

Le marché mondial du vin devient de plus en plus difficile pour les producteurs locaux. D’après les statistiques de l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (EACCE) arrêtées au 5 mai, les exportations de vins portaient sur 36300 hectolitres (3 633 tonnes). D’ici à l’arrêté des réalisations de la campagne 2009-2010, il sera difficile de dépasser ou même d’égaler le volume de la campagne précédente. On s’achemine donc vers une deuxième saison consécutive de repli parce que, lors de la campagne 2008-2009, les expéditions avaient déjà reculé de 20% par rapport à la précédente, à 48 000 hl environ, soit 20% de la production nationale.
La France reste le premier débouché pour les viticulteurs locaux. Elle avait absorbé 84% des exportations durant cette campagne, la Côte-d’Ivoire 8% et la Belgique 3%. Le reste, 5%, est partagé entre le Sénégal (1,5%), la Chine (1%), les Etats-Unis (1%), l’Angleterre (0,8%) et d’autres pays occidentaux. Sur tous ces marchés, les produits marocains doivent faire face à la concurrence, principalement des pays du Vieux Continent. Selon Omar Aouad, administrateur-directeur général des Celliers de Meknès qui réalisent le gros de la production locale, «le principal obstacle aux exportations tient aux subventions européennes ou nationales dont bénéficient les vignobles européens qui rendent les vins marocains bien moins compétitifs». Ce manque de compétitivité constitue l’une des principales causes de la baisse. L’espoir de combler le gap existe cependant. Après avoir supprimé les subventions accordées pour pénétrer des marchés non producteurs, la Commission européenne tentera une nouvelle fois d’ici à la fin de l’année de réformer la politique agricole commune (PAC). Ce qui reviendrait à mettre à égalité les producteurs européens et marocains, entre autres.
Il reste une autre explication à la baisse des exportations, qui est cette fois-ci d’ordre structurel : la baisse de la production depuis quelques années. Entre les campagnes 2004-2005 et 2008-2009, elle est tombée de 326 000 à 265 000 hl, soit un écart de 19%, selon Mostafa Aouji, chef du service du contrôle des vins à l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). Les mauvaises conditions climatiques y sont pour beaucoup. De fortes chaleurs en juin-juillet peuvent en effet détruire jusqu’à la moitié d’une récolte. Et les vendanges, traditionnellement prévus au mois d’août, ne peuvent être réalisées plus tôt puisque l’équilibre entre l’acidité et le sucre, nécessaire à un bon vin, n’est pas assuré. Toutefois, «le vin d’une année de sécheresse a de grandes chances d’être un millésime inoubliable parce que le raisin concentre tous les arômes», explique M. Aouji. L’autre facteur qui explique la chute de la production est le rétrécissement de la superficie qui est consécutif au vieillissement des vignobles et à l’arrachage (encadré production).

40 millions de bouteilles consommées sur le marché local

Et dire qu’avant 1997, les 2/3 du volume de vins produits au Maroc étaient exportés, selon un ancien des Celliers de Meknès. Cette société, qui réalise entre 7 et 8% de ses ventes à l’export, dont 95% en bouteille (2 millions d’unités), entend bien regagner du terrain à l’étranger. «Notre volonté est de développer l’export. Ainsi, nous avons réussi, il y a moins d’un an, à nous intégrer dans un marché difficile qu’est l’Espagne. Et nous allons bientôt former une joint-venture avec un partenaire chinois déjà repéré pour mettre en bouteille sur place nos vins exportés en vrac», confie Omar Aouad. Pour le moment, les vins des Celliers, notamment ceux portant l’appellation d’origine garantie (AOG) Guerrouane, se retrouvent principalement sur le marché européen, et surtout français.
Chez l’autre gros producteur, Castel, l’exportation reste importante. Jean-Marie Grosbois, DG de Castel Maroc, relève une saturation des marchés étrangers, mais, souligne-t-il, sa société exporte tout de même en vrac 50% de sa production vers l’Europe. «La mise en bouteille se fait en France, au siège de notre maison mère, sous les marques propres du groupe Castel», précise-t-il.
Chez Bourchanin, distributeur des vins Lumière, Eclipse et Sahari, «aucun vin n’est exporté», affirme Nadia Abou El Fattah, du département import. L’effort est donc concentré sur le marché intérieur qui reste demandeur. Il absorbe, il est vrai, au moins 300 000 hl par an, soit 40 millions de bouteilles.
L’offre globale augmentera légèrement durant cette campagne 2009-2010. L’ONSSA annonce une production de près 285 000 hl, soit une légère augmentation de 7,5% par rapport à la précédente. Les Celliers de Meknès viennent en premier, suivis de Castel. Quant au reste, il se répartit entre Thalvin, Vininvest (Volubilia), Bourchanin (Les Deux domaines), Val d’Argan et le nouveau, La Ferme rouge, domaine d’AOG Zaër depuis 2009. Comme pour les années passées, le vin rouge constituera le plus gros volume. Il a représenté 73% en 2008-2009, les vins rosé et gris 22% et le blanc 5%.

Des vins marocains bonifiés par la labellisation

Pour bien tenir sur un marché très concurrentiel, tant à l’export qu’à l’intérieur, les producteurs devront opter davantage pour la labellisation qui permet de bonifier le produit. Le cadre légal existe depuis 1977 avec l’arrêté 869-75 qui a introduit des appellations d’origine destinées aux vins. Quatorze appellations d’origine garanties ont ainsi été prévues, de l’AOG Berkane à celle de Doukkala, en passant par Angad, Saïs, Zerhoun, Chellah et Sahel. Mais seulement cinq d’entre elles ont effectivement été attribuées. Il s’agit des AOG Guerrouane, Béni M’Tir, Zaër, Zenata et Gharb. Et depuis 2001, une appellation d’origine contrôlée (AOC) a été octroyée aux Côteaux de l’Atlas. A cela s’ajoute pour 2010 l’AOC Crémant de l’Atlas de la Perle du Sud (Celliers de Meknès). Ces appellations d’origine ont permis à certains vins de séduire une clientèle plus nombreuse, mais surtout relever leurs prix de quelques dizaines, voire centaines de dirhams. Ainsi, les bouteilles du nouveau producteur, La Ferme rouge, qui seront sur le marché dans les prochaines semaines, sont vendues jusqu’à 600 DH dans la restauration. Un 3/4 de Côteaux de l’Atlas est vendu en moyenne 200 DH alors qu’un vin ordinaire est vendu entre 15 et 20 DH le litre.