Les contrats programme de l’industrie se font attendre

Les industriels manquent de visibilité quant au respect des délais annoncés. Arbitrages budgétaires et changements politiques peuvent retarder la conclusion d’au moins trois contrats programme.

Le nouveau ministre de l’industrie, du commerce et de l’économie numérique a du pain sur la planche. A peine investi, Moulay Hafid Alamy aura en effet à gérer plusieurs dossiers chauds. Parmi ceux-ci, les différents contrats programme en cours d’élaboration avec les professionnels. Plusieurs d’entre eux devraient en effet être finalisés soit cette année, soit début 2014. Nombre de professionnels redoutent cependant du retard. Ils considèrent que la situation est d’autant plus problématique que la majorité de ces contrats sont directement liés au Plan Emergence, censé connaître une nouvelle dynamique depuis les Assises de l’industrie tenues en février dernier.

Le contrat programme des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (IMME) est un des plus attendus. Rappelons qu’en juillet dernier, les résultats de l’étude devant servir de base à l’élaboration du contrat programme avaient été présentés. Cependant, les professionnels et le ministère ne s’étaient pas encore mis d’accord sur les engagements chiffrés qu’ils devraient inclure. Depuis, la situation ne semble guère avoir changé puisqu’à ce jour on ignore toujours le montant de la contribution de l’Etat.

Néanmoins, «plusieurs groupes de travail se sont réunis et ont finalisé leur mission. Il ne reste plus que deux qui devraient se réunir, en principe en novembre», explique Abdelhamid Souiri, président de la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME), qui ne perd pas espoir de voir le contrat programme finalisé avant la fin de l’année, comme prévu.

Force est de constater que le projet de Loi de finances était censé apporter de la visibilité par rapport aux intentions de l’Exécutif de respecter ce délai en incluant dans le budget du ministère de l’industrie l’engagement de l’Etat pour soutenir le développement de ce secteur. D’après la note de présentation du PLF 2014 déposée au Parlement, aucune indication n’est faite pour ce contrat programme, contrairement à l’offshoring par exemple. Ce dernier devrait en effet connaître la signature d’un contrat programme pour son développement, à la lumière des résultats et des recommandations de l’étude d’évaluation du secteur lancée en 2013. L’objectif, selon l’Exécutif, est de préserver la compétitivité de la destination Maroc et d’analyser le retour sur expérience de la mise en œuvre de la stratégie, au regard des changements qu’a connus le secteur aux niveaux mondial et national.

Aucun délai précis pour le textile et l’agroalimentaire

Au niveau du secteur du textile, la situation n’est pas non plus reluisante. Alors qu’auprès de l’Amith on annonçait en juin dernier que le contrat programme pourrait être conclu pendant Ramadan, à l’heure actuelle, il n’en est toujours rien. Officieusement, des professionnels du secteur expliquent le retard accusé par la complexité des négociations avec les représentants du ministère. A l’instar des IMME, fixer l’engagement financier de l’Etat est là encore une question qui prend plus de temps que prévu. Néanmoins, la nature des mesures à mettre en place est connue. On indique par exemple que les incitations fiscales sont incontournables. C’est ce qui explique les réticences sur la fixation des engagements de l’Etat. En principe, le flou devrait être levé dans les prochaines semaines vu que le projet de Loi de finances prévoit l’application des premières mesures prioritaires incluses dans la «Vision Textile 2025» à partir de 2014. En attendant, il est difficile pour les professionnels de se prononcer sur les délais nécessaires pour la finalisation de l’accord avec les pouvoirs publics.

Autre secteur tout aussi stratégique qui attend également une accélération du travail, l’industrie agroalimentaire. Il y a quelques mois, l’ancien ministre de l’industrie et du commerce, Abdelkader Aâmara, s’était engagé auprès des professionnels à signer le contrat programme avant juin 2014. Mais c’était sans compter là aussi avec les changements politiques que vient de connaître le Maroc. Ainsi, un sérieux retard a été accusé ces dernières semaines, et cela pourrait se répercuter sur la mise en œuvre du contrat programme. «Les termes de références de l’appel d’offres relatif à la sélection du prestataire devant se charger de l’étude ont été finalisés en juin dernier», explique-t-on auprès de la Fénagri. En fait, cette dernière devait poser les jalons du travail à faire dans le cadre des préalables à la conclusion du contrat programme. Le ministère devait dès lors lancer l’appel d’offres en vue de la définition des opportunités de ce secteur et les mesures à prendre.Or, avec les vacances d’été, puis le manque de visibilité quant à l’issue des tractations relatives à la formation du gouvernement, un retard de deux mois a été accusé. Là encore, le nouveau ministre de l’industrie sera appelé à prendre le taureau par les cornes et à réactiver le dossier, en lançant le plus tôt possible l’appel d’offres. C’est, du moins, le souhait exprimé par la profession qui ne cache pas son inquiétude face à ce retard.