Les cabinets médicaux désertés pendant Ramadan

La baisse de la fréquentation touche particulièrement les gynécologues et les dentistes. Les troubles digestifs, l’asthénie et le diabète sont les principaux motifs de consultation. Les certificats d’arrêt de travail sont aussi demandés.

L’activité tourne au ralenti dans les cabinets médicaux. Ramadan oblige, les médecins ne sont sollicités que pour des cas graves ou quelques pathologies bien précises. Quel est le type de consultations effectuées pendant la période de jeûne ? Quels sont les spécialistes sollicités ? Combien de patients transitent par jour dans un cabinet ? Autant de questions auxquelles tente de répondre une étude menée par un groupe de médecins généralistes exerçant dans les villes de Casablanca et El Jadida. 

Asthénie, symptômes digestifs, myalgies et vertiges sont les motifs de consultations les plus fréquents pendant Ramadan. Elles sont toutes liées au jeûne et révèlent un affaiblissement de l’organisme et une fatigue physique qui apparaissent en général au début du mois. Selon l’étude, il n’y a pas de profil spécifique du patient, mais il est souligné que les personnes âgées souffrent aussi de cette fatigue qui, le plus souvent, est liée aux affections chroniques comme l’hypertension artérielle, le diabète ou encore les maladies cardiovasculaires. 

Outre les consultations pour ces maladies fréquemment diagnostiquées pendant Ramadan, les auteurs de l’étude signalent que les certificats d’arrêt de travail sont le deuxième motif de consultations pendant la période de jeûne. «De nombreux patients viennent consulter pour demander un certificat d’arrêt de travail qui, le plus souvent, n’est pas nécessaire, car il ne s’agit que d’une fatigue passagère. Mais, à ce niveau, nous faisons de la sensibilisation et nous expliquons que l’arrêt de travail ne s’impose pas. Mais parfois en vain !», déplore un généraliste de Casablanca. 

Les urgences des hôpitaux ne désemplissent pas

Par ailleurs, l’étude révèle que les gastroentérologues et les diabétologues sont le plus sollicités alors que les cabinets de dentistes et de gynécologues sont désertés durant le mois sacré. 

Chez les gastroentérologues, le nombre de patients peut, selon les estimations avancées par l’étude, parfois tripler durant cette période. «Ce qui est tout à fait compréhensible en raison du changement de rythme de vie et surtout du régime alimentaire qui est plus riche en sucreries et en gras, d’où des troubles digestifs gênants», soulignent les médecins. Chez les diabétologues également le nombre de patients augmente, mais surtout deux semaines avant le début du jeûne. Les patients diabétiques viennent pour les bilans de glycémie et des maladies liées au diabète. En moyenne, un diabétologue reçoit 20 à 25 patients par jour durant ce mois contre 10 à 15 en période normale. 

En revanche, dans les cabinets de gynécologues, deux à trois patientes  peuvent passer par jour pendant Ramadan. «Les femmes ne viennent consulter qu’en cas d’urgence ou pour le suivi d’une grossesse qui est à terme», note l’étude qui signale par ailleurs que les gynécologues hommes sont plus touchés par cette baisse d’activité. Et ils sont nombreux à prendre en partie leur congé pendant cette période.

Chez les dentistes, on relève aussi une baisse d’activité importante. Leur activité ne concerne que les urgences (rage de dents, infections de la gencive ou encore extraction urgente) alors que les soins pour caries ou autres, même s’ils sont entamés, sont en général reportés pour l’après-
Ramadan.

Pour ces deux spécialités, le chiffre d’affaires du cabinet décroît de plus de 50%. Ce qui est dramatique, estime un dentiste à El Jadida, pour les médecins nouvellement installés. Il suggère d’organiser un tour de garde pour les dentistes, sachant qu’il n’y pas de garde dentaire dans les hôpitaux. Ce qui permettrait de compenser quelque peu la baisse d’activité.  

Dans les hôpitaux, et spécifiquement dans les services des urgences, l’activité connaît au contraire une augmentation pendant Ramadan. Les motifs de consultation sont, comme pour le secteur privé, les problèmes digestifs et les dérèglements du taux de glycémie. Mais, aussi et surtout des blessures résultant de rixes et de bagarres ayant lieu dans la rue en raison de la «mauvaise humeur liée au jeûne», ou encore à des accidents domestiques, notamment des chutes ou des brûlures. Et c’est le week-end que les urgences enregistrent le plus grand nombre de patients. Au CHU de Casablanca, le nombre de patients peut dépasser une centaine par nuit.