Les banques mettent le paquet sur les services  à  distance
17 février 2015
Reda Harmak (1115 articles)
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Les banques mettent le paquet sur les services à  distance

Les établissements à  capitaux français et le CIH se montrent les plus agressifs sur le segment.
Désavantagés par un poids de moins de 28% dans le parc national d’agences bancaires, le but pour eux est de s’affranchir des contraintes d’extension de leurs réseaux physiques n Les grandes banques multiplient également leurs services en ligne.

Les banques musclent leurs solutions de service en ligne. Pour s’en convaincre, il suffit de voir les campagnes de communication qui se succèdent, annonçant le lancement d’une application mobile chez tel établissement ou la refonte complète du portail internet de tel autre. Même si toutes, sans exception, s’y sont mises aujourd’hui, ce sont les établissements à capitaux français qui se montrent les plus agressifs. Récent exemple, le Crédit du Maroc, filiale de Crédit Agricole France, qui, sur fond de quasi-stagnation de son résultat net part du groupe au premier semestre 2014, à 181 MHD, a consenti un investissement de 10 MDH pour revoir du tout au tout sa solution de banque en ligne.

Des millions de consultations effectuées chaque mois

Si l’on se penche encore sur les indicateurs de la Société Générale, les canaux en ligne de la banque affichent un quadruplement du nombre d’usagers par rapport à il y a 4 ans. «L’intérêt porté à la banque en ligne par les établissements étrangers s’explique essentiellement par leur besoin de s’affranchir des contraintes d’extension de leurs réseaux physiques», explique Jean Marc Velasque, directeur associé au sein du cabinet français Nouvelles Donnes, auteur d’une étude annuelle sur le secteur bancaire dans les pays émergents. Il faut dire que les trois banques françaises, BMCI, Société Générale et Crédit du Maroc, accusent un retard important en termes d’ouvertures d’agences par rapport à la concurrence puisqu’elles ne représentent à elles trois que 23% du parc au niveau national.
Dans le même objectif de se ménager une alternative à l’ouverture d’agences, CIH Bank se montre actuellement le plus actif sur les services en ligne, côté banques marocaines. «Avec seulement 4,7% du parc d’agences bancaires, CIH Bank doit développer des offres à distance si elle veut se maintenir parmi les banques universelles», explicite M. Velasque. L’établissement, qui a lancé sa nouvelle solution tout juste à la mi-2014, est déjà parvenu à équiper 15% de ses clients. Et ce pourcentage atteint les 90% pour les nouvelles entrées en relation, précise-t-on auprès de CIH Bank qui rend son service accessible gratuitement. Ces usagers font en moyenne 16 accès par mois dont plus de la moitié à partir du mobile. Côté transactions (virements, transferts…), les chiffres avancés font état d’un volume de 4 500 opérations avec un montant moyen de 3 000 DH. «Tous ces indicateurs sont en progression notable d’un mois à l’autre», s’enthousiasme-t-on auprès du management. Tout porte à croire que la banque devrait continuer sur cette lancée, tant elle multiplie les pistes pour étoffer sa solution. CIH Bank envisage en effet d’introduire d’ici quelque temps la signature électronique et la certification de chèques en ligne. Il est prévu également d’ouvrir à la clientèle la possibilité d’interagir en direct avec

les conseillers bancaires en vidéo-conférence et d’effectuer toutes les opérations à distance telle que la souscription d’un crédit. C’est que l’innovation est indispensable pour la banque si elle veut maintenir l’avance de sa solution, ce qui vaut d’ailleurs aussi pour les établissements français. Pour ces derniers, les experts de Nouvelles Donnes estiment même que «le succès de leurs démarches passera par leur capacité à bénéficier du retour d’expérience des filiales respectives de leurs groupes qui ont d’ores et déjà mis en place des solutions 100% digitales: Hello Bank, Boursorama ou BforBank».
Il faut dire que le CIH comme les banques françaises peuvent rapidement être évincés par Attijariwafa bank et BCP qui disposent de moyens beaucoup plus importants, selon les spécialistes. Taille du portefeuille clientèle oblige, la banque du cheval affiche déjà un volume d’activité pour ses services en ligne bien au-dessus du lot et en croissance soutenue. Sur plus de 4,5 millions de clients que compte actuellement l’établissement, 55%, soit 2,5 millions, sont équipés en services de banque à distance. Cette base consistante d’usagers réalise en moyenne 4 millions de consultations par mois, générant entre autres l’échange de 6 millions de SMS ou encore 14,5 millions de mails. Les mêmes utilisateurs sont en outre à l’origine de 60 000 transactions par mois.

Petit détail, la Banque Populaire parvient à économiser annuellement plus de 24 MDH rien qu’en frais de courriers, grâce à sa clientèle convertie aux services de banque à distance. Le groupe en retire également des économies d’échelle induites par la mutualisation des plateformes de distribution. Mais l’intérêt majeur de la banque en ligne reste commercial.

«Visant des populations déjà bancarisés de cadres et de cadres supérieurs, la banque en ligne permet de fidéliser des clients à haute valeur et le cas échéant de capter des clients à la concurrence», explique-t-on auprès des banques. Il s’agit également du canal de prédilection pour répondre à la demande d’une clientèle de jeunes tournés vers les nouveaux canaux (smartphone, réseaux sociaux…).

Reda Harmak

Reda Harmak