«L’éco-cité de Zenata est pensée pour résorber le déséquilibre entre Casablanca-Ouest et Casablanca-Est»

Le premier noyau de vie est prévu pour 2022. L’accent est mis sur quatre aspects essentiels qui constituent la locomotive de la ville, à savoir la santé, l’éducation, le commerce et le résidentiel. L’université médicale sera développée par le groupe Saudi German Hospital et fonctionnera en synergie avec l’hôpital du centre hospitalier intégré. Les prix des logements du premier quartier résidentiel se situeront entre 8 500 et 12 500 DH/m2.

L’éco-cité Zenata est bel et bien sur les rails. Tous les travaux d’infrastructure de base sont achevés et la première zone, de 800 ha, dispose de son réseau d’assainissement, d’alimentation en eau potable et d’électrification. Mohamed Amine El Hajhouj, directeur général de la Société d’aménagement de Zenata (SAZ), revient sur la consistance du projet et les différentes étapes franchies jusque-là. Entretien.

 

Comment est aujourd’hui organisée l’éco-cité Zenata ?
Zenata est érigée sur un territoire d’une superficie de 1830 hectares, composée de deux zones dont la première, de 800 ha, se concrétise grâce aux différents partenariats que nous avons signés avec des acteurs économiques nationaux et internationaux, mais aussi grâce aux 8 projets d’envergure dont les travaux d’infrastructure sont aujourd’hui réalisés et réceptionnés.
Cette zone inclura la première unité de vie de la ville de 70 ha, appelée le quartier de la Ferme. Je m’explique: nous avons conçu le territoire comme un ensemble d’unités de vie dont chacune est presque indépendante l’une de l’autre en terme d’équipements de proximité (dispensaire de santé, écoles, mosquée…). Dans notre stratégie, nous développons l’unité suivante que lorsque la précédente est sortie de terre. De la sorte, disposerons à terme de quelque 8 unités dans cette zone.
Ce quartier est équilibré par deux centres de vie reliés entre eux par une voirie piétonne. De même, il comporte un parc de 8 ha qui contient des zones plantées et boisées, des aires de jeu pour enfants, des places publiques et des fontaines sèches, ainsi que des terrains de sports. Il faut noter que ce quartier est situé à 400 m de la plage. En extension de ce quartier résidentiel, nous avons créé un parcours sportif de 5 km, le long duquel la SAZ a aménagé des espaces de jeux et de fitness, en plus d’un squate park. Une place centrale de 6000 m2 sera également créée, permettant à tous les citoyens, de Zenata et d’ailleurs, de venir assister à des évènements sociaux et culturels… Le premier noyau de vie est prévu pour 2022.

Vous évoquez souvent le terme de locomotive pour décrire l’aspect économique de la ville. Que voulez-vous exprimer exactement ?
En effet, le modèle de la ville de Zenata tel qu’il a été mis en œuvre est complètement différent des autres. Nous mettons l’accent sur quatre aspects essentiels qui constituent la locomotive de la ville, à savoir la santé, l’éducation, le commerce et le résidentiel. La logistique, elle, est portée par l’Agence nationale des ports (ANP) sur un terrain de 200 ha pour créer le port sec de Casablanca.
Sur le volet de la santé, nous avons signé une convention de développement et de gestion avec le groupe Saudi German Hospital (SGH)… Il s’agira de créer, d’ici à 2022, un complexe hospitalier intégré, qui sera doté notamment d’une unité de soins d’une capacité de 300 lits. Au fur et à mesure de l’avancement, nous développerons les autres composantes du projet, à savoir six blocs de spécialité avec une offre complémentaire, qui devra intégrer des résidences du personnel médical et paramédical, une tour médicale destinée aux médecins privés souhaitant ouvrir leur cabinet, ainsi qu’une offre hôtelière pour les patients et leurs familles.
Le deuxième pôle est axé autour de l’éducation. Nous envisageons de mettre en place un campus universitaire regroupant les enseignes nationales et internationales. Il sera orienté vers des métiers d’avenir dans les domaines de l’ingénierie, la santé et le commerce. Ainsi, la Société d’aménagement Zenata (SAZ) a signé en 2017 un protocole d’accord avec «les Arts et Métiers ParisTech» pour la création d’un campus d’ingénierie «Industrie du futur 4.0». Il permettra d’accompagner le plan d’accélération industrielle au Maroc et en Afrique à travers une formation de haut niveau.
L’université médicale sera développée par le SGH et fonctionnera en synergie avec l’hôpital du centre hospitalier intégré. En parallèle, nous sommes en pourparlers avancés avec des enseignes nationales et internationales pour développer la formation en commerce. Nous ne tarderons pas à communiquer sur ce projet dès sa concrétisation.
De son côté, le pôle commerce ambitionne de faire de la ville un véritable centre d’attractivité. Le projet a déjà vu le jour avec une première installation, Ikea. Deux autres phases s’en suivront, dont la deuxième est en cours de développement, et connaîtront l’implantation d’importantes enseignes sur le territoire pour compléter ainsi les 120000 m2 de surface locative.
La dernière locomotive concerne l’offre résidentielle qui est essentiellement destinée à la classe moyenne.

Pour quelles raisons avez-vous fait de la classe moyenne votre cheval de bataille et quelle est la particularité de cette offre résidentielle ?
L’élément distinctif de la ville de Zenata réside dans cette classe moyenne pour lui offrir un ensemble de produits qui répondront à ses besoins. En ce qui concerne le logement, les prix devraient osciller entre 8 500 et 12 500 DH/m2 au niveau du premier quartier résidentiel. Nous comptons communiquer sur la composante immobilière de cette zone en début d’année prochaine.

A cette date, le niveau des infrastructures est-il complet?
Aujourd’hui, Zenata a réussi son pari, que ce soit en termes de planning ou de réalisation. Je peux vous affirmer que tous les travaux d’infrastructure de base sont achevés et tout le territoire de la première zone de 800 ha dispose de son réseau d’assainissement, d’alimentation en eau potable et d’électrification. Du côté de l’infrastructure routière, nous avons réalisé l’échangeur à l’entrée de la ville. D’une voie de transit inondable, la voie côtière est transformée, et ce, à travers son rehaussement de 2,50 m, l’aménagement d’espaces de stationnement en îlots, et la plantation d’arbres d’alignement …
Par ailleurs, les travaux de revêtement des trottoirs, de plantation et de mobiliers urbains seront finalisés en décembre 2018. De plus, nous avons réalisé une voie directe qui relie l’autoroute à la voie côtière, sur une longueur de 3 km et qui est ouverte à la circulation depuis octobre 2018. Enfin, deux ouvrages d’art ont été réalisés par la Société d’aménagement de Zenata. Le premier concerne la voie ferrée et le second la future voie poids lourds permettant l’accès au port sec de Casablanca.

Jusqu’à quel point prenez-vous en compte l’aspect environnemental dans votre stratégie de développement de la ville ?
L’environnement physique fait partie du triptyque social, économique et environnemental sur lequel la SAZ s’est basée pour la conception et le développement de cette nouvelle ville. Dans ce cadre, quatre aspects sont pris en compte, en commençant par l’aspect Green. En fait, 30% du territoire de Zenata est un espace vert, soit un ratio de 19 m2 par habitant, cela sachant que Casablanca en est à 2 ou 3 m2 et que l’OMS exige 10 m2 par personne. En parallèle, alors que les eaux pluviales échouent dans les canalisations dans la plupart des villes, nous avons opté pour un système d’assainissement mixte (enterré et en surface). Le but est d’alimenter la nappe phréatique et de préserver la biodiversité du territoire. Par ailleurs, la ville est conçue de manière à la rafraîchir par l’utilisation des vents favorables. Ils permettent ainsi de ventiler le territoire pendant l’été et de baisser la température jusqu’à 3°. La mobilité est aussi l’une des composantes de notre stratégie environnementale avec ses deux volets: inter et intra mobilité. En conformité avec le Plan de déplacement urbain de Casablanca, un réseau de tramway est prévu. Pour l’intra-mobilité, nous avons créé 12 km de circuit piéton et cyclable. Notons que toutes les places publiques de l’éco-cité seront reliées par ce dernier.

Zenata était un territoire occupé par plusieurs types d’occupants. Où en sont les négociations ?
Pour l’histoire, le terrain foncier de la ville est occupé par des bidonvillois (23 douars, soit près de 9000 ménages), 200 industriels, des cabanons en front de mer (640 unités). En 2008, en collaboration avec l’autorité locale et la Direction des domaines (entité expropriante), un pacte de paix sociale a été signé, permettant de tracer les voies d’une inclusion sociale de cette population au niveau de notre projet. Pour les industriels, nous avons décidé de créer une zone dédiée de 80 ha, à un prix subventionné. A cette date, nous avons signé avec 191 industriels. Une dizaine parmi eux sont avancés dans leur installation. Ainsi, nous préservons 4 000 emplois sur le territoire.
En outre, nous avons pris le parti d’inclure ces ménages bidonvillois à l’intérieur de Zenata, à proximité de la nouvelle zone industrielle, surtout qu’ils constituent une main-d’œuvre non négligeable pour ces acteurs. Un programme de recasement sera donc effectué en deux phases, sur un foncier global de 142 ha. Les travaux de lotissement de la 1ère phase sont étalés sur une superficie de 94 ha, pour un achèvement prévu en 2020. Les travaux sur les autres tranches démarreront au fur et à mesure de la libération de l’emprise. Je tiens à noter que ce projet de recasement n’a absolument rien à envier au concept du quartier de la Ferme. Il devra comprendre des espaces verts, des équipements, des espaces de jeux… Le rôle de la SAZ ne se limite pas à cela, puisqu’elle a mis en place un programme d’accompagnement social à travers des actions de sensibilisation, de communication, des journées portes ouvertes…

Zenata est une ville qui équilibre le côté Est et Ouest de Casablanca. Mais de par le monde nous avons vu plusieurs projets de villes nouvelles qui ont déçu. Quelles précautions avez-vous prises en termes de benchmark ?
Le projet de l’éco-cité de Zenata est pensé de sorte à résorber le déséquilibre existant entre Casablanca-Ouest (Maarif, Anfa…) relativement bien nanti en termes de services, d’universités… et un Casablanca-Est (Roches Noires, Ain Sebaa, Bernoussi..) qui, sur le plan urbanistique, s’est industrialisé. Nous avons donc directement ambitionné de rétablir cet équilibre, tout en créant une nouvelle centralité urbaine qui sera dans sa globalité destinée aux services et non à l’industrie.
Dans le cadre des benchmarks étudiés de par le monde, plusieurs sont considérés comme des échecs. 25% seulement des territoires ouverts à l’urbanisation sont considérés comme réussis. De plus, pour réussir une ville nouvelle, le ratio de développement durable de 1 emploi pour 3 habitants doit être respecté. C’est ce que nous avons essayé de faire pendant la phase de conception et, aujourd’hui, de développement de l’éco-cité Zenata. Enfin, la SAZ a favorisé l’aspect économique et social du territoire. Quant au résidentiel, il serait un induit de l’activité et non l’inverse. L’essentiel est de mettre en place les premiers jalons des 100 000 emplois pour 300 000 habitants prévus à Zenata.