Le nouveau DG de Casa Patrimoine détaille son plan d’action

Un nouveau modèle économique basé sur le pilotage de projets réalisables, le recours aux partenaires nationaux et internationaux, et le digital est en cours d’implémentation. Le projet de recensement des biens communaux sera relancé incessamment. Casablanca cherche à obtenir auprès de l’Unesco le statut de ville créative.

Nommé en octobre 2018 en remplacement de Najoua Ilham Bekri à la tête de Casa Patrimoine, Ahmed Taoufik Naciri n’a pas droit à l’erreur. Dans cet entretien accordé à “La Vie éco”, le nouveau directeur général de cette SDL créée en 2015, et dont la mission est de valoriser, sauvegarder et réhabiliter le patrimoine culturel, matériel, immatériel et paysager de la ville, revient sur sa recette pour redresser la situation. Celui qui connaît très bien les affaires communales, pour avoir été secrétaire général de la commune de Casablanca, compte faire les choses différemment que le précédent management.

Casa Patrimoine a frôlé la faillite. Comment comptez-vous redresser la situation de la société ?
J’ai été nommé en octobre 2018 dans un contexte de crise. La situation financière de la société était catastrophique puisque le capital de 32 MDH a été englouti dans des projets de réhabilitation. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ceux-ci ont été transférés à Casa Aménagement. C’était le premier acte pour arrêter l’hémorragie. En second lieu, nous avons procédé en concertation avec la Ville au choix d’un nouveau modèle économique.
A l’origine des difficultés financières qu’a connues la société, l’ancien modèle économique a montré ses limites. Il était basé essentiellement sur les travaux de réhabilitation, avec un portefeuille composé de quatre projets (coupôle zévaco, villa Carl Ficke, vélodrome, marché central, cathédrale Sacré-cœur …). Une mission lourde et compliquée sur le plan technique et financier, qui est d’abord du ressort de l’Etat et non d’une SDL. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ces projets peinent toujours à être réalisés dans les délais, en plus des problèmes liés à leur statut foncier et à leur occupation par des habitants.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce nouveau modèle ?
Le nouveau modèle économique de Casa Patrimoine est le fruit d’une réflexion s’articulant sur trois axes, à savoir l’élaboration de programmes ambitieux mais réalisables, la mise à contribution des partenaires et le digital. Sur un autre registre, nous sommes convaincu que la culture et le patrimoine ne doivent plus être perçus comme un centre de coût, mais plutôt un centre de profit. Dans pas mal de pays, les industries créatives pèsent plus lourd que les industries de transformation. Au niveau mondial, celles-ci pèsent 3,5% du PIB planétaire. Mieux encore, ce secteur emploie les jeunes, offre des activités diversifiées et est difficilement délocalisable.

Comment comptez-vous décliner cette vision en projets concrets ?
Cela fait six mois que nous travaillons avec le Conseil de la ville pour que Casablanca obtienne auprès de l’UNESCO le statut de ville créative. Ce dernier lui permettra de rejoindre un réseau mondial créé en 2004 réunissant à ce jour 180 villes. Le point commun entre ces villes est qu’ils mettent la créativité de l’humain au centre de leur stratégie via des actions de créativité. Design, artisanat et arts populaires, film, musique, gastronomie, arts numériques, littérature sont les sept domaines de créativité. Pour Casablanca, ce sera les arts numériques. Ceci s’explique par le fait que la ville dispose déjà d’une politique dédiée au numérique, et que ses potentialités dans ce domaine sont énormes. Nous allons déposer la candidature d’ici juin prochain.

Qu’en est-il du projet de recensement des biens communaux qui a n’a pas non plus abouti ?
C’est un projet majeur et prioritaire aussi bien pour notre société que pour la ville. Il faut reconnaître que l’approche choisie auparavant n’était pas adaptée. Aujourd’hui, les choses se font différemment. Il faut savoir qu’une meilleure gestion du patrimoine n’est plus un choix, mais une obligation vis à vis de la Banque mondiale, qui ne débloquera la totalité du prêt accordée à la ville que sur plusieurs tranches, en fonction de l’atteinte des objectifs. Parmi les indicateurs choisis figurent entre autres la gestion du patrimoine. Pour rappel, la commune de Casablanca est le premier employeur du Grand Casablanca avec près de 13 500 employés. Plus de 80% du budget de la ville – qui s’élève à 3,5 milliards de DH – est absorbée par la masse salariale. Vu les besoins énormes de la ville en termes d’équipements et d’infrastructures en tout genre, la part dédiée aux investissements demeure trop minime. La dernière chance pour la ville d’améliorer ses recettes est la maîtrise et la valorisation de son patrimoine. Comme vous le savez déjà, des propriétés sont délaissées, d’autres sont louées avec des montants dérisoires pour ne pas dire autre chose. A titre d’exemple, des villas sont loués à 250 DH.

Quand est-ce que vous allez lancer l’appel d’offres de ce projet ?
Nous allons lancer cette semaine un appel d’offres pour choisir un prestataire chargé de recenser le patrimoine de la ville de manière scientifique avec une cartographie détaillé des biens. Celui-ci aura neuf mois pour ce faire. A partir de mars 2020, la commune sera mieux outillée pour s’attaquer à la problématique du patrimoine physique.

Peut-on avoir une idée sur votre plan d’action pour l’année 2019 ?
Notre plan d’action est basé sur trois axes. Il faut d’abord identifier le patrimoine. Nous avons déjà démarré ce volet en partenariat avec l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine. Des dizaines d’enquêteurs et d’experts sillonneront la ville pour inventorier son patrimoine. Nous avons préféré travailler avec l’INSAP (ndlr : Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine) plutôt qu’avec un cabinet dans l’objectif d’avoir un rendu de qualité et un coût optimisé. Le projet nécessitera un million de dirhams seulement.
Nous comptons également procéder au recensement du patrimoine paysager de la région en partenariat avec les Eaux et forêts.
Le deuxième axe est la promotion du patrimoine aussi bien au niveau local, national qu’international. Là aussi nous avons déjà démarré avec le lancement d’un appel d’offres pour la fabrication d’un grand stand qui nous permettra d’organiser des expositions itinérantes. Nous ferons appel à l’ONMT pour le placement de ce stand durant les événements de la promotion de la destination Maroc.
Enfin, le troisième axe concerne la gestion du patrimoine. Une fois livrés par Casa Aménagement, les quatre projets seront confiés à Casa Patrimoine pour leur gestion.
En lien avec le projet de candidature pour l’obtention du statut de ville créative, nous avons également soumis une proposition au conseil pour la gestion des bibliothèques municipales afin de les doter d’espaces de création numérique. Ce point sera discuté lors de la session de mai.
D’autres projets sont également prévus, comme la création d’espaces de co-working et d’une salle d’exposition dans chaque arrondissement de la ville.

• Inventaire du patrimoine : 14 MDH

• Etudes patrimoniales : 35 MDH

• Gestion du patrimoine : 26 MDH

• Protection du patrimoine : 76 MDH

• Promotion du patrimoine régional : 60 MDH

• Créativité : 30 MDH