Le déficit du compte courant pourrait dépasser 5% du PIB en 2018

Le besoin de financement au troisième trimestre s’est établi à 6,6% du PIB, à 7,6% au deuxième et à 4,3% au premier. Les importations ont progressé plus rapidement que les exportations, mais surtout le PIB a augmenté plus faiblement.

Le besoin de financement de l’économie s’est accru de façon considérable au troisième trimestre de 2018. Dans les comptes nationaux relatifs à cette période qu’il vient de publier, le HCP estime ce besoin à 6,6% du PIB, au lieu de 1,9% une année auparavant. Pour bien saisir l’importance de cet indicateur, il faut savoir que celui-ci reflète l’état du compte épargne/investissement ou, si l’on veut, et à peu de choses près, le compte des transactions courantes de la balance des paiements.

A l’évidence, un déséquilibre comme celui-ci sur un trimestre, il faut quand même le relativiser, l’essentiel étant le résultat annuel, lequel ne sera disponible pour 2018 qu’à la fin du mois de mars 2019. Mieux encore, c’est surtout sur une longue période que les statistiques expriment, avec plus ou moins de pertinence, la réalité des phénomènes étudiés.

Justement, sur les dix dernières années, le compte courant n’a pas été excédentaire, il n’a pas même été équilibré, une seule fois. On peut rappeler que son déficit a beaucoup reculé depuis le pic de 2012 (-80,65 milliards de DH) pour atteindre son plus bas à -21,14 milliards de DH en 2015. Mais l’année suivante, le déficit a plus que doublé pour finalement se replier légèrement en 2017 à -39,7 milliards de DH. Sur la foi des chiffres et des estimations disponibles, le déficit courant sur les neufs premiers mois de 2018 se situerait à environ 6% du PIB.

Rappelons d’abord qu’au premier et au deuxième trimestre de l’année, le déficit du compte courant, selon l’Office des changes, s’était établi à 11,8 milliards et 20,95 milliards de DH, soit respectivement 4,3% et 7,6% du PIB (réalisé au cours de chacun de ces trimestres). Pour le troisième trimestre, ensuite, le déficit en valeur absolue n’était pas disponible au moment de la rédaction de cet article. Mais en proportion du PIB, le HCP a donné une indication à travers l’accroissement du besoin de financement de l’économie : 6,6% du PIB au lieu de 1,9% au cours du même trimestre de 2017. D’où l’estimation donnée plus haut d’un déficit de quelque 6% du PIB en moyenne sur les trois quarts de l’année 2018. C’est évidemment beaucoup, même s’il reste à connaître la situation de ce compte au quatrième trimestre.

Quelques indicateurs, toutefois, en donnent déjà le ton: le déficit commercial à fin novembre s’est creusé à 186,4 milliards en glissement annuel, les envois des MRE ont légèrement baissé (-1,7%) à 59,65 milliards de DH, tout comme d’ailleurs le solde des recettes touristiques (-1,8% à 49,7 milliards). Il y a là l’essentiel des composantes de la balance courante. A partir de là, il ne serait pas surprenant que sur l’ensemble de l’année 2018, et à moins de développements sur les dernières semaines de l’exercice, le besoin de financement de l’économie s’établisse à près de 5% du PIB, voire un peu plus. D’autant que le PIB, qui en est le dénominateur, a petitement progressé en 2018 (voir encadré).

Aux origines du déficit, la faiblesse de l’épargne plus que les importations

La question que d’aucuns se posent probablement est celle de savoir pourquoi, depuis 2006, ce compte extérieur si important ne cesse, d’une année à l’autre, de dégager des déficits plus ou moins importants. Est-ce seulement parce que les importations sont trop élevées par rapport aux exportations? Serait-ce le résultat d’un fort décalage entre l’épargne et l’investissement? Et cette dernière question amène forcément une autre : l’investissement est-il réellement trop élevé par rapport à l’épargne, ou bien c’est l’épargne qui est trop faible? Il y a sans doute un peu de tout cela. D’abord, l’excédent des importations par rapport aux exportations tendrait à démontrer que l’économie marocaine manque de compétitivité. Sauf que des pays aussi développés que les Etats-Unis ou la France ont, eux aussi, des déficits courants parfois élevés. En 2017, par exemple, le déficit courant de la France était de 13,1 milliards d’euros, l’équivalent de 147 milliards de DH. En proportion du PIB, cependant, c’était peu de choses : 0,6%.

Par ailleurs, dans une économie ouverte, les importations, à condition qu’il ne s’agisse pas de n’importe quoi, ça sert aussi…aux exportations, et inversement. Dans le cas du Maroc, tout semble indiquer que le problème du financement de l’économie réside moins dans la compétitivité des exportations où le niveau de l’investissement, mais plutôt dans la faiblesse de l’épargne, et singulièrement l’épargne intérieure. Les derniers chiffres du HCP disponibles à ce sujet indiquent qu’à fin septembre 2018 l’épargne nationale a baissé à 24,7% du PIB au lieu de 28% un an auparavant, alors que, dans le même temps, l’investissement brut a augmenté à 31,3% du PIB contre 29,9% en glissement annuel. Plus généralement, l’écart entre l’épargne et l’investissement s’est situé en moyenne à 5,8% du PIB au cours des huit dernières années.

Si l’on met de côté les revenus issus de l’extérieur, l’épargne intérieure se situe autour de 21% du PIB. Les résultats des enquêtes de conjoncture du HCP donnent déjà une idée sur la réalité de cette grandeur: au troisième trimestre de 2018, seuls 3,8% des ménages déclarent épargner une partie de leur revenu. Dans une économie où le taux de participation au marché du travail est encore inférieur à 50%, où même ceux qui y participent ne sont pas tous rémunérés, et où, enfin, le salariat n’atteint pas la moitié des actifs occupés, comment l’épargne, surtout des ménages, peut-elle vraiment se développer ?

Les données infra-annuelles disponibles, en particulier celles publiées par le HCP, montrent que l’activité économique en 2018 a évolué à un rythme moins élevé que prévu. Selon les comptes nationaux arrêtés pour les trois premiers trimestres de l’année, la croissance économique a été en moyenne, sur cette période de 2,9% : 3% au premier trimestre, 2,4% au deuxième et 3,2% au troisième. Le quatrième et dernier trimestre serait de la même eau si l’on peut dire : le HCP, dans son “Point de conjoncture” publié au tout début de 2019, estime à 2,7% la hausse du PIB au cours de ce dernier trimestre. Ainsi, sur l’ensemble de l’année 2018, la croissance économique s’établirait autour de 3%, comme cela a d’ailleurs été prévu par le HCP dans son Budget économique prévisionnel de janvier 2018. Cette atonie de l’activité, nous dit le HCP, devrait se poursuivre au cours des trois premiers mois de 2019, avec une croissance prévue à 2,5% ; ceci dans le cas où la production céréalière, en particulier, reviendrait à son niveau moyen.