Laits infantiles : des lots de la marque Novalac 3 bloqués par la Douane

Cette marque a été suspendue après que des laboratoires européens ont découvert que le produit est compromis par les protéines de riz manipulés dans les laboratoires espagnols. La Direction du médicament et de la pharmacie dit être en contact permanent avec les autorités de contrôle européennes pour s’assurer de la conformité de tous les produits entrant dans le pays. Tout lait infantile rappelé n’est autorisé à revenir sur le marché qu’après analyses et confirmation de sa conformité.

Après le rappel des laits infantiles Picot et Milumel de la marque Lactalis, courant 2018, ainsi que des produits Modilac fin janvier dernier, c’est la disparition du Novalac 3 des rayons des pharmacies depuis près d’un mois qui inquiète les parents. Des lots importés sont bloqués par la Douane au niveau des ports, sans que les pharmaciens n’en sachent la raison. Abdellah Zatti, pharmacien principal à la Pharmacie d’Abdelmoumen à Casablanca, ne s’explique pas l’opacité qui entoure ces décisions. «Aucune communication du ministère de tutelle sur l’interdiction ou non de ce produit, ni même pour les marques de lait infantile précédemment retirées du marché. Bien souvent, nous apprenons la nouvelle en même temps que le public, alors que nous, pharmaciens, sommes au cœur de l’activité. Ni les grossistes ni les délégués du ministère ne nous fournissent d’informations. Les pharmacies sont considérées comme des détaillants, exerçant une activité purement commerciale. Or ce n’est pas le cas. Des familles nous posent régulièrement des questions à ce sujet, et nous sommes dans l’incapacité de leur répondre», déclare-t-il.

«D’après les informations, le Novalac 3 sera remis sur le marché dans les semaines à venir. Notre grossiste avance que ce n’est qu’une rupture de stock, mais je sais que ce produit est bloqué au niveau du port, et ce pour une raison que j’ignore totalement», abonde une autre pharmacienne, exerçant à la Pharmacie de l’Avenir.

Pourtant, cette marque, avec ses différentes variations (Novalac 1 et 2, Novalac AC, Novalac RC Novalac Transit+, etc.), est désignée par les parents, aux côtés des laits Nan, Blédilait et Aptamil, comme étant des alternatives aux produits retirés des marchés marocain et européen. Ces derniers avaient été pointés du doigt par les autorités européennes, notamment françaises, pour être à l’origine de la présence de salmonelles dans les selles de 4 nourrissons hospitalisés. Le ministère marocain de la santé, à travers la Direction du médicament et de la pharmacie (DMP), avait ainsi ordonné le rappel de tous les lots mis en cause par principe de précaution. Aujourd’hui encore, c’est ce même principe qui semble s’appliquer au Novalac 3, visiblement suspendu par association, après que l’élément compromis ait été identifié récemment par les laboratoires européens : les protéines de riz manipulés dans les laboratoires espagnols.

Principe de précaution

Le Pr Jamal Taoufik, directeur de la DMP, se veut rassurant. «La suspension ou le retrait du marché de produits pharmaceutiques ou parapharmaceutiques est une chose courante et normale. La DMP est câblée sur tous les organes de contrôle médical du monde, et ce 24h/24. Dès que nous repérons des soupçons entourant un produit, nous vérifions sa commercialisation au Maroc et nous appliquons le blocage par principe de précaution», explique-t-il.

La DMP, bras armé du ministère de la santé pour ce qui est du contrôle, exerce ainsi une veille permanente sur l’ensemble des articles pharmaceutiques en circulation sur le territoire marocain, en particulier sur les laits infantiles, objets, depuis décembre 2017, de soupçons répétés. «Les cas de salmonellose identifiés en France peuvent créer un sentiment de panique chez les ménages marocains. Cela dit, il n’y a pas lieu de s’inquiéter car le risque de voir apparaître un cas similaire au Maroc est nul. Notez bien que sur plus de 7 000 tonnes de lait potentiellement compromis de la marque Lactalis, et sur les 16 300 boîtes de lait Picot, seuls 4 cas ont été signalés», rassure Jamal Taoufik. Il explique que la DMP réagit instantanément aux signalements faits par ses homologues européens, et ne remet les produits sur le marché que si les autorités du pays d’origine émettent une demande de remise en circulation. Cette dernière est dûment étudiée et ce n’est qu’après analyses et vérifications que la suspension est levée. Dans le cas contraire, le blocage est maintenu, jusqu’à ce que les lots concernés soient rappelés, remplacés ou blanchis.

Prudence élargie

La DMP étend ses prérogatives en fonction des décisions prises par ses homologues européens. L’affaire des laits infantiles Picot est des plus emblématiques car elle avait poussé le ministère français de l’économie et des finances à exiger de la société Lactalis le retrait immédiat de l’ensemble des 630 lots en circulation, et avait signalé leur dangerosité potentielle de ce produit, interdit à la consommation, à 13 pays dont le Maroc, l’Algérie, la Grande-Bretagne, Taïwan, la Roumanie, la Grèce, le Bengladesh, la Chine, le Pérou, la Géorgie et le Pakistan. Le point commun entre ces pays est le fait que la protéine de riz, fabriquée par la société Sodilac et utilisée dans la fabrication du lait infantile dans les usines espagnoles, est fortement compromise. Ces usines, principalement les laboratoires Ordesa, ont été désignés par les autorités européennes, dont espagnoles, comme étant à l’origine des lots infectés. La Direction française générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait enquêté sur ces usines espagnoles, et conclu que l’ensemble des lots mis en cause provenaient effectivement du même site de production. Toutefois, et étant donné que les lots produits en France et en Espagne sont regroupés avant d’être éclatés sur les plateformes logistiques pour être exportés, il devient impossible de séparer les produits sans danger de ceux présentant un risque avéré. «Chaque cas nous permet de renforcer nos dispositifs de veille et acérer notre réactivité. Les cas des laits Lactalis et Modilac nous ont dotés de l’expérience nécessaire pour faire face efficacement au risque de danger potentiel pour des produits aussi sensibles. Ceci étant, nous nous améliorons également par les signalements des citoyens marocains», confie le directeur de la DMP. Et de continuer en insistant sur la vigilance dont font preuve les services de l’Etat : «Il faut savoir que tout ménage qui nourrit des soupçons au sujet d’un lait infantile ou d’un produit pharmaceutique a la possibilité de nous contacter et signaler les effets remarqués. Nous avons le devoir de prendre ce signalement en considération et contacter le fabricant ou le revendeur pour lui demander un échantillon du lot pointé du doigt. Nous effectuons des analyses au terme desquelles nous définissons si le produit est compromis ou non, et prenons les mesures nécessaires pour préserver la santé des familles marocaines». Pour l’heure, aucune information sur la disponibilité prochaine du Novalac 3 n’a été communiquée. Tout dépend des résultats des enquêtes menées sur les sites de production des fabricants. Comme déjà précisé, les autorités n’accorderont leur feu vert que si le produit est blanchi en Europe. Affaire à suivre.

Suite à l’alerte donnée par les autorités européennes au sujet de couches pour bébés contenant des substances douteuses, le ministère de l’Industrie a procédé au renforcement des dispositifs de contrôle par la systématisation des prélèvements d’échantillons sur l’ensemble des couches pour bébés importées. Des prélèvements d’échantillons sont également opérés sur le marché local pour analyser les diverses marques de couches bébés commercialisées. La DMP assure que la même vigilance est appliquée à l’ensemble des produits pharmaceutiques et parapharmaceutiques importés. Notons qu’en 2018, les couches pour bébés ont fait l’objet de 224 opérations de contrôle au niveau des marchés, et 479 opérations de contrôle à l’importation. Problème, cependant, un marché parallèle s’est développé, notamment dans certains quartiers et souk de Casablanca où des marques d’origines diverses sont même vendues à l’unité.