L’agence de l’Amo met en place les protocoles thérapeutiques pour réduire les dépenses de soins

Comme ce qui se fait ailleurs, des protocoles thérapeutiques sont élaborés pour uniformiser le traitement de certaines maladies. L’objectif est de réduire les dépenses et garantir la qualité des soins.

L’Agence nationale de l’assurance maladie (Anam) planche sur la mise en place des recommandations des bonnes pratiques médicales (RBPM). Plus connues sous l’appellation «protocoles thérapeutiques», ces bonnes pratiques permettront, en aval, une maîtrise des dépenses. L’objectif pour l’Anam est de «maintenir l’équilibre budgétaire des organismes gestionnaires de la couverture médicale». Il faut rappeler, à ce propos, que les premiers déficits du régime de l’Amo apparaîtront dès 2012 selon une étude de l’agence de régulation de l’Amo. C’est d’ailleurs ces coûts qui retardent, il faut le souligner, les négociations pour la révision de la tarification nationale de référence (TNR). Seulement, on ne doit pas s’arrêter au seul aspect financier de ces recommandations, car elles permettent également, explique-t-on à l’Anam, «une maîtrise de la qualité des prestations médicales dans la mesure où elles fixent les conditions, notamment les techniques et les compétences professionnelles, dans lesquelles sont prodigués les soins et les traitements».
En quoi consistent donc ces protocoles thérapeutiques ? Il s’agit d’un cadre référentiel des pratiques médicales pour le traitement des diverses pathologies. Basé sur une approche scientifique, ce référentiel permet une évaluation professionnelle des pratiques du corps médical. Ceci non pas dans un objectif  de sanctionner les prestataires qui ne s’y conforment pas mais plutôt, et c’est le premier objectif, en vue d’une harmonisation des pratiques médicales. Le deuxième objectif est d’aboutir à la mise en place d’un référentiel en matière de prise en charge et de contrôle médical effectué par les organismes gestionnaires de l’Amo. L’élaboration des RBPM se fait dans le cadre d’une convention de partenariat entre le ministère de la santé, l’Anam et la Société marocaine des sciences médicales qui regroupe des sociétés savantes représentant les différentes spécialités. Elles sont élaborées par une commission technique regroupant les médecins généralistes, les spécialistes, des experts scientifiques, les directeurs des CHU ainsi que l’Anam. Une fois élaboré, le projet de recommandation est soumis pour validation au ministère de la santé. Celui-ci a déjà validé, à la date d’aujourd’hui, trois recommandations de bonnes pratiques médicales relatives à l’hypertension artérielle de l’adulte, la glomérulonéphrite et le syndrome néphrotique. Deux autres projets sont en cours de validation alors que le reste est en cours d’élaboration. Ils concernent les protocoles thérapeutiques pour le diabète et la maladie de Behcet.

Des médecins sont réfractaires au projet

L’ensemble de ces projets concerne, pour l’heure, exclusivement les maladies chroniques et coûteuses. Ce choix n’est pas fortuit car les pathologies lourdes absorbent une grande partie des dépenses de l’Amo. D’après les statistiques de l’Anam, 3% des 65 000 personnes souffrant de pathologies lourdes couvertes par la CNOPS consomment 50% de dépenses versées au titre de l’assurance maladie pour le traitement de cinq maladies chroniques. A la CNSS, ce sont 50% des dépenses qui sont versés pour le traitement de 2,5% de la population souffrant de maladies lourdes et coûteuses. Les premières estimations effectuées par la commission technique révèlent, apprend-on auprès de l’ANAM, des coûts inférieurs à ceux de l’actuelle TNR.
Pour permettre une atténuation de l’impact financier du traitement des pathologies de longue durée, il est prévu également de mettre en place un programme de suivi personnalisé pour chaque patient que les médecins devront respecter. Ce qui n’est pas sûr du fait que les RBPM divisent le corps médical. Si certains médecins saluent leur mise en place, car ils aboutissent à une harmonisation des pratiques, d’autres, en revanche, les contestent. Ils estiment que ces protocoles ne peuvent qu’handicaper «le travail des médecins et aboutir à une aliénation de la médecine». Par ailleurs, ajoutent les réfractaires aux BPM, «ce référentiel alourdit les procédures de prise en charge pour les cas particuliers nécessitant un traitement spécifique». Pour les médecins, en somme, il est trop tôt pour mettre en place un référentiel de traitement. Il faut plutôt, concluent-ils, évaluer d’abord le régime de l’Amo afin de mieux avancer…