L’activité de distribution de matériels informatiques se restructure et se professionnalise

Disway et Disty concentrent la distribution des principales cartes. Face au repli du marché classique de l’ordinateur, les grossistes se replacent en proposant des produits à forte valeur ajoutée.

Au Maroc, tout comme ailleurs, les acteurs de la distribution informatique cherchent un nouveau souffle. En effet, entre des ventes en berne et des enseignes qui ferment boutique du jour au lendemain, sans compter la reconfiguration du marché qui se dessine déjà à l’échelle internationale, les acteurs marocains du secteur n’ont pas d’autre choix que de s’adapter. «A nos débuts, en 2013, nous comptions cinq importateurs distributeurs (…). Aujourd’hui, les grandes marques recentrent leur distribution autour de deux acteurs dont Disty (le deuxième étant Disway: ndlr). Ce schéma semble leur convenir pour aborder le marché marocain, vu sa taille», explique Younès Elhimdy, DG de Disty. La disparition de certains distributeurs n’est en tout cas une surprise pour personne. Beaucoup y voient au contraire une professionnalisation du secteur.

Cloud, big data et sécurité sont les nouveaux marchés porteurs

«Il s’agit d’un phénomène récent qui s’explique par une rude concurrence, une baisse des marges et des problèmes financiers parfois liés aux retards de paiement, notamment de la part des établissements publics», constate de son côté M’hammed Lamrani Alaoui, DG de l’intégrateur ECS Informatique. «Il s’agit d’une évolution naturelle», poursuit-il. En quelque sorte, les sociétés les moins structurées et les moins solides sont évincées par la concurrence.

«La distribution reste un secteur atomisé entre nous, les grossistes, les multinationales qui opèrent en direct, l’import parallèle et les revendeurs en direct. Les canaux de distribution sont assez variés au Maroc. Vu la taille du marché, il n’y a pas réellement de place pour plusieurs acteurs et le secteur est bien entendu très capitalistique», commente pour sa part Hakim Belmaachi, président du directoire du leader Disway, qui revendique près de 40% du marché global. De son côté, Disty en revendique autant, «sur les marques que nous avons référencées», précise son DG. La multiplicité des acteurs n’est pas appréciée de la même manière. «Les constructeurs et éditeurs sont preneurs», soutient M’hammed Lamrani Alaoui, avant d’ajouter qu’ils «ont besoin de sociétés qui animent le marché et le réseau». Du côté des revendeurs, le noyau dur, soit près de 300 sociétés qui représentent 80% du marché, semble se maintenir, malgré les difficultés structurelles ou conjoncturelles que rencontrent certains d’entre eux, Microchoix par exemple. 

Côté catalogue aussi, les grossistes ne sont pas gâtés, d’autant que, cette année encore, la reprise ne semble pas au rendez-vous. «Depuis le début de l’année, c’est assez moyen. Je pense que 2016 sera une année sans croissance», prévoit ainsi M. Belmaâchi qui rappelle que le marché du retail est «assez sinistré». La fréquentation des magasins spécialisés est en baisse tout comme la consommation en produits NTIC. Il y a deux ans, les tablettes ont connu leur heure de gloire. «Aujourd’hui, le marché s’est nettement ralenti. Même Apple enregistre une baisse sur le segment de l’iPad», poursuit le président du directoire de Disway. Pire, le marché des smartphones montre lui aussi les premiers signes d’essoufflement à l’international. Au premier trimestre de cette année, le cabinet IDC a ainsi relevé une très légère augmentation (+0,2%), tandis que le cabinet Strategic Analytics constatait quant à lui une baisse nette de 3%. Apple a même perdu un peu plus de 2 points de parts de marché. Pour faire face à ce contexte, les grossistes s’adaptent. «Nous essayons de nous positionner sur des segments où nous pouvons préserver une marge confortable (…). Nous avons vocation à être le plus diversifié possible», révèle Hakim Belmaachi.

«Nous restons focalisés sur la satisfaction client et une veille technologique pour enrichir notre offre (…). Notre rôle en tant qu’importateur et distributeur national est d’introduire et de rendre accessible à l’entreprise marocaine et au citoyen marocain la plus large gamme des innovations technologiques. C’est dans ce cadre que nous faisons évoluer notre activité», confie pour sa part le DG de Disty. «Le marché classique ne rapporte plus. La croissance est à aller chercher ailleurs. Nous ne pouvons plus nous contenter de fournir un matériel. Nous devons proposer des solutions métiers pour l’entreprise», résume M. Lamrani Alaoui.

Cloud, big data, sécurité…, voilà autant de marchés porteurs sur lesquels se positionnent les distributeurs. Les objets connectés, qui restent un marché très embryonnaire au Maroc, pourraient bientôt les rejoindre. Mais le marché reste timide. «Il y a un écart important entre l’offre et la demande. La réponse du marché est lente», confirme le directeur d’ECS Informatique. Pour savoir à quoi s’en tenir pour 2016, les professionnels attendent donc avec impatience les chiffres du 2e trimestre. Avec les élections, tout se jouera entre cette fin de premier semestre et le 3e trimestre. Il y a fort à parier que bon nombre de projets gouvernementaux et décisions seront reportés.