La transformation, une clé pour gagner en compétitivité
18 juillet 2017
Naoufel Darif (869 articles)
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La transformation, une clé pour gagner en compétitivité

Les entreprises marocaines exhortées à revoir d’urgence leurs modes de fonctionnement et de pilotage. La transformation recouvre des enjeux financiers, économiques, technologiques et humains.

«46% des dirigeants estiment que leur entreprise ne leur donne pas les moyens de performer, et 34% sont partagés entre un sentiment d’indifférence et de rejet à l’égard de l’entité qu’ils représentent». La conclusion est tirée de l’enquête sur le moral des patrons du portail Exekutive.biz présentée lors de la 1ère édition du Congrès international des dirigeants tenu les 7 et 8 juillet à Marrakech. Une enquête menée en mai sur un échantillon de 22 000 dirigeants percevant plus de 30000 DH/mois (89% de TPE et PME et 14% de grandes entreprises) pour jauger l’état d’esprit des dirigeants. Pour les spécialistes de Rekrute.com, nos dirigeants sont stressés, fatigués et proches du burn-out. «Ce qui rend nécessaire et prioritaire une transformation réelle de l’entreprise», tranche la responsable de Rekrute.com qui a présenté les résultats de l’enquête. Hamid Bouchikhi, directeur du centre Impact Entrepreneurship et professeur à l’Essec business school, abonde dans le même sens. Il estime que les entreprises marocaines sont appelées à revoir d’urgence leurs modes de fonctionnement et de pilotage si elles veulent gagner la bataille de la croissance.

Selon Rachid El Maataoui, directeur de Financité Institute, organisateur du congrès, si la transformation est un impératif, force est de constater que les patrons et cadres marocains sont très conscients de ses enjeux et implications. «Nous avons la certitude que la problématique de la transformation intéresse aussi bien les petites, les moyennes que les grandes entreprises. Preuve en est la participation effective de plusieurs grands patrons ainsi que les responsables financiers et directeurs généraux de plusieurs dizaines de TPME», souligne-t-il. La transformation, comme explicité par la majorité des intervenants au CIDAF, est globale et non pas uniquement digitale comme laissent souvent entendre les responsables. Les enjeux de ce processus sont financiers, économiques, technologiques et humains. «Il nécessite des investissements importants et constitue un passage obligé pour les entreprises et organisations qui souhaitent demeurer compétitives et pérenniser leur activité», concède le directeur de Financité.

Aujourd’hui, entreprises et organisations évoluent dans un environnement mouvant et sont appelées, de ce fait, à revoir constamment leur business model pour s’adapter à de nouvelles donnes telles la concurrence, la refonte des modèles organisationnels et leur adaptation aux nouvelles technologies, l’internationalisation, les contraintes de l’accès au financement, les changements du cadre réglementaire, notamment fiscal, etc. Les banques donnent un excellent exemple d’entreprises qui ont su s’adapter à la mutation de l’ensemble des ces paramètres endogènes et exogènes. «En plus de la simplification de leurs procédures, l’adoption de l’omni-canal, l’adaptation à la dynamique concurrentielle du marché, les établissements bancaires ont dû s’adapter à une réglementation bancaire qui a été fortement durcie sur les cinq dernières années plus qu’elle l’a été en 20 ans», relève Asmae Hajjami, directrice générale adjointe de Société Générale.

Le facteur humain, variable cruciale dans la transformation

Elle est rejointe par Ibtissam El Boukhari, directrice du pôle technologie, process et organisation groupe de BMCE Bank of Africa, qui explique que la transformation des structures internes des banques, de leurs activités et de la manière d’interagir avec la clientèle s’est accélérée sur les dernières années, faisant en sorte que tout le métier de la banque se réinvente. L’expérience d’Al Barid Bank a été présentée, dans un panel spécial, en tant que modèle qui peut inspirer dans ce sens.

Mais de toutes les transformations, celle des structures humaines semble être la plus délicate, étant donné que la dynamique humaine au sein des entreprises n’obéit pas à des données scientifiques mesurables et exactes. Ce qui pousse Reggy-Charles Degen, expert international en RH, à affirmer qu’il faut ramener la norme dans le monde des ressources humaines. Il a modélisé un référentiel avec des variables chiffrées et alimenté par environ 100 000 données de plusieurs départements RH, qui permettra aux directeurs de ressources humaines d’unifier leurs approches. «C’est à l’image du plan comptable pour les directeurs financiers», explique M. Degen. Pour lui, grâce à ce genre de référentiels, le feed-back entre employés et employeurs devient beaucoup plus facile et moins contentieux puisque moins subjectif. A terme, l’expert ambitionne que le modèle en question puisse calculer le retour sur investissement en matière de ressources humaines grâce à la modélisation et au digital. 

De son côté, Salaheddine Nadif, tax partner chez BDO, est revenu sur les apports de la Loi de finances 2017 en faveur de la transformation des entreprises, notamment la transformation en personne morale, et les incentives pour les opérations de restructuration de groupes.

Pour clore les travaux de cette première édition du congrès, marquée par la diversité du programme et des manifestations, les Trophées DAF 2017 ont récompensé 5 directeurs administratifs et financiers méritants sur 120 candidatures. Selon
M. ElMaataoui, cette consécration a pour objectif de récompenser les dirigeants les plus performants et surtout de mettre en avant leur contribution majeure dans la transformation et le développement de leurs entreprises.

La première édition du congrès international des dirigeants a suscité un fort engouement de la population des directeurs généraux et des directeurs financiers. Les organisateurs affirment avoir reçu plus de 5 000 demandes de participation pour 500 places disponibles ! Pour une première édition et afin d’accueillir les congressistes dans des conditions favorables, le comité organisateur a préféré limiter le nombre des participants. Des événements similaires organisés sous d’autres cieux (France, Canada, etc.) accueillent généralement des milliers de participants. Le directeur de Financité Institute affirme avoir été agréablement surpris par la diversité de l’origine sectorielle et des entreprises souhaitant participer au CIDAF 2017 ainsi que l’intérêt démontré par les petites structures.

Naoufel Darif

Naoufel Darif