La hausse des prix s’accélère depuis le début de l’année

Les prix ont augmenté de 1,6% sur les quatre premiers mois de l’année, et ceux des produits alimentaires de 2,1%.

L’inflation suit un trend haussier depuis le début de l’année, culminant à +1,7% au mois d’avril par rapport au même mois de 2014 et à +1,6% sur les quatre premiers mois de 2015 en glissement annuel. Cette évolution traduit en particulier une augmentation relativement importante des prix des produits alimentaires : + 2,5% et +2,1% sur les périodes respectives considérées. Et même en excluant les produits à prix volatils et les produits à tarifs publics, l’inflation, dite sous-jacente (c’est-à-dire celle reflétant la tendance de fond de l’évolution des prix), ressort à 1,1% au mois d’avril, en glissement annuel.

Deux facteurs semblent devoir expliquer une progression aussi élevée de l’indice des prix. Le premier, c’est l’effet de base : à la même période de 2014, l’inflation n’avait progressé que de 0,4%, aussi bien sur le mois d’avril comparativement au même mois de 2013 que sur les quatre premiers mois de l’exercice. Mieux, les prix des produits alimentaires avaient tout simplement baissé : -0,9% et -0,7% respectivement. Le deuxième facteur est, quant à lui, lié à l’entrée en vigueur en 2015 des augmentations de TVA sur certains produits (thé, farines et semoules de riz, farines de féculents, péage autoroutier…) et les hausses enregistrées dans les prix de l’eau, de l’électricité et des combustibles (+5% sur les quatre premiers mois de 2015 en glissement annuel).

Dans les prochains mois, cette tendance devrait se maintenir, compte tenu, d’une part, de l’avènement de Ramadan à partir de la seconde moitié de juin (vers le 17 ou le 18) et, d’autre part, de l’application de la deuxième tranche d’augmentation du SMIG de 5% à compter du mois de juillet 2015. Sur ce dernier point, toutefois, il est difficile de prévoir l’impact que cela pourrait avoir sur les prix. Les entreprises, en effet, ne répercutent pas automatiquement les hausses du SMIG (ou des salaires) sur leurs prix de vente. Selon le Haut commissariat au plan (HCP), les prix à la production des industries manufacturières du mois d’avril ont baissé de 0,3% par rapport au mois précédent. Dans le détail, cependant, les prix sont en légère hausse dans l’industrie de l’habillement (+0,7%), l’industrie chimique (+0,1%) et la fabrication de meuble (+0,9%). Il n’en reste pas moins que depuis janvier 2013, les prix à la production industrielle, de manière générale, accusent un recul quasi continu. Cette prudence peut s’expliquer par la volonté des entreprises, notamment celles produisant des biens et services échangeables, de sauvegarder leurs parts de marché, dans un contexte marqué par la concurrence et l’atonie de la demande mondiale.

Le phénomène en revanche qui va enclencher durant les prochaines semaines (si ce n’est déjà fait) une montée des prix, notamment alimentaire, c’est Ramadan. Mais, attention, ceci ne doit pas conduire à tirer des conclusions hâtives sur le niveau de l’inflation au Maroc.

L’effet d’une journée de Ramadan sur l’inflation est de 0,002%

Les variations mécaniques liées à une conjoncture particulière sont à distinguer des tendances de fond qui reflètent l’évolution réelle des prix (ou de toute autre variable économique). D’ailleurs, le sujet est désormais appréhendé sur le plan statistique, puisque le HCP a déjà produit des études dans lesquelles il a évalué de façon précise les effets de calendrier sur l’activité économique. Ainsi, durant Ramadan 2010, intervenu au mois d’août, les prix des produits alimentaires avaient augmenté de 0,2% en glissement annuel. En corrigeant cette évolution des effets de calendrier (du Ramadan en l’occurrence), les prix accusaient au contraire une baisse de 0,2%.

Quelques années auparavant, l’observation du phénomène avait conduit à constater une baisse des ventes de ciment de 10% en janvier 2006, alors même que le secteur du bâtiment à cette époque était en pleine expansion. En fait, cette baisse, nous dit le HCP, avait été provoquée «quasi intégralement par la fête du sacrifice» qui a coïncidé avec ce mois de janvier.

Dans la mesure où au Maroc, et dans tous les pays musulmans pratiquement, il existe deux calendriers, grégorien et hégirien (ou lunaire), les effets calendaires sont donc de deux ordres : ceux qui procèdent des événements religieux comme Ramadan par exemple, et ceux qui sont liés à la saisonnalité. Comme le calendrier hégirien n’est pas statique, il arrive que l’impact des fêtes religieuses coïncide avec celui de la saisonnalité. Exemple: quand Ramadan a lieu en été, comme c’est le cas depuis quelques années, la consommation des ménages augmente sous un double effet : celui de Ramadan et celui des fêtes de mariage, des vacances, de la farniente, etc. Mais cela n’implique pas forcément une augmentation des prix pour l’ensemble des produits. Il existe des produits qui sont disponibles en abondance durant cette période, leurs prix ne varient donc pas à la hausse, ils peuvent même baisser.

L’évaluation faite par le HCP sur la période du Ramadan de 2011, intervenue en août, a montré que l’inflation globale avait augmenté durant ce mois de 0,4% et l’inflation alimentaire de 0,8% du fait des effets de calendrier (Ramadan et saisonnalité cumulés). L’année suivante, le mois sacré avait chevauché les mois de juillet et août, et c’est ainsi que l’inflation globale en juillet avait augmenté de 0,1% et celle alimentaire de 0,2%. Pour le mois d’août, les prix globaux avaient crû de 0,2% et ceux des produits alimentaires de 0,5%, avec des pics pour le poisson frais atteignant des hausses de 8,3%. Plus généralement, indique l’étude du HCP, l’effet d’une journée de Ramadan durant cette période se traduit par une hausse de l’indice global des prix de 0,002% et de l’indice alimentaire de 0,005%.

Compte tenu de ce qui précède, les niveaux de prix que l’on pourrait constater bientôt dans les marchés de Casablanca et d’ailleurs ne devraient pas trop surprendre; même si, parfois, la voracité de certains amplifie le phénomène au-delà de l’entendement…