La digitalisation gagne les chantiers de construction
17 janvier 2018
Reda Harmak (1115 articles)
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La digitalisation gagne les chantiers de construction

Une station de la future ligne 3 du tramway de Casablanca a été modélisée en 3D avec son environnement. C’est la première fois que ce procédé, appelé Building Information Modeling, est utilisé dans un chantier d’infrastructure au Maroc. Cette nouvelle technique permet d’étudier de manière complète toutes les interactions entre l’ouvrage et son environnement pour minimiser les mauvaises surprises lors de la réalisation.

Des chantiers de construction d’un genre nouveau émergent au Maroc. Ceux-ci font appel aux technologies les plus avancées, à savoir les drones, les scanners 3D, le mobile mapping et même l’imagerie satellite pour modéliser de manière poussée les ouvrages à réaliser en les intégrant pleinement dans leur environnement, tout cela avant le premier coup de pioche. Ce procédé, appelé Building Information Modeling (BIM), a été utilisé récemment par Etafat, entreprise spécialisée dans le traitement et l’acquisition de l’information géospatiale, dans le cadre de la réalisation d’une station du tramway à Casablanca sur le tracé de la future ligne 3 au niveau de la place Sraghna. «C’est la première fois que le BIM est utilisé au niveau d’un projet d’infrastructure au Maroc», assure Kamal Ben Addou Idrissi, dirigeant d’Etafat. Le secteur du bâtiment s’y est mis un peu plus tôt puisque ce procédé a été mis en œuvre au niveau de quelques projets complexes à Rabat, notamment le Grand théâtre ainsi que la future tour BMCE.

L’intelligence artificielle pour verrouiller tous les aspects d’un projet

Pour la station de tramway de la place Sraghna, le travail réalisé a consisté dans un premier temps à capturer des images réelles de l’environnement de l’ouvrage au moyen de différents outils d’acquisition. En complément, Etafat a collecté différentes informations sur le site concernant notamment les réseaux apparents et enterrés (réseau électrique, téléphonique, assainissement…). Tous ces éléments ont ensuite été modélisés pour établir une maquette digitale détaillée de l’environnement de l’ouvrage. L’entreprise s’est attelée dans un deuxième temps à la conception numérique de la station en allant là encore loin dans le détail. Toutes les composantes de l’ouvrage, en allant des pylônes, rails, barrières de protection, abris des passagers jusqu’aux moindres arbustes ont ainsi été recréés en 3D, en partant bien sûr de toutes les données de conception architecturales relatives à la station. En bout de course, les techniciens d’Etafat ont simulé de manière complète l’intégration du nouvel ouvrage dans son environnement réel. C’est là que réside le plus grand intérêt du BIM. «Cette technique permet d’étudier de manière fine et complète toutes les interactions entre l’ouvrage et son environnement», explique le patron d’Etafat. Ainsi, l’on anticipe mieux, par exemple, les clashs qui peuvent se manifester entre les réseaux enterrés et l’ouvrage, de même que l’on peut mieux gérer l’impact de la nouvelle construction sur la circulation des piétons et des véhicules, l’éclairage ou encore l’ensoleillement au niveau de l’environnement.

Evidemment, l’étude de toutes ces dimensions est aussi menée selon la démarche classique où l’on se limite à la réalisation d’une maquette physique miniaturisée de l’ouvrage ou, au mieux, on le modélise en 3D sans son environnement. Reste que dans cette manière de faire l’étude des interactions, qui peuvent se compter par milliers, est réalisée par l’homme, ce qui fait que le risque est grand d’en négliger certaines que l’on sera contraint de gérer dans l’urgence lors de la réalisation, expliquent les équipes d’Etafat. Tandis que dans le cas du BIM on s’en remet à l’intelligence artificielle pour cette tâche afin de baliser intégralement le terrain avant le lancement des travaux.

Une économie de coût de plus de 20%

Au delà de ces apports techniques, le nouveau procédé peut constituer un atout dans la communication autour des nouveaux ouvrages. «Lorsque l’on présente des maquettes de projets pleinement intégrés dans leur environnement qui donnent une idée précise du résultat final, l’on peut obtenir plus facilement l’adhésion du public qui est ainsi mieux disposé à supporter les désagréments du chantier», envisage le patron d’Etafat. Mais les apports du BIM ne se limitent pas qu’à la phase de conception du projet. Le procédé peut aussi améliorer la planification des travaux. «Les retards sur le planning, notamment, sont automatiquement identifiés pour y remédier plus rapidement», promet M. Idrissi. La réalisation des travaux gagne aussi en efficacité. Du fait que la plateforme du BIM est collaborative, toutes les parties prenantes ont la possibilité d’apporter des modifications et des ajustements rapides permettant en théorie une marche continue des travaux. Sur les marchés avancés où ce procédé a déjà solidement pris ses marques en étant même imposé par la réglementation de certains pays, des études ressortent qu’il permet une diminution des coûts de construction de plus de 20%. Le BIM facilite la tâche jusqu’à l’entretien des ouvrages puisqu’il dresse un historique de chacune de leurs composantes, permettant de mieux programmer les différentes interventions qui s’imposent. Après Casa Tramway, Autoroutes du Maroc s’intéresse de près à ce procédé pour le déployer au niveau de ses projets.

Reda Harmak

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