La CMR doublement pénalisée par les départs à  la retraite et les recrutements

En moyenne, 20 331 fonctionnaires civils devraient partir à  la retraite chaque année entre 2013 et 2018. Le déficit financier de la CMR est prévu pour le milieu de l’année 2014. La lettre de cadrage du chef du gouvernement place la réforme des retraites parmi les axes prioritaires de l’action de l’Exécutif.

Dans sa lettre de cadrage pour la préparation de la Loi de finances 2014, le chef du gouvernement a mis l’accent sur quatre axes prioritaires, au premier rang desquels on trouve «l’accélération du rythme de mise place des grandes réformes», dites structurelles. Parmi celles-ci, outre la réforme fiscale, de la compensation et de la loi organique des finances, il y a également la réforme des retraites. En particulier, le texte du chef du gouvernement souligne l’urgence qu’il y a à réformer le régime civil de la Caisse marocaine des retraites (CMR), dont le déficit financier commencera à apparaître dès 2014, selon les conclusions de la Cour des comptes dans son rapport sur le système de retraite au Maroc, publié en juillet 2013. Autrement dit, dans quelques mois (vers le milieu de l’année prochaine), la CMR sera contrainte de puiser le complément manquant des cotisations des actifs dans ses réserves, évaluées à un peu plus de 74 milliards de DH à fin 2011, afin de servir les pensions des retraités.

Les causes de ce déséquilibre sont suffisamment traitées ici et ailleurs pour s’y attarder (baisse drastique du rapport démographique, «générosité» du régime, allongement de l’espérance de vie à l’âge de la retraite…). On peut néanmoins y ajouter un autre élément, même s’il relève toujours de la problématique du déséquilibre du rapport entre les actifs cotisants et les retraités. Si, à fin 2012, dernière statistique disponible à ce sujet, il y avait moins de 3 actifs pour 1 retraité (au lieu de 14,12 pour 1 en 1980), on peut se demander à combien s’établira ce rapport à la fin de 2013 et surtout sur les cinq prochaines années. C’est qu’en effet, en raison de la structure par âge de l’effectif du personnel civil de l’Etat, le flux des départs à la retraite sera de plus en plus important. Si bien d’ailleurs que selon des estimations, et à conditions que la tendance actuelle n’était pas infléchie, il y aurait dans une dizaine d’années plus de pensionnés que d’actifs cotisants.

L’effectif des retraités a augmenté 3 fois plus rapidement que celui des actifs

Déjà, le bilan des vingt dernières années, selon la CMR, montre que l’effectif des retraités a augmenté trois fois plus rapidement que celui des actifs. Et le rythme sera sans doute de plus en plus élevé. En effet, sur les presque 600000 fonctionnaires civils de l’Etat (plus exactement 577 671, en 2013), plus de la moitié (51%) ont un âge supérieur à 45 ans et 18,06% ont un âge compris entre 55 et 60 ans. Et 18,06% en valeur absolue, c’est 104 323 fonctionnaires. Ceux-ci devraient partir à la retraite sur les cinq prochaines années, si aucune décision n’était prise pour retarder ces départs ; soit une moyenne de plus de 20 000 départs par an.

D’aucuns pourraient rétorquer que, parallèlement, le gouvernement procède dans chaque Loi de finances à des recrutements supérieurs aux départs à la retraite. Jusqu’à 2012 effectivement, le solde entre les départs à la retraite et l’arrivée de nouvelles recrues était relativement conséquent. En particulier sur la période 2008-2013 où les créations de postes budgétaires furent en effet assez substantielles: 121 986 au total, soit une moyenne annuelle de 20 331 postes budgétaires. Pendant ce temps, les départs à la retraite se limitaient à une moyenne de 5 432 départs par an entre 2007 et 2001, avant de grimper à 11 026 départs en 2012.

Pour 2013, le ministère des finances prévoit 11506 départs à la retraite. En 2014, et compte tenu de la pyramide des âges déjà évoquée, ce sont 14 576 fonctionnaires qui prendront leur retraite. C’est une hausse de 26,7% par rapport à 2013.

Or, en 2014, pour rester sur cette exemple, il est prévu dans le projet de Loi de finances, actuellement en discussion au Parlement, le recrutement de 17 926 fonctionnaires, soit une baisse de 26,4% par rapport à 2013. Donc, l’écart entre les départs et les arrivées commence à se rétrécir. Et on a toutes les raisons de penser que ce rétrécissement ira en s’accentuant, compte tenu, entre autres, du non-remplacement systématique des départs à la retraite, du recrutement par voie de concours et, plus généralement, de la volonté de maîtriser l’enveloppe de la masse salariale.

Il est clair dans ces conditions que c’est la CMR qui paiera l’addition en quelque sorte. Non seulement les nouvelles recrues, et quel que soit leur poste, ne cotiseront pas autant que ceux qui ont déjà 25, 30 voire 40 ans de carrière, mais en plus, sur la durée, elles cotiseront moins, car la plupart entre sur le marché du travail à un âge avancé en raison de l’allongement de la durée des études. De ce point de vue, et pour reprendre l’expression d’un responsable à la caisse, «la CMR est doublement pénalisée»: par le flux de plus en plus important des partants auxquels il faut servir une retraite conséquente, et par la faiblesse des cotisations des nouvelles recrues…