Internet : les noms de domaine revendus 100 à  1 000 fois plus que leur prix d’enregistrement

A fin septembre, 110 000 noms de domaines, dont 50 000 avec une extension .ma étaient enregistrés au Maroc. Le second marché concerne surtout les extensions .com, .net, .org… L’ANRT multiplie les barrières pour limiter la spéculation au niveau des .ma.

La demande sur les noms de domaine a enregistré une forte augmentation ces deux dernières années. Les chiffres de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) confirment la tendance. A fin septembre 2013, l’extension nationale «.ma», (ccTLD), a atteint 50 104 noms de domaine, enregistrant ainsi une augmentation de +10,37% par rapport à septembre 2012. Les extensions gTLD (.com, .net, .org, .biz, .info, .mobi) totalisent quant à elles 60 797 noms de domaine à fin mars 2013, d’après les statistiques de la société Zooknic. On en est en tout à un peu plus de 110 000 noms de domaine.

Deux raisons sont à l’origine de cette évolution. D’abord, les entreprises marocaines (toutes tailles confondues) sont de plus en plus conscientes de l’importance d’une présence sur le Web. La deuxième et principale raison consiste en l’existence d’un second marché de noms de domaine, encore assez méconnu, où les transactions spéculatives s’effectuent de gré à gré.

Cette partie peu connue de l’industrie du nommage rapporte gros. En effet, chez les registrars, distributeurs accrédités par ICANN (Internet corporation for assigned names and numbers), le prix d’un nom de domaine est établi à 250 DH pour l’extension marocaine, commercialisée par l’opérateur téléphonique Maroc Telecom, et à 109 DH pour les gTLD. Or «ces prix sont multipliés par 100, voire 1 000 au moment de la revente du nom de domaine», confirme Hamza Aboulfeth, DG de Genious, Registrar accrédité par l’ICANN pour la distribution des extensions gTLD au Maroc. Et pour cause, pour récupérer les noms de domaine relatifs à leurs marques, les entreprises ont deux choix : soit déposer une réclamation auprès de l’ICANN, soit régler l’affaire à l’amiable. Alors face à une procédure longue et coûteuse, les entreprises optent souvent pour le second choix. «Le meilleur exemple à donner dans ce sens, c’est celui de Koutoubia. Pour récupérer le nom de domaine ‘‘Koutobia.com’’, le charcutier a dû débourser 300 fois le prix de vente initial», confie M. Aboulfeth.

Neuf marques locales ont récupéré leur nom grâce à l’arbitrage de l’OMPI

Ces problèmes de spéculation se posent surtout au niveau des extensions gTLD. Au regard des professionnels du secteur, «le principe de base d’enregistrement est le premier arrivé premier servi». Du coup, «chaque personne a le droit d’enregistrer le nom de domaine qui lui  convient. Si certaines entreprises n’admettent pas ce principe, elles n’ont qu’à réserver toutes les extensions de leur nom de domaine», explique notre expert. A noter que chez Genious, pour enregistrer un nom de domaine, il suffit de se connecter sur le site de l’entreprise, passer la commande et payer par carte bancaire.

De son côté, l’ANRT n’applique pas le principe du, «1er arrivé-1er servi». Au regard de son management, «les noms de domaine soulèvent un certain nombre de défis sur le plan de la protection de la propriété intellectuelle». Dans ce sens, l’agence a conçu des mécanismes pour protéger les propriétaires des marques. Elle a défini les règles de gestion et d’attribution des noms de domaine «.ma», et ce, au niveau de la charte de nommage «.ma». Ainsi, depuis août 2007, elle a mis en place une procédure alternative de résolution des litiges applicable aux noms de domaine «.ma» ayant trait à une marque de fabrique, de commerce ou de service protégée au Maroc. Il s’agit d’une procédure administrée par le centre d’arbitrage de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), à travers 4 experts marocains mandatés pour cette fin. A ce jour, cette mesure a permis à neuf marques enregistrées au Maroc de récupérer leur nom de domaine.