« Nous avons anticipé des actions pour mieux se préparer à l’implémentation du contrat programme BTP »

La fédération prône l’introduction systématiquement de la définition de Bureau de conseil et d’ingénierie dans les textes en vigueur. Elle a créé huit collèges de génie et de spécialité et revu l’arborescence des associations sectorielles. Une attention particulière devra être portée aux matériaux et procédés locaux authentiques et/ou innovants.

La Fédération marocaine du conseil et de l’ingénierie a déjà entamé l’exécution du contrat programme. Cinq sous-commissions ont été créées au sein de la commission «contrat programme» déjà existante. Nabil Benazzouz, président de la fédération, fait le point sur les actions menées.

Comment se porte le secteur de l’ingénierie et de quelle manière devrait-elle être régulée ?
La qualité et l’état de santé du secteur dans lequel évolue la profession restent d’abord tributaires de la qualité de la politique, de la gouvernance et de la régulation menées par les pouvoirs publics et l’administration, puis de l’organisation et la performance des prestataires parmi ceux dûment reconnus : promoteur organisé, Architecte qualifié, Bureau de conseil et d’ingénierie (BCI) agréé, Bureau de contrôle agréé, laboratoire qualifié, entreprise qualifiée…
Dans ce sens, il est impératif de revoir et d’amender les textes de loi actuels pour introduire systématiquement la définition de Bureau de conseil et d’ingénierie «BCI» Spécialisés agréés ainsi que sa mission en compatibilité avec le poids de la responsabilité engagée tout le long du cycle de vie du projet.
Cette qualité est également dépendante du schéma organisationnel adopté pour chaque projet et de la clarté des interfaces entre les différents intervenants dans l’acte de bâtir, d’exploitation et de maintenance. Pour ce faire, l’avènement du nouveau code de construction est plus que jamais opportun. Elle est enfin davantage plus ancrée et pérennisée en incitant les intervenants et les promoteurs et gestionnaires de projets à recourir aux systèmes de certification qui permettent une remise en cause continue et une quête perpétuelle du progrès et de l’excellence basée sur la satisfaction de l’utilisateur final qu’est le citoyen.
En effet, la réduction des coûts et des délais de production ne devra en aucun cas être opéré au détriment de la qualité des prestations et par suite des constructions. Une revalorisation des prestations de la maîtrise d’œuvre architecturale et surtout technique reste indispensable.
En plus du contrôle des matériaux importés, une attention particulière devra être portée aux matériaux et procédés locaux authentiques et/ou innovants. Dans ce sens l’initiative de lancement en 2017 par la FMCI de la réflexion sur la création d’une Entité marocaine technique du bâtiment «EMTB» reste d’actualité et pertinente avec cet objectif.

Quelles sont les principales réalisations du contrat programme depuis sa signature ?
Nous avons anticipé un certain nombre d’actions pour mieux se préparer à l’implémentation du contrat programme. Pour l’organisation, nous avons déjà créé huit collèges de génie et de spécialité, revu l’arborescence des associations sectorielles fédérées par la FMCI. Et afin de mieux cerner les intervenants et les pratiques dans le conseil et l’ingénierie, des enquêtes préliminaires ont été lancées en 2018 pour dresser le profil des bureaux en termes de ressources, compétences, références et méthodes de travail. Un nouveau règlement intérieur, code déontologique ont été édités également.
Pour l’accès à la commande et agrément, nous avons proposé un projet de décret de passation des marchés aux pouvoirs publics. De plus, un régime transitoire devant simplifier et homogénéiser le processus d’octroi d’agrément en attendant sa refonte globale.
A propos du marché du conseil et de l’ingénierie, nous nous sommes déjà attaqué aux problèmes des honoraires et des délais de paiement, au problème d’adéquation des ressources humaines (l’offre et la demande) et nous avons préparé les termes de référence d’une étude dédiée qui sera lancée incessamment.
Concernant le processus administratif, des bases de données ont été initiées pour cueillir les doléances et réclamations des adhérents et des commanditaires de prestations du conseil et d’ingénierie.
En vue d’accompagner la responsabilité croissante des BCI, nous avons longuement insisté lors de l’examen de la loi 66/12 sur la définition des interfaces et la clarification des responsabilités. En même temps nous avions conclu une convention avec une compagnie d’assurance pour doter nos adhérents d’une couverture professionnelle dans des conditions très compétitives. Nous avons aussi institué un organe de formation et de perfectionnement continus dit Ingénierie Professionnelle Académie «IPA».

De quelle manière ces points seraient-ils traités ?
Des mesures d’accompagnement ont été prises dès la première réunion élargie du bureau national tenue en octobre 2018, juste après la signature du contrat programme.
Ainsi, cinq sous-commissions traitant des familles de mesures prioritaires ont été créées au sein de la commission «contrat programme» déjà existante. Les principaux axes de travail tournent autour de l’accès à la commande et son impact sur l’organisation de la profession, les chantiers des textes réglementaires et régulation de marché, l’optimisation des processus de l’administration et des MOA (gestion des marchés, délais de paiement, RC et CPS type), le renforcement des compétences, l’étude d’adéquation des ressources aux besoins et la mise à niveau et l’acquisition d’expertise, l’excellence, la durabilité, la mutualisation et l’export

La prochaine étape ?
Il s’agira de continuer l’implémentation du contrat programme. Le but est d’accompagner activement le développement économique du pays et assurer la durabilité des réalisations en sollicitant le conseil et l’ingénierie dans toutes les phases des projets d’investissements ; de développer davantage le rôle du Conseil et de l’ingénierie dans tous les secteurs. Il est aussi question de mettre à niveau la structure organisationnelle des opérateurs du secteur et combattre la fausse ingénierie; de contribuer dans le recrutement des jeunes et surtout s’inscrire dans une dynamique de formation, de renforcement des compétences, d’encadrement et validation des acquis ; de renforcer la structure financière des entreprises dites champions nationaux pour être en mesure de participer aux opérations de PPP et développer la R&D, aussi bien au Maroc qu’à l’expor, de sorte à entraîner dans leur sillage le reste des opérateurs spécialisés de taille plus modeste et faire rayonner le savoir-faire marocain dans la région et le continent.

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