Matériaux de construction : deux filières sur cinq en phase avec les objectifs des contrats de performance

La moitié du budget dédié aux études sectorielles a déjà été débloqué. Le béton préfabriqué et la céramique sont les deux filières les plus avancées dans le cadre des contrats de performance signés. Un cluster regroupant toutes les industries de la céramique sera mis en place à Berrechid.

Une lueur d’espoir commence à se dessiner pour le secteur des matériaux de construction. Les écosystèmes prennent forme timidement, après que les contrats de performance ont été conclus entre la Fédération des industries des matériaux de construction (FMC) et les ministères concernés. Une conférence sur les enjeux et les opportunités des écosystèmes de ce secteur devait se tenir, jeudi 11 avril, à Casablanca. Le but est de faire le point sur les avancées de ces contrats, mais aussi d’exposer les contraintes et les blocages à la mise en œuvre de ces stratégies de développement. Pour rappel, cinq filières sont concernées: le ciment, le préfabriqué, la céramique, le marbre et l’acier. Si certaines d’entre elles sont bien avancées dans la réalisation de leurs objectifs, d’autres le sont bien moins, et ce n’est pas faute d’ambition. «Plusieurs blocages ont été constatées, en partie du fait des autorités publiques. Et cet événement est justement une occasion pour inviter les parties prenantes à dépasser ces contraintes», confie David Toledano, président de la FMC.

La bonne nouvelle est que la cellule d’animation chargée d’accompagner ces secteurs a déjà été créée et que 50% du budget relatif aux études est débloqué. Ce budget est réservé à la réalisation d’études sectorielles, afin d’estimer le potentiel de chaque secteur, la valeur ajoutée à créer, le nombre d’emplois également, les investissements à mettre en place… «Trois études sont lancées et une autre le sera de manière imminente», annonce M.Toledano. Ce n’est qu’après la conclusion de ces études que les investissements seront engagés.

Une requête pour la récupération de la taxe sur le ciment

Parmi les filières les plus dynamiques, le béton préfabriqué est en tête de liste. «Le secteur devra bénéficier incessamment d’une cartographie des industriels du béton préfabriqué au Maroc. La première partie du contrat de performance est donc presque achevée», souligne Simohammed El Himma, président de l’Association marocaine des industries de béton (AMIB).

Le second volet lié aux investissements est en cours de réalisation. «Il s’agit de la création d’une dizaine d’entreprises, qui devrait bénéficier d’une prime à l’investissement. Sur ce point, la plupart des contrats ont été signés et les montants seraient bientôt versés. A terme, l’objectif est de mettre à niveau la profession certes mais aussi de créer 200 emplois directs et 400 indirects», souligne M.El Himma.

Mieux encore, l’Amib privilégie la diversification. «Ces investissements devraient porter sur des produits qui ne sont pas assez représentés dans la profession. De même, nous invitons les pré-fabricants à s’installer dans les différentes régions du pays, pour une meilleure représentativité et pour réduire le coût de revient», confie le président de l’AMIB.

Par ailleurs et compte tenu du poids de l’informel dans le secteur, l’association devrait engager des actions afin de pousser les industriels vers davantage de transparence, entre autres, à travers un label Amib. De plus, l’association ambitionne de trouver un accord avec la direction des impôts pour la récupération de la taxe sur le ciment. «Cela devra encourager les pré-fabricants, à réduire les pratiques informelles surtout que le secteur est surtaxé», conclut notre source.

Constitution de consortiums pour les exportations

Le secteur de la céramique, qui accusait beaucoup de retard dans la concrétisation de ses contrats de performance, devrait connaître un saut remarquable. «Une nouvelle vision de la profession se dessine. Nous bénéficierons dans quelques mois du gaz naturel, local ou importé. Nous sommes très près d’une solution pour toute l’industrie céramique et celle de la transformation», fait savoir Mouhssine Lazrak, président de l’Association marocaine de l’industrie de la céramique (APIC).

Ceci permettra de développer un cluster industriel dans la région de Berrechid. Le nom est déjà trouvé : «Berrechid Ceramic valley». Il s’agira d’une concentration géographique d’une dizaine de grandes entreprises et plusieurs dizaines de PME œuvrant dans le même secteur d’activité…, à l’instar de ce qui se passe en Italie, en Espagne ou au Brésil. «Une multitude de PME et de métiers se développeront autour de l’industrie leader aussi bien en amont qu’en aval. Cela va des matières premières, locales ou importées, jusqu’aux produits finis, d’une part ; et de l’entretien à la fabrication mécanique, construction de machines…, d’autre part», détaille M.Lazrak. Avec un investissement de 2 milliards de DH, ce sont 10 500 emplois directs et indirects qui seront créés.
Sur le plan économique, la proximité géographique des entreprises dans le cadre de ce cluster permettrait de réduire toutes sortes de barrières, intra-entreprises, à l’exportation et celles relatives à la mise au niveau. Autrement dit, cette zone devra contribuer à une plus grande spécialisation des entreprises et à la constitution de consortiums pour attaquer les marchés étrangers.

En plus de la zone industrielle qui devra accueillir les différents types d’investissements, le cluster comprendra la création d’un pôle d’excellence abritant un laboratoire de contrôle répondant aux normes internationales et des laboratoires de recherche et développement, en collaboration avec les différentes écoles d’ingénieurs et d’universités.

Le volet formation n’est pas en reste puisqu’il est prévu de créer une académie des arts et métiers avec le soutien de l’OFPPT. Tout a été pensé, même le volet commercialisation. En outre, une zone logistique sera aménagée pour l’entreposage des stocks et la facilitation de la manipulation de la production. Elle est située à Mediouna et porte le nom de Mediouna Ceramic Road. Enfin, l’utilisation du gaz naturel réduira non seulement le coût de l’énergie, mais aussi l’utilisation du fioul qui est l’un des carburants les plus polluants.

Il faut noter que la mise en place de ce cluster rentre dans le cadre de l’étude qui sera menée pour l’écosystème de la filière, d’un montant déjà débloqué de 1 MDH. Néanmoins, l’association exprime un certain nombre de doléances auprès de l’Etat. «Le coût de financement n’est pas supporté par l’Etat. En contrepartie, nous demandons la viabilisation et l’électrification de cette zone, la mise à la disposition des PME, qui seront nouvellement créées, d’un foncier abordable et l’alimentation en moyenne tension à travers l’énergie solaire», indique M.Lazrak.

Si les filières de la céramique et du béton préfabriqué se targuent de voir le bout du tunnel, ce n’est pas tout à fait le cas des autres. La filière du ciment entend toujours édifier trois cimenteries dont une dans le sud, ainsi qu’une plateforme de traitement et de valorisation des déchets. « Les investisseurs sont prêts à pénétrer ce marché, encore faut-il que l’administration facilite les choses, allusion faite aux autorisations », explique David Toledano, président de la FMC.
Du côté de l’acier, du chemin reste à faire. Selon notre source, des filières devraient être créées dans le démantèlement des navires en vue de développer l’utilisation de la ferraille, en vue de satisfaire al consommation nationale et de réduire les besoins à l’export.