Lots de terrain : les prix ont rudement chuté… et ça continue

Les lotisseurs peinent à vendre. L’offre est abondante, mais les lourdeurs administratives en matière d’autorisation de construire découragent les acquéreurs.

«Cette année ne fera pas exception pour le segment des terrains destinés à l’auto-construction. Depuis plus de trois ans, l’atonie règne sur ce marché. Les transactions se font au compte-gouttes malgré une baisse sensible des prix», se désole un lotisseur à Casablanca. Dans la capitale économique, le prix des lots de terrain a baissé «de 10% à 30%, voire plus! A Anfa supérieur, des lots qui valaient 30000 à 35000 DH/m2 en 2015 peuvent aujourd’hui se négocier à 21 000 DH. Dans certaines zones à Ain-Diab, les lots ne valent pas plus de 16000 DH, alors que leurs prix variaient de 22 000 DH à 23 000 DH», explique Samir Rahmani, agent immobilier à Casablanca. La même situation prévaut à Rabat, avec des transactions qui se font tout aussi rares «Au quartier des ambassadeurs, l’une des zones des plus huppées de la ville, des terrains de 2000m2, qui valaient entre 5 000 et 5 500 DH/m2 en 2014, se négocient actuellement entre 4 000 et 4 500 DH», enchaîne un autre opérateur à Rabat.

Et l’herbe n’est pas plus verte dans les périphéries de Casablanca. La directrice commerciale d’un grand groupe immobilier s’inquiète : «Nous avons du mal à commercialiser un projet d’envergure de lot de villas à Dar Bouaaza». A Bouskoura, un lotisseur de lots pour villas de 1000 m2 indique : «En 2017, année de démarrage de la commercialisation, le lot se vendait à 5 200 DH/ m2. Mais depuis, nous avons dû baisser les prix jusqu’à 15%. La semaine dernière nous avons vendu un lot de ce projet à 4 400 DH/m2!», s’alarme le promoteur.

Pourquoi cette baisse ? «Le marché est devenu opportuniste et pragmatique, les acquéreurs potentiels ont ressenti cette baisse et négocient au mieux», estime l’agent immobilier. Selon un notaire de la place, cette baisse est animée par trois facteurs. «Un, l’abondance de l’offre. Pour ne citer que Dar Bouazaa, qui est très prisée par une catégorie moyenne, plus (entre autres raisons, sa proximité des écoles), une multitude de projets pullulent dans cette zone, signés Addoha, CGI, TGCC, Haddioui, etc… Aujourd’hui, les gens ont le choix et ne se ruent pas sur les projets. Deux, la conjoncture économique peu encourageante, matérialisée notamment par des retards de paiement, des suspensions de financements de projets, etc., plombent le moral mais surtout le pouvoir d’achat des ménages. Trois, la lourdeur administrative en matière d’autorisation de construire. Elle peut exagérément durer jusqu’à 6 mois ! L’administration n’encourage pas les gens à construire».

Marché instable

Cette tendance va-t-elle se poursuivre? Selon notre notaire, oui. «Les prix pourraient baisser davantage. Les promoteurs qui n’ont pas de problème de trésorerie continueront à s’abstenir de vendre, surtout ceux ayant acquis leurs terrains à des prix plus ou moins élevés et qui refusent de concéder des baisses et d’être taxés sur la base des prix de l’Administration. En revanche ceux qui ont un besoin incessant de trésorerie, continueront peut-être à brader les prix».

Selon le dernier rapport de Bank Al Maghrib concernant l’indice des prix des actifs immobiliers au 1er trimestre 2019, les vents des terrains ont reculé de 7,4% par rapport à la même période de l’année dernière. A Rabat, les prix ont chuté de 12% et les ventes se sont repliées de 22,5%. La même tendance est observée à Casablanca, puisque les prix du foncier ont baissé de 6,2%. A Tanger, l’indice des prix s’est légèrement affaissé de 0,6% et les ventes ont accusé des baisses de 21,55%. A Marrakech, le recul de ventes est encore plus accentué, de 40,4%.