La consommation de ciment se redresse depuis le début de l’année

Les ventes ont augmenté à fin avril de presque 6% pour atteindre 4,8 millions de tonnes. Le marché s’est redressé depuis le mois de décembre dernier. Les professionnels de l’APC tablent sur une évolution comprise entre 0% et 3% pour cette année.

La consommation nationale de ciment est en train de reprendre. Même si les ventes ont clôturé l’année 2018 sur un recul de 3,6% pour atteindre 13,3 tonnes, selon les dernières statistiques de l’Association professionnelle des cimentiers (APC) qui regroupe les principaux producteurs, à savoir Asment de Témara, Ciments de l’Atlas, Ciments du Maroc et LafargeHolcim, il n’en demeure pas moins que la consommation a augmenté à une fréquence mensuelle. Sur le seul mois de décembre de l’année précédente, elle s’est appréciée de 8,2% par rapport à novembre, contre une chute de 17% en comparaison avec octobre.
La progression remarquable du mois de décembre, à elle seule, n’a pas permis de juguler la baisse de toute l’année, qui, soit dit en passant, reste la plus forte baisse depuis l’amorçage du recul des ventes. Néanmoins, il s’agissait de clignotants encourageants pour la suite. En effet, cette reprise se poursuit, même s’il est impossible de dire qu’elle se consolidera ou non. A fin avril, la consommation cumulée s’est établie à 4,8 millions de tonnes, soit une augmentation de près de 6% par rapport à la même période de l’année dernière. «Le cycle baissier nous guette toujours, tant que le secteur immobilier n’a pas émis des signaux de relance palpables et tant que l’ensemble des chantiers publics n’ont pas repris», affirme un opérateur. Pour le moment, il semble que le contrat programme du BTP commence à se concrétiser petit à petit et que les écosystèmes des matériaux de construction se développent.

De son côté, Bouchra Ghiati, directrice déléguée de l’APC, met en avant des données chiffrées pour expliquer l’évolution du marché. «Le bâtiment en général et le logement plus particulièrement, représentent 75% à 80% de la consommation nationale de ciment. Donc forcément la reprise constatée est tirée par le secteur du logement. D’ailleurs, les statistiques de Bank Al-Maghrib font ressortir une augmentation des encours des crédits à l’acquisition des logements de 5,5 % pour le premier trimestre 2019», observe-t-elle. L’investissement public a contribué également à cette amélioration. Plusieurs chantiers d’infrastructure de référence ont été achevés ces deux dernières années, en l’occurrence, l’extension du Port Tanger Med, la ligne LGV, le Port de Safi, la Marina de Casablanca…

De grands chantiers publics seront ouverts

Cependant, «plusieurs autres travaux de taille sont lancés dans le BTP», notamment le Port de Nador West Med, les barrages Khartoub à Larache, Ghiss à Al Hoceima, Kaddoussa à Errachidia, celui de Tidès dans la région de Khémisset et de Mdez à Sefrou, le dédoublement de la route entre Tiznit et Laâyoune, la station de dessalement d’Agadir ainsi que la station d’épuration. Les travaux d’aménagement du port de Laâyoune devront également démarrer cette année. Autant de chantiers et de facteurs qui présagent une bonne année pour les cimentiers. «Sur la base de la situation à fin avril 2019, l’extrapolation des réalisations des 8 derniers mois de 2018 aboutit à un taux de croissance de l’ordre de 2% pour 2019», prévoit M.Ghiati. Cet optimisme est toutefois tempéré. «Au vu de l’historique de l’évolution mensuelle de la demande de ciment, il s’avère que les retombées de la saisonnalité (effets des fêtes religieuses et de la pluviométrie des derniers mois de l’année) peuvent impacter fortement le comportement à venir de cette demande. On pourrait envisager une fourchette entre un taux “pessimiste” de 0% et un scénario “optimiste” avec un taux de progression de 3%», analyse Mme Ghiati.

La structure du marché est inchangée

En tout cas, la reprise de cette année devrait rester modérée et inférieure aux niveaux observées sur la période 2004-2011 où le taux de croissance annuelle moyen s’est situé à 7,4%. La structure du marché ne devrait pas non plus changer. Les analystes de CFG Bank estiment que le marché ne devrait pas accueillir de nouveaux investisseurs, à l’exception des nouvelles cimenteries: Ciments de l’Atlas de Nador, et celle de LafargeHolcim Maroc. En cause, le marché marocain est actuellement en surcapacité. En effet, il dispose d’une capacité de production de 19,1 millions de tonnes (en excluant les stations de broyage) pour une demande qui s’élève à 13,3 millions. Ainsi, la capacité de production installée actuellement suffirait à couvrir les besoins nationaux en ciment jusqu’en 2026. CFG Bank, envisage, de son côté, que la croissance de la consommation serait limitée à 1% en 2019, 2% en 2020 et 2,5% en 2021.