BTP : Entretien avec El Mouloudi Benhamane, Président de la Fédération nationale du bâtiment et travaux publics (Fnbtp)

Une audience a été accordée par le chef du gouvernement à la Fnbtp le 3 novembre. Le gouvernement compte dérouler une nouvelle vision stratégique pour le développement du secteur. La 5e édition du BTP Expo sera surtout l’occasion de diffuser des messages d’optimisme volontariste.

Comment se porte le secteur du BTP?

La Note de Conjoncture d’octobre 2017 du Haut Commissariat au Plan (HCP) constate que le secteur de la construction aurait maintenu sa tendance baissière pour le troisième trimestre successif, affichant une baisse de 1% de sa valeur ajoutée au troisième trimestre 2017, au lieu d’une hausse de 1,2% l’année précédente. Cette évolution aurait été confirmée par la baisse de l’utilisation des facteurs de production, notamment le ciment, dont les ventes auraient poursuivi leur repli, après avoir reculé de 13,7% au deuxième trimestre. Par ailleurs, les anticipations des professionnels de la construction, dans le cadre de la dernière enquête de conjoncture du HCP, auraient confirmé la poursuite du recul des carnets de commandes des entrepreneurs du bâtiment. Cela étant, selon l’institution, entre le troisième trimestre de l’année 2016 et la même période de 2017, le BTP a créé 7 000 emplois. Au registre des prévisions, le HCP estime que le secteur du BTP devrait connaître une quasi-stagnation, avec un taux de 0,3% en 2017. Cette situation serait due, notamment, à la faiblesse des ventes dans le logement social et à la tendance baissière au niveau de l’auto-construction. S’ajoute à cela le ralentissement de l’octroi des autorisations de construire et des marchés publics durant le premier semestre de l’année en cours. Comme vous le constatez, même l’organisme national chargé de l’observation et des prévisions de l’évolution de l’économie nationale n’est dans l’ensemble guère confiant, ni rassuré par la situation du secteur du BTP en 2017. Mais nous avons décidé à la fédération d’être optimistes. Dans la dernière interview accordée à La Vie éco, nous avons brossé le tableau réellement préoccupant d’un secteur dont les entreprises vivent une crise qui perdure depuis 2012, laquelle crise s’explique par plusieurs facteurs et à diverses manifestations. Et nous avons été entendus ! Aujourd’hui, nous comptons avec la volonté affirmée du gouvernement et des ministres partenaires de s’engager fermement dans une stratégie concertée et commune pour le développement du secteur. Lors de l’audience accordée le 3 novembre par le chef du gouvernement à notre fédération et après avoir écouté notre exposé, Saâdeddine El Otmani nous a fait part de sa nouvelle vision stratégique pour le développement du secteur. Il nous a promis que cette stratégie englobera des réformes de nature à lever les contraintes auxquelles est confrontée la profession et des instruments de mise en œuvre traduisant les orientations royales qui ont placé le développement de l’entreprise parmi les priorités de l’action gouvernementale. Car notre pays a encore besoin de nos entreprises pour compléter et renouveler ses infrastructures, et surtout sauvegarder cette formidable autosuffisance en entreprises de construction dans le BTP.

En somme, nous avons bon espoir et confiance dans la volonté des Pouvoirs publics d’encourager l’investissement et l’entreprise et son rayonnement au Maroc et en Afrique, notamment pour notre secteur du BTP. Nous sommes d’autant plus confiants que nos entreprises résistent, toujours, à toutes les contraintes, tous les abus et toutes les difficultés. Mais les relations avec notre secteur doivent considérablement être améliorées, créant une dynamique de partenariat public-privé, une nouvelle orientation devenue incontournable pour tracer une vision stratégique claire pour le développement de notre secteur au Maroc, et qui doit commencer par la signature d’un contrat programme pour le BTP et l’ingénierie au Maroc à l’horizon 2022.

Où en est justement ce contrat programme du BTP et de l’ingénierie?

Nous avons finalisé le contrat-cadre ainsi que les contrats d’application avec le ministère de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau, et ce dernier est en train de négocier les versions définitives avec les autres ministères concernés. Nous négocions, nous aussi avec ces ministères pour faire aboutir le chantier rapidement et lancer effectivement cette stratégie nationale pour le développement et le rayonnement de l’ingénierie et de l’entreprise nationale du BTP. Aussi, nous comptons signer ce contrat, lors de l’ouverture du BTP Expo et Forum du BTP, le 27 novembre courant. En somme, pour notre part nous sommes prêts, la balle est dans le camp du gouvernement.

Quelles opportunités de manière générale pour l’organisation de la 5e édition du BTP Expo?

Cet évènement permettra de diffuser un certain nombre de messages d’optimisme volontariste à nos adhérents, à nos partenaires et à l’opinion publique avec des éléments concrets et non pas seulement des vœux pieux.

D’abord S.M. le Roi nous fait l’insigne honneur d’accorder Son Haut Patronage à l’édition 2017, comme Il l’a accordé aux éditions 2006, 2008 et 2010. En second lieu, nous œuvrons avec le chef du gouvernement et les ministres partenaires, pour que l’édition 2017 du BTP Expo et Forum du BTP abrite la cérémonie de signature du contrat-programme conclu entre le gouvernement, la fédération marocaine du conseil et de l’ingénierie (Fmci) et la Fnbtp.

En outre, cet évènement connaîtra la présence africaine et à très haut niveau, politique et professionnelle illustrant cette vocation africaine de notre pays, à laquelle les entreprises marocaines du BTP contribuent aux avant-postes par l’échange d’expériences, l’action associative continentale, multilatérale et bilatérale, la formation… En effet, de nombreux participants de marque ont été invités, à savoir des ministres et des hauts responsables du Bénin, du Burkina-Faso, du Congo, de Côte d’Ivoire, d’Egypte, d’Ethiopie, du Gabon, du Ghana, de Guinée, de Guinée Equatoriale, du Malawi, du Mali, du Nigéria, du Sénégal, du Soudan, de la Tanzanie, du Togo et de la Zambie. S’ajoutent à cela, les membres du Bureau de l’Association panafricaine des organisations des entreprises de la construction, AFCCA.

Outre la signature du contrat-programme du BTP, quelles réformes s’agit-il de mener pour appuyer le secteur?

Nous voyons trois grands chantiers de réforme. Il s’agit en premier de l’adoption d’un Code de la commande publique assurant l’équité, la transparence et la promotion de l’entreprise nationale. Ce Code devrait édicter les principes fondamentaux de la commande publique, à savoir : la liberté d’accès à la commande publique, l’égalité de traitement des concurrents, la garantie des droits des concurrents, la transparence dans les choix du maître d’ouvrage ainsi que la maximisation de la valeur ajoutée locale générée.

Il doit aussi consacrer certaines règles fondamentales: l’application systématique de la préférence nationale, l’adoption du choix du mieux-disant dans le cadre des marchés publics et la résolution par là de la problématique des offres anormalement basses qui sont à l’origine de la casse des prix, l’obligation de soumissionner en dirham pour éviter les distorsions dues aux taux de change, le maintien du principe de la complémentarité pour le groupement solidaire… Le second chantier de réforme porte sur la mise en place d’une instance paritaire pour le pilotage, le suivi et l’évaluation de la réglementation de la commande publique. Il s’agit à cet effet d’apporter des améliorations à la commission nationale de la commande publique (CNCP) introduite en 2015. Nous proposons spécifiquement de domicilier la CNCP auprès du chef du gouvernement qui nomme son président, pour lui donner l’envergure qui correspond à la vision économique et politique qui devrait présider à la gestion de la commande publique. Aussi nous suggérons d’élargir les prérogatives de la CNCP à des missions supplémentaires pour assurer la centralisation de toute la réglementation dans un recueil unifié, l’évaluation de l’ensemble des textes législatifs et réglementaires en les confrontant à la réalité du terrain ou encore la définition des priorités de la réforme de la réglementation… Aussi, selon nous, il faut consacrer la parité public-privé de cette commission pour intégrer dans sa composition diverses fédérations professionnelles.

En troisième lieu nous estimons qu’il est temps d’impliquer de manière décisive la Fnbtp dans la qualification et la classification des entreprises. Nous proposons deux options. Soit déléguer la gestion du système à la profession, représentée par sa fédération, comme cela se fait dans beaucoup de pays, dont la France, à titre d’exemple. Soit de faire de la commission nationale de qualification et de classification un organe dédié, autonome placé sous l’autorité du chef du gouvernement.

 Dans ce sillage, quelles sont actuellement les priorités de la Fnbtp?

Nos priorités immédiates portent sur la signature du contrat-programme du BTP avec le gouvernement et la réussite de la 5e édition du BTP Expo et Forum du BTP. Aussi, notre objectif est de remobiliser les entreprises marocaines du BTP pour la défense de leurs intérêts autour de la Fnbtp et les accompagner pour gérer le passage à une plus grande présence de la maîtrise d’ouvrage territoriale, locale et régionale, directement ou sous la forme de sociétés de développement local ou régional. A côté de cela, nous allons continuer à agir pour le respect par les maîtres d’ouvrages publics de leurs obligations réglementaires et contractuelles et notamment les délais de paiement. Enfin, nous contribuons au développement des partenariats public-privé. En somme, nous nous positionnons comme partenaires des pouvoirs publics car nous sommes condamnés à construire ensemble le Maroc et, au-delà du Maroc, contribuer à la construction de l’Afrique.