Pain de sucre : des siècles d’existence et 550 000 pièces vendues chaque jour
29 septembre 2006
Lavieeco (26184 articles)
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Pain de sucre : des siècles d’existence et 550 000 pièces vendues chaque jour

La production industrielle a commencé en 1929 avec la création de la Cosuma, devenue Cosumar en 1967.
Facile à  conserver et à  transporter, le pain de sucre est plébiscité dans
le monde rural et les zones désertiques.
Le produit est essentiellement distribué dans le circuit traditionnel
selon un schéma inchangé depuis
des décennies.

Le pain de sucre est un produit de consommation courante, adopté depuis fort longtemps, et tout à fait intégré dans les us et coutumes des Marocains. Actuellement, il est encore et surtoutconsommé dans le Maroc profond, dans les campagnes. C’est le présenttraditionnel qu’on offre à l’occasion des différentescérémonies familiales comme les mariages, le retour du pèlerinageou les baptêmes.
Commercialisé avec un poids standard de deux kilos, le pain de sucre estemballé dans un papier bleu spécifique. Sa forme conique est elle-mêmesuffisamment originale pour que le «kaleb soukar» soit reconnaissablede loin et à première vue. Une forme qui n’a presque paschangé depuis plus de 60 ans.

Mais il faut savoir que le pain de sucre est un produit beaucoup plus vieux quecela ! En fait, sa découverte remonte à l’an 500 av. J-Cen Inde. C’est le procédé technique de sa fabrication quia déterminé la forme conique. En effet, il fallait le mouler dansun cône de manière à ce qu’il cristallise et abandonneson sirop, par effet d’entonnoir. Ce sucre dit de «premièrecoulée» était alors un sucre de première qualité,un produit de luxe.

C’est suite à l’introduction, par les Anglais, du thé dansle paysage marocain que la consommation du pain de sucre a véritablementexplosé. Elle atteint aujourd’hui 400 000 tonnes par an, soit 38% de la consommation totale.

Avec 85,5 % des ménages déclarant consommer du pain de sucre, etune croissance de sa consommation qui augmente de 1,5 à 2% par an, ceproduit a encore de beaux jours devant lui.

La production nécessite une main-d’œuvrenombreuse
Le pain de sucre, au Maroc, n’est en fait entré dans l’èreindustrielle qu’en 1929 avec la création de Cosuma (Compagnie sucrièreSaint-Louis de Marseille). La capacité de production était alorsde 100 tonnes par jour. Dans une première phase, le processus de fabricationse limitait alors au raffinage de sucre brut importé. Cela dure jusqu’en1963, date à laquelle commence la production à partir de la betterave.En 1967, changement stratégique dans l’actionnariat de Cosuma :l’Etat prend une participation de 50% dans le capital de l’entreprisequi devient alors la Cosumar. Dans la stratégie d’industrialisationinitiée par l’Etat, la filière sucrière est une priorité.Le sucre étant l’une des bases de la nourriture marocaine, touteune série d’unités seront implantées dans le pays: Suta, Sunat, Sucrafor, Surac et Sunabel.

La production augmentera régulièrement pour atteindre 1 300 tonnespar jour actuellement. Le développement de la culture de la canne avaitcontribué, dès le début des années soixante-dix, à cette évolution.Entre-temps, l’Ona avait pris le contrôle de la Cosumar avant d’absorberles autres sucreries à la faveur de la dernière privatisation.De manière générale, un programme de modernisation et d’intégrationde l’ensemble de l’outil de production est mis en œuvre pouraméliorer la qualité et réaliser des gains de productivité.C’est ainsi que 800 MDH ont été injectés dans lesunités de production. Ce travail a été couronné,entre autres, par l’obtention de la certification Iso 9001 2000. Mais cevent de modernisation n’a pas encore totalement influé sur le modede fabrication du pain de sucre. Un peu plus de 75 ans après le débutde sa fabrication au Maroc, le processus technique est encore tributaire d’unemain-d’œuvre nombreuse, utilisée en particulier pour le démoulageet l’emballage. Malgré tout, le pain de sucre poursuit son petitbonhomme de chemin.

Un produit qui se vend tout seul
Sa force, il la tient surtout de sa facilité de conservation, c’est-à-direde sa forte résistance aux agressions du temps, contrairement aux autresformes (granulé, petits morceaux et lingots). Autre atout tout aussi important,on peut le transporter sur de très longues distances sans risque de détérioration.D’où son succès dans les régions isolées etdifficilement accessibles (zones désertiques ou semi désertiques),les régions à faible pouvoir d’achat, notamment les campagnes,là où le souci d’économie détermine les actesd’achat.

Petit détail intéressant à relever : on ne verra jamaisle pain de sucre sur le petit écran, comme bien d’autres produits,ou sur des affiches. Le fabricant n’en a pas besoin car c’est unproduit qui se vend tout seul, auprès d’une cible bien précise.D’ailleurs, d’après une étude effectuée parla Cosumar, la marque «Ennemer» (Le tigre) affiche un taux de notoriété de94 % chez les consommateurs. La raison en est que le produit est resté inchangé aussibien en ce qui concerne sa taille, son poids que la couleur bleue de son emballagepapier. Il est vrai que des retouches ont été faites, mais trèslégères. En outre, le produit n’est plus conditionné,comme il l’a été au départ, dans des sacs de jute,mais dans du carton, plus commode et moins lourd, en quantités plus petites.

En revanche, aussi étrange que cela puisse paraître, la commercialisationse fait toujours selon une méthode datant de la période des pénuries.La démarche consiste à appointer des distributeurs, trèssouvent des grossistes en sucre et thé, choisis selon leur rayonnementcommercial, leur surface financière et leur capacité d’écoulement.Il revient à ces derniers d’approvisionner les épiciers etautres petits détaillants. Ainsi, tout le pays est quadrillé depuisla grande ville jusqu’aux villages les plus reculés.

Un schéma resté inchangé depuis plusieurs décennies,un peu à l’image du produit lui-même qui refuse de céderaux sirènes de la modernité.

Lavieeco

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