Hicham Boudraa, DG par intérim de l’AMDIE : « Seuls les projets qui ont une valeur ajoutée pour le Maroc sont retenus »

28 projets d’une valeur de 23MMDH ont été approuvés par la commission des investissements que préside le chef du gouvernement. Entretien avec Hicham Boudraa, DG par intérim de l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations (AMDIE) pour comprendre le travail de la commission et les critères de choix des projets.

La Vie Eco : En quoi consiste le travail de la commission des investissements et quel est le rôle de l’AMDIE ?

Hicham Boudraa : L’AMDIE gère le secrétariat de la commission des investissements. Cette dernière existe depuis des années déjà, et nous venons de tenir sa 76ème réunion. Présidée par le chef du gouvernement, la commission des investissements est chargée de gérer les mécanismes d’incitations : fiscales, douanières, la formation, les infrastructures, le foncier, les connexions externes à savoir l’électricité, l’eau, la route, etc., qui bénéficient aux projets retenus, dont le montant d’investissement doit être, strictement, supérieur à 100 millions de DH. Les bénéficiaires soumettent leurs dossiers au niveau local. Ils sont ensuite remontés à une commission technique, réunissant tous les départements ministériels, pour qu’ils soient étudiés. Le ministère de l’économie et des finances en est un membre permanent. Pour ce qui est des autres départements, leur présence est exigée en fonction de la nature des projets à étudier. Si, par exemple, un projet porte sur l’environnement ou l’urbanisme, les ministères de tutelle doivent être présents pour contribuer aux études. Seuls les projets, qui ont une valeur ajoutée pour l’Etat, sont retenus. Ils ne doivent pas avoir un caractère purement commercial. En clair, l’Etat ne va pas subventionner la distribution, dans le cadre de cette commission des investissements. Un investisseur qui va construire des magasins, il est vrai qu’il va créer de l’emploi, mais cela reste une activité commerciale.

Sur le plan technique, comment sont choisis les projets au sein de cette commission des investissements ?

Au-delà du montant d’investissement exigé, c’est le positionnement stratégique du projet, qui est déterminant dans le choix. En effet, au sein de la commission, il arrive très souvent de rejeter des projets portant sur la construction des cliniques à Casablanca ou Rabat. L’Etat n’accompagne pas ce genre de projets. Car, c’est une activité dont seul l’investisseur en profite. En revanche, si le projet consiste à construire une clinique dans un village enclavé en vue d’aider les populations, l’Etat suivra. Il y a  toute une réflexion stratégique derrière.

Casablanca-Settat est pourtant  la région qui a le plus bénéficié des investissements retenus par la commission. Comment l’expliquez-vous ?  

Ce n’est pas toujours le cas. L’année dernière, ce sont les régions du sud qui étaient en tête de classement.

Autre exemple: Béni Mellal-Khenifra, une des régions les plus pauvres au Maroc, est en bas du classement en matière d’investissements approuvés…

A un certain moment, il faut tout réduire à la simple équation de l’offre et la demande. Les investisseurs, tant étrangers que locaux, choisissent d’investir, dans une région mais pas une autre, parce qu’ils y trouvent ce qu’il faut : les infrastructures, la logistique, les accès routiers, l’eau, l’électricité, les écoles et les ressources humaines adéquates. Si Béni Mellal-Khenifra, qui est une région à forte valeur ajoutée agricole, veut se transformer en une zone industrielle orientée dans l’automobile ou autre, il faut qu’elle dispose des critères que cherchent les investisseurs. Maintenant, nous n’allons pas attendre que la transformation soit faite. Mais faire en sorte d’étudier ses spécificités en vue, dans le cadre de la régionalisation avancée, de l’amener vers ses points forts. En effet, les efforts doivent être déployés pour développer le potentiel agricole de cette région via la mise en place des unités de transformation. Cela aura pour effet de faire émerger un écosystème : emballage,  logistique…

Selon quelle logique vous traitez les demandes de joints-ventures que vous recevez ?

Nous nous considérons comme des vendeurs avec une palette de produits. Notre marchandise est le Maroc ainsi que ses atouts : la stabilité politique, la logistique ainsi que tout ce que nous avons développé ces dernières années. Nous disposons également des écosystèmes. Nous sommes à la recherche d’investisseurs, qui sont prêts à acheter ce que nous proposons dans une logique de renforcement des écosystèmes présents et pour en développer d’autres. Nous avons un manque, en outre, dans un certain nombre de métiers. A titre d’exemple, l’amont du secteur du textile, à savoir la filature est quasi absente au Maroc. Seule la confection est développée.

C’est pour vous dire d’une maniere générale que pour sécuriser notre industrie, nous agissons dans une logique d’intégration locale absolue. L’objectif est de fabriquer le produit en entier au Maroc. A travers les joints-ventures, nous importons des connaissances, un savoir-faire et nous créons de nouveaux marchés en vue de renforcer notre compétitivité.