Habillement de luxe : Le sur-mesure, un must…

En matière d’habillement, le sur-mesure constitue le summum de l’élégance. De plus en plus nombreux sont les hommes qui font appel à  ce savoir-faire afin d’agrémenter leur vestiaire de pièces d’exception. Zoom sur quatre mains expertes qui façonnent et fascinent à  Marrakech.

Le sur-mesure est aux antipodes du prêt-à-porter mais il ne le dénigre pas. Il répond simplement à d’autres exigences. Il se situe entre l’univers du luxe et celui de l’artisanat. Par conséquent, le sur-mesure véhicule avec discrétion les notions d’exception, de rareté, de bel ouvrage, de patience et de qualité. La beauté tutoie l’amour du travail bien fait, les métiers manuels se frottent au marketing et au design.
Comme il s’agit avant tout d’artisanat (de niche de surcroît), il va sans dire que les ressources humaines se font de plus en plus rares.S’adressant à une clientèle essentiellement masculine, le sur-mesure répond aux attentes d’hommes exigeants, soucieux d’inclure dans leur dressing des pièces conçues spécialement pour leur morphologie (parfois compliquée ou complexée) et susceptible de les distinguer au quotidien ou lors d’occasions particulières.

Certes, en matière de sur-mesure les tarifs pratiqués peuvent s’avérer onéreux, voire prohibitifs. Mais n’oublions pas que ce travail exceptionnel implique de nombreuses opérations manuelles, donc du temps (une autre denrée rarissime) et a souvent recours à des matières nobles (donc coûteuses à la base). Maints domaines accueillent le sur-mesure. De la bagagerie au mobilier, des instruments de musique aux voyages d’agrément, des parfums à la joaillerie… de grands noms du luxe ont investi ce créneau confidentiel. A Marrakech, on a la chance de trouver deux adresses de choix qui raviront la gent masculine. De surcroît, leurs fondateurs ont des talents tout à fait complémentaires, puisque le premier fabrique des souliers, alors que le second vous habille à la carte ! Ensemble, Monsieur est donc vêtu de la tête aux pieds.

A votre pointure

Commençons par ces derniers. On dit souvent que ce que les femmes observent en premier lieu chez un homme, ce sont ses chaussures. Il est vrai que cet accessoire prouve si l’on est soigneux ou pas. Par ailleurs, force est d’admettre que les pieds qui supportent notre poids méritent un confort légitime. Etre bien chaussé peut donc s’apparenter à une bonne hygiène de vie. Alors, si le bon se fait beau… on est aux anges ! Vincini Bottier est une maison qui propose une collection de souliers réalisés sur-mesure pour une clientèle locale et internationale en attente d’un produit de qualité entièrement personnalisable. La marque est née de la passion de Jean-Michel Davanzo pour son métier de cordonnier bottier qu’il a exercé pendant de nombreuses années dans les beaux quartiers parisiens, avant de s’expatrier à Marrakech en 2002, où il a formé ses artisans, et créer un atelier qui jouit, après dix ans d’existence, d’une réputation de qualité qui dépasse les frontières du Maroc (grâce au bouche à oreille, et à un site web). Les prestations proposées n’ont pour limite que l’imagination de la clientèle, des amateurs avertis qui connaissent les codes de l’artisanat de luxe. Bien sûr, pour les guider dans ce vaste univers de l’élégance, Jean-Michel Davanzo à mis au point un grand nombre de formes à monter et présente près d’une centaine de modèles avec un choix de patines et de finitions qui permettent de chausser un modèle unique.
A partir de la prise de mesures du client, celui-ci est orienté dans le choix de la forme la plus adaptée à son pied, et de son modèle. Commence ensuite la conception du soulier. La coupe des différentes pièces est réalisée dans des cuirs en provenance des Tanneries du Puy, maison dont la réputation en tant que fournisseur des plus grands noms du luxe n’est plus à faire. Viennent ensuite l’assemblage et le piquage de la tige puis le montage, pour arriver à un soulier représentant les lignes du chaussant du client. Après une semaine environ, arrive le premier essayage qui permet éventuellement de corriger la forme. Une fois que le client ressent un confort absolu, les étapes de fabrication peuvent reprendre : pose de la semelle, finitions et enfin la patine qui habillera le soulier d’une robe unique et exceptionnelle.

Vincini Bottier répond à la demande par le biais de quatre lignes. Classique, casual chic, et la plus appréciée, la ligne Dandy Marrakech. La quatrième propose des modèles de souliers de golf également sur-mesure. Mais quid des tarifs ? L’offre de prix est imbattable ! Jugez plutôt la collection allant des loafers aux richelieus en passant par les derbys et les sneakers est comprise entre 3 000 DH et 5 500 DH pour les modèles en veau, et jusqu’à 10 000 DH pour une paire en galuchat véritable. A titre de comparaison, les maisons européennes proposent des prix qui oscillent entre 1 200 et 2 000 euros. Dans les deux cas, il s’agit de «petite mesure». Elle se différencie de la grande mesure par le fait que cette dernière offre au client une forme exclusive (souvent archivée), une paire de chausson d’essayage à porter durant un mois avant de procéder à la fabrication des souliers… L’ensemble pour des tarifs qui débutent à 4 000 euros et peuvent atteindre des sommes vertigineuses.

Jouissant d’une excellente réputation sur le marché local, la marque est sur le point de proposer son service sur mesure à une clientèle de plus en plus grandissante de passionnés désireux de s’offrir les prestations des grandes maisons à des tarifs plus attractifs mais n’ayant pas la possibilité de séjourner suffisamment de temps dans la ville ocre, pour profiter des prestations du maître bottier marrakchi. Pour ce faire, Jean-Michel Davanzo se déplacera à partir de l’année prochaine à l’étranger, afin de présenter lors de réunions privées sa collection et prendre les mesures de ses futurs clients.

Petite et grande mesure

Dans un autre genre, Federico Banzola officie en tant que tailleur. Par modestie mais également déontologie professionnelle, ce dernier refuse la désignation de «Maître tailleur»…, en raison de son jeune âge, bien qu’il ait fait ses armes durant plusieurs années dans l’atelier d’un grand nom de la Haute couture française. Mais mû par le désir de découvrir d’autres horizons et surtout de mettre sa sensibilité créatrice au service de son métier en créant sa propre ligne vestimentaire, en 2010, il décide de s’installer à Marrakech. Après plusieurs mois de prospection et de recherche fastidieuses, il trouve enfin les ressources humaines nécessaires (une espèce en voie d’extinction), ainsi que les espaces adéquats. Finalement, son rêve se réalise pleinement durant l’été dernier où naît sa maison de couture. Là, dans le pur respect de la tradition tailleur, Federico Banzola conçoit des créations qui correspondent aux souhaits et besoins exprimés par une clientèle en phase avec son époque mais avertie. Des clients qui voyagent beaucoup, qui connaissent les codes du luxe mais qui sont lassés du prêt-à-porter, qu’il trouve impersonnel, standardisé, insipide. Sans compter que de nombreuses collections de mode affichent des tarifs excessifs pour une qualité laissant parfois à désirer.

Aux antipodes de cette pratique industrielle, notre jeune tailleur propose à sa clientèle trois lignes bien distinctes. La première, dénommée «Misura Traditionale» s’adresse aux gentlemen chevronnés qui prêtent une grande attention à leur style. Cette gamme réunit l’ensemble des axes de la «grande mesure», telle qu’elle se pratique en Occident. A savoir, un patronage unique monté sur toile, intégralement fait main. La deuxième, «Modern Bespoke», est une ligne dédiée aux messieurs soucieux de leur vestiaire et voulant obtenir le meilleur rapport qualité/prix. On parle à son sujet de «petite mesure», car il s’agit d’un montage semi traditionnel (manuel et à la machine), tout en étant sur mesure. Quant à la troisième, elle est griffée «London meet Marrakech». Il s’agit d’une ligne de prêt-à-porter sartoriale. Elle respecte donc les codes tailleur. Mais elle surfe sur les tendances et les envies, tout en distillant élégance et prestance. A son propos, Federico Banzola l’appelle «gentleman marrochino» (petit clin d’œil sympathique à son pays d’accueil) !

Des process de fabrication rigoureux

Quant à la fabrication proprement dite, tout dépend de la ligne. Il incombe au client d’opter pour celle avec laquelle il se sent le plus d’affinités. «Pour celle que je décris comme haute mesure, nous parlons de pièce unique. Un patronage exclusif est donc réalisé à partir de la prise de mesure du client. Suivent trois essayages indispensables à la réalisation du complet qui réclame un grand nombre d’heures de travail !», nous apprend Federico Banzola. «Pour le modern bespoke, nous sommes toujours en sur mesure, à ceci près que les techniques de montage sont semi traditionnelles, comparables au prêt-à-porter et la demi-mesure de grande maison telles Smalto ou Brioni, avec pour seule différence, mais non des moindres, le prix pour acquérir un article sur mesure», raconte notre tailleur. Quant à l’ultime ligne, elle est montée en semi traditionnel et varie selon la saisonnalité, ainsi que d’autres facteurs.

A propos de sa clientèle, Federico Banzola nous apprend que «pour ce qui est du sur-mesure, nous n’avons pas de profils clients types. On peut recevoir un directeur en hôtellerie souhaitant garnir son vestiaire élégamment avec une certaine promesse de longévité des pièces, due à son utilisation journalière, mais également un entrepreneur désirant asseoir sa position quant à son élégance, tout en restant dans les codes classiques, ou bien encore le mondain qui veut absolument une pièce originale et personnelle. Nous accueillons aussi de nombreux clients de passage qui ont entendu parler de nous et qui souhaitent s’offrir du sur-mesure à qualité égale de l’Europe mais à un prix tout autre. Nous servons toujours avec le même plaisir les demandes aussi larges que peut l’être l’imagination de nos clients».

Des prix attractifs

Le jeune tailleur nous renseigne sur les tarifs pratiqués. Ainsi, pour la ligne Misura Traditionale, les costumes proposés sont dans une fourchette de 20 000 DH et plus, selon les tissus commandés. Le cachemire, par exemple, étant bien plus onéreux que la laine. «Pour l’équivalent parisien, une pièce haute mesure chez Brioni ou encore Smalto débute à 5 000, voire  6 000 euros», souligne Federico Banzola. La ligne Modern Bespoke commence à 8 500 DH et peut atteindre 12 000 DH. «Pour les commandes spéciales de smokings et autres tissus complexes, à ma connaissance je ne connais pas de Maison qui offre le même service ; c’est en soit une révolution ! Dans le sens où dans les grandes Maisons, vous avez le choix entre sur mesure, demi-mesure, et prêt-à-porter. Chez nous, nous avons mis au point une ligne qui offre tout l’intérêt de la haute mesure, en alliant le montage semi traditionnel, employé dans le demi-mesure et le prêt-à-porter des grandes Maisons. Or, ces dernières affichent un prix moyen de 3 000 euros», indique le tailleur. Quant au prêt-à-porter, selon les créations, il faut compter une fourchette moyenne qui varie de 4 500 DH à 5 500 DH pour une veste, par exemple.

Par ailleurs, Federico Banzola nous avoue que les freins sectoriels ne sont pas aussi nombreux que dans d’autre pays. En Europe, on assiste à une perte sans précédent de la main-d’œuvre qualifiée, «l’atelier prenant souvent des allures de maison de gériatrie, un constat triste mais réel. Ici, ce n’est pas un problème. Le seul vrai frein majeur concerne les matières premières, qui demeurent difficiles d’accès, et compliquées à importer, voire impossible à trouver sur place», précise le tailleur. Ceci dit, ce dernier note que «nos perspectives à moyen terme sont bien sûr d’étendre notre proposition à d’autres grandes villes du Royaume, telles Casablanca et Rabat, où nos clients souhaiteraient nous trouver près de chez eux. A moyen et long terme, nous ciblons l’Europe. Nous travaillons actuellement sur des propositions  à exporter nos services en nous déplaçant à la rencontre de nos clients basés  là-bas mais également aux Etats-Unis. Chez «Federico Banzola», nous aimons penser que l’élégance est un voyage, non une destination, et que notre voyage à nous est né dans ce beau Royaume du Maroc», conclut, confiant, le dynamique tailleur créatif.