Gouvernement : ce qui a été fait en huit mois

Les objectifs fixés lors de la déclaration de politique générale
ont été largement atteints ou même dépassés.
Infrastructures, mise à niveau, accord social, santé et habitat
ont été les principaux chantiers.
Des chantiers non programmés ont été lancés.

Colossal ! C’est ainsi que l’on pourrait qualifier le travail entrepris par le gouvernement depuis le 19 novembre 2002.
Près de huit mois après sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Driss Jettou a dressé, jeudi 10 juillet, à l’occasion de la clôture de la session parlementaire, le bilan de son action. Pragmatique, comme à son habitude, Jettou est revenu sur la déclaration du 19 novembre pour faire un parallèle chiffré entre le prévu et le réalisé.
Le politique est le parent pauvre de l’action gouvernementale
D’emblée, une évidence saute aux yeux. Si dans le domaine économique et social les résultats sont plus que satisfaisants, le bilan politique, lui, est quasiment inexistant. Mis à part le réengagement en faveur de la démocratie et des droits de l’Homme et son affirmation de l’irréversibilité des choix opérés quant à l’instauration de l’Etat de droit et à la suprématie de la loi, Driss Jettou n’a pas eu grand-chose à présenter. On relèvera au passage que l’amélioration de la condition matérielle des fonctionnaires appartenant aux services de sécurité (police, gendarmerie, forces auxiliaires…) est un engagement qui a été tenu. De même qu’on notera l’engagement à assurer une transparence totale pour les échéances électorales à venir. Pas plus. De justice, de diplomatie ou d’affaires religieuses il n’a point été question. Un peu comme si le gouvernement n’avait pour mission que celle du développement économique et social. Mais n’était-il pas préférable de parer au plus pressé? Faut-il s’en plaindre quand on voit ce qui a été réalisé ?
Sur la feuille de route tracée par Jettou, l’essentiel des objectifs a été atteint et même dépassé.
• Ainsi, sur le volet macro-économique, l’inflation sera maintenue à 2% et le déficit budgétaire limité à 3% du PIB. Le taux d’épargne se situe à 25% tandis qu’à fin juin, les investissements ont totalisé 7,4 milliards de DH (36 conventions signées), soit trois fois plus qu’au cours du premier trimestre 2002. Ils donneront lieu à la création de 9 000 emplois. Le taux de chômage, lui, continue à baisser, quoique de manière faible, puisqu’il est passé de 12,5% au cours du dernier trimestre 2002 à 11,9% durant le premier trimestre 2003. Un gain qui n’est pas forcément à l’actif de ce gouvernement. Par contre, on notera que la construction de
100 000 logements sociaux par an créera, elle, 150 000 emplois directs par an. De quoi gagner près d’un point supplémentaire.
• Au niveau des infrastructures, le rythme de réalisation a été accéléré. Ainsi 130 km d’autoroutes seront construits cette année, au lieu des 100 prévus et loin des 40 km réalisés en moyenne annuelle entre 1991 et 2001. Au total, on dépassera le chiffre de 400 km d’ici à 2007, tel que le prévoyait le programme du gouvernement. D’autre part, la décision de lancer les tronçons Marrakech-Agadir et Fès-Oujda a été entérinée. Ne manque plus que le montage financier. Enfin, le financement des 500 km de la rocade méditerranéenne (Tanger-Saïdia) a été bouclé et le rythme des travaux sera doublé de sorte qu’elle sera prête bien avant 2007.
Pour les autres projets d’infrastructure, il y a lieu de signaler le lancement à Tahaddart, de la centrale énergétique à cycle combiné ; le démarrage des travaux du port de Tanger-Med et l’extension prévue de ceux de Jorf Lasfar et Larache ; le début des travaux de doublement de la capacité de l’aéroport Mohamed V à Casablanca et la programmation de l’extension de ceux de Tanger et Al Hoceima.
Sur le chapitre des infrastructures, les zones industrielles ne sont pas en reste puisque pas moins de quatre d’entre elles sont en cours de lancement.
• La mise à niveau de l’économie, autre chantier de taille, est (enfin !) entrée dans une phase concrète. Pour les entreprises, le FOMAN (fonds de mise à niveau) est pratiquement opérationnel et le taux du crédit a été unifié (5%). La promotion du produit Maroc, elle, a été repensé : un seul organisme, l’ONIX en aura désormais la charge. Au niveau de l’administration, le rôle des CRI a été renforcé. De simples relais, ils sont devenus les acteurs régionaux de la mise à niveau. Les procédures administratives ont été simplifiées et la mise en ligne des services a été décidée pas plus tard que cette semaine. Enfin, le portefeuille des établissements publics a été relativement assaini avec la résolution des problèmes de la Sodea, la Sogeta et la BNDE qui avaient fini par plomber le budget de l’Etat.
La formation professionnelle a aussi bénéficié d’un sérieux coup de pouce. Ainsi, l’effectif des stagiaires a été doublé en contrepartie d’une rallonge budgétaire de 18% seulement. Le gouvernement Jettou a également entrepris de mettre sous la tutelle de l’OFPPT tous les autres établissements de formation professionnelle relevant des autres ministères, afin de favoriser la mise en place d’une stratégie unifiée. L’engagement de former 400 lauréats d’ici 2007 sera largement dépassé puisqu’au rythme actuel, on prévoit d’arriver à 650 000.
• L’appui aux secteurs porteurs, autre engagement, s’est concrétisé à travers le tourisme pour lequel
10 000 lits seront réalisés cette année, soit 7 fois plus que la moyenne 1995-2000 ; la pêche, avec l’arrêt des licences et un diagnostic complet du secteur ; le textile, avec la mise en oeuvre du contrat-programme et l’agriculture. Sur ce dernier point 53 000 ha seront dès cette année disponibles et octroyés par appel à manifestation d’intérêt en vue de développer les filières oléicole, agrumicole et dattière.
• L’ accord social du 30 avril reste la réalisation phare du gouvernement. Le Code du travail a été adopté et la loi organique réglementant le droit de grève sera présentée à la session parlementaire d’octobre. En ajoutant à cela la réforme de la CNSS, de la CNOPS et de la CIMR, celle du système de retraite et l’AMO (montage en cours) c’est un nouveau modèle social qui est en train de prendre forme.
• En matière de logement, là encore, les réalisations dépassent les prévisions. Le programme de Jettou prévoyait 100 000 logements sociaux par an. Un objectif qui sera dépassé puisqu’à fin juin, 94 000 ont déjà été lancés. D’autre part, 514 ha de terrains ont été mobilisés pour être cédés aux promoteurs immobiliers.Côté demande, l’accès au logement a été revu avec des crédits bancaires s’étalant sur 25 ans, une quotité de financement pouvant atteindre 100% et la mise en place de trois fonds de garantie.
• La santé n’est pas en reste. Un vaste programme de réhabilitation a été lancé. Il concerne 119 hôpitaux et 19 centres de santé. De même, 245 unités médicales fermées seront réactivées. Pour cela, 387 médecins et 287 paramédicaux ont été recrutés. 4 centre d’oncologie vont ouvrir leurs portes cette année à Casablanca (mardi 8 juillet), Agadir, Oujda et Tanger. Il est prévu également la création d’un centre pour brûlés graves à Meknès et d’un centre d’excellence (traitement de la douleur et greffe d’organe) à Casablanca. La réforme des urgences a, elle aussi, été lancée.Elle concernera 33 hôpitaux publics. Le premier SAMU démarrera ces jours-ci à Casablanca. Enfin, le système d’achat des médicaments sera complètement remanié.
• Pour le développement rural, pari tenu également. A fin 2003, 2 500 villages auront été raccordés au réseau électrique et
750 000 personnes supplémentaires auront accès à l’eau potable, soit le double de ce qui a été fait en 2002. Mais l’exploit le plus important reste celui des routes rurales. On en faisait 1 000 km par an, on en a programmé 1500 et on atteindra 1 762 km à la fin de l’année.
• Enfin, la lutte contre l’analphabétisme a aussi bénéficié d’un effort considérable. L’objectif du million d’inscrits a été atteint dès la première semaine de la campagne nationale lancée fin mai.
Promesses tenues, donc, pour le gouvernement Jettou. Et, cerise sur le gâteau, des réalisations non programmées sont également à mettre au bilan. 1 000 terrains de sport seront bâtis cette année, 500 maisons de jeunes seront soit restaurées soit construites et 500 bibliothèques seront équipées, en faveur des jeunes. De même la capacité d’accueil des colonies de vacances a été doublée.
Un bilan très honorable mais un seul regret. Celui que Driss Jettou soit davantage un super-ministre de l’économie et du social qu’un chef de gouvernement dans tous les sens du terme. Mais on ne se plaindra pas. Pour une fois qu’on a du concret à se mettre sous la dent…