Financement : moins de 10 000 TPME ont bénéficié des subventions et instruments d’appui public en 2017 !

Plus de 40 instruments sont mis à la disposition de la TPME. La Caisse centrale de garantie a accompagné 9100 TPME avec une enveloppe de 20,2 milliards de DH. Compte tenu des critères assez stricts, les TPME peu structurées sont exclues d’office.

Les TPME mettent-elles à profit les instruments d’appui et programmes publics de financement qui leur sont destinés ? Très marginalement ! D’après les chiffres officiels traités par La Vie éco, sur un tissu entreprenarial de plus de 2 millions de TPE (réalisant moins de 10 MDH de chiffre d’affaires), 35 000 PME (CA compris entre 10 et 200 MDH) et 800 GE (CA de plus de 200 MDH), moins de 10 000 ont bénéficié d’offres d’appui public pour accéder au financement en 2017! Dans le détail, la Caisse centrale de garantie (CCG) qui pourvoie la majorité de ces instruments à côté de Maroc PME a accompagné 9100 TPME en mobilisant une enveloppe de 20,2 milliards de DH, en croissance de 23% par rapport à 2016. Ce qui représente ainsi une part de 80,8% de l’encours global de la caisse qui va aux TPME. De son côté, les dernières données de Maroc PME font apparaître qu’en deux ans (entre 2014 et 2016), pas plus de 654 TPME ont bénéficié des instruments d’appui de l’ex-ANPME pour moins de 5,3 milliards de DH d’investissements. A noter qu’une part très marginale des offres d’appui est proposée par Finéa (cautions de marchés publics) et Maroc Numeric Fund (accompagnement des start-up).

Déficit d’information

Pourtant, l’ensemble de ces organismes proposent une large palette de solutions de subventionnement, primes, aides, prêts d’honneur, garanties, etc., qui couvrent tous les stades de vie de l’entreprise et tous les besoins afférents à chaque étape de la création/amorçage à l’investissement en passant par l’exploitation et les opérations à l’international… D’après le recensement fait par La Vie éco de ces instruments, plus de 40 solutions sont aujourd’hui proposées pour la TPME. De plus, «la plupart de ces établissements se sont dotés sur les dernières années d’organisation identique à celles des banques commerciales et ont fait un grand travail pour améliorer la capillarité de leurs réseaux et leur présence territoriale», explique un membre de la direction régionale d’une grande banque de la place.

Banquiers, responsables d’organismes d’aide au financement et membres de la commission financement de la CGEM s’accordent à dire qu’il s’agit surtout d’une problématique de demande plus qu’une déficience au niveau de l’offre d’accompagnement.

En tête des raisons invoquées pour expliquer ce recours très timide à des solutions qui font sauter le verrou de l’accès au financement figure le manque d’information des gérants et managers de TPME dû lui-même au déficit de communication des établissements de gestion des aides et garanties. De plus, «une partie de la responsabilité est également endossée par les banques qui ne sont pas très présentes sur le conseil et restent confinées dans les missions de la banque classique et basique», relève un membre de la Confédération patronale. Sachant que pour bénéficier des instruments d’appui au financement, la banque joue un rôle d’interface entre la TPME cliente et l’organisme public.

Des mécanismes d’intervention à revoir ?

A côté de ce souci d’information, les comptes des TPME et leur structure financière pèsent gros dans l’équation. «Il ressort des dossiers que la grande majorité du tissu des TPE présentent des bilans peu solides, sont peu capitalisées, et/ou soumettent des projets sans pertinence économique qui n’arrivent pas à convaincre les banquiers», explique un expert-comptable, patron de fiduciaire.

Difficile donc de les soutenir quand on sait que les critères d’éligibilité sont très rigoureux et précis. Par exemple, le programme Imtiaz de Maroc PME soutient les PME en phase d’amorçage ou de croissance (entreprises dont le CA annuel HT est inférieur ou égal à 200 MDH) à condition que ces entreprises disposent d’un projet d’investissement créateur de valeur ajoutée et d’emplois et/ou qui favorise le changement d’échelle et l’émergence de nouveaux modèles d’affaires. Les bénéficiaires de ce programme ont une prime de 20% sur leur projet d’investissement matériel ou immatériel dans la limite de 10 MDH (non remboursables). Le programme Istitmar est destiné aux TPE à fort potentiel (entreprises dont le CA annuel HT est inférieur ou égal à 10 MDH). De la même manière, ce programme cible les projets d’investissement qui favorisent la transformation industrielle, le développement d’innovations qui répondent aux besoins du marché et/ou le renforcement des relations avec les donneurs d’ordre. Cette exigence débouche souvent sur un paradoxe: ce sont les PME structurées qui recourent à ces solutions pour décrocher des financements avec des conditions meilleures alors qu’elles n’ont pas de souci à décrocher des crédits. La question est donc de savoir s’il ne faut pas revoir les mécanismes d’intervention.
Enfin, l’on insiste sur le déterminant culturel pour expliquer le peu d’attrait des offres d’appui. «La culture du secret d’une majorité de patrons de TPME les pousse à se détourner de tout partenaire. Pour eux, en allant vers ces organismes d’aide, ils vont devoir exposer l’entreprise aux regards externes, notamment ceux du fisc et de la CNSS…» conclut l’expert-comptable. Souvent, cette attitude explique pourquoi une large frange des TPME garde le statu quo et peinent à aller vers de nouveaux paliers de développement.

Pour favoriser l’inclusion financière des TPME et des micro-entrepreneurs et mieux les informer, la Direction du Trésor et des Finances Extérieures, avec la collaboration de la Coopération allemande, vient d’élaborer un recueil englobant l’ensemble des offres d’appui au financement au profit des TPME. Ce projet vise le renforcement de la communication et la diffusion, auprès des porteurs de projets et des promoteurs, des produits destinés au financement des TPME ; l’amélioration de la connaissance et de la visibilité des différentes parties prenantes des secteurs public et privé et la contribution à une meilleure convergence des efforts des acteurs de la place. Ce recueil est structuré en six fascicules distincts regroupant les offres et produits relatifs à chaque stade de vie et besoins de l’entreprise. Il s’agit notamment de l’amorçage/innovation, la création, l’exploitation, l’investissement et développement et les opérations à l’export. Le document servira également de base à la conception d’une plateforme digitale interactive, en cours de construction, dédiée aux instruments d’appui aux TPME. Cette plateforme, caractérisée par sa simplicité, devra répondre aux premiers besoins d’informations de base, à même d’orienter l’utilisateur vers la ou les solutions les plus pertinentes par rapport à sa situation et à son besoin.