Filière rizicole : producteurs et industriels tirent la sonnette d’alarme

Pour la campagne 2002-2003, seulement 1 800 ha ont été exploités
sur un potentiel de 12 000 ha.n L’usinage n’utilise que 30 % de ses
capacités de production.
La culture du riz est délaissée alors qu’elle rapporte plus
que celle du blé.

En matière de riz, la capacité d’usinage du Gharb est de 1,3 million de quintaux. Elle n’est utilisée qu’à hauteur de 39 %, au maximum. C’est le ministère de l’Agriculture qui l’atteste. Les industriels, eux, sont dans le désarroi en raison de la sous-utilisation de leurs équipements. Cette année, affirment-ils, avec à peine 1 800 ha exploités sur les 12 000 potentiels, les trois unités du Gharb ne tournent qu’à moins de 30 % de leur capacité de production. «Comment un outil industriel peut-il être rentable dans ces conditions», explique Ali Mechiche Alami, président de Somarroz, l’une des trois unités opérationnelles de la région.
En fait, cela fait des années que les surfaces cultivées en riz connaissent une chute vertigineuse pour atteindre les proportions, jamais égalées, de la campagne 2002/2003.
Pour le ministère, ce sont
2 300 ha qui ont été cultivés alors que les industriels maintiennent leurs chiffres et
annoncent que seulement 117 000 quintaux ont été récoltés (si l’on prend comme base de calcul une productivité de 65 quintaux à l’hectare). Encore que, ajoutent-ils, le retard enregistré dans le semis s’est ressenti sur la qualité du produit.
Quoi qu’il en soit, si l’on excepte les années de sécheresse et la période d’avant la réalisation du barrage Al Wahda qui a résolu le déficit en eau de la région, les surfaces traitées n’ont jamais été aussi réduites. Pourtant, la riziculture est une affaire rentable pour tout le monde. En effet, la région et le pays se trouvent dans une situation abracadabrante : voilà une culture qui rapporte de l’or (un hectare cultivé donne un bénéfice net de 7 000 DH pour le seul agriculteur), et qui est progressivement abandonnée. Les industriels, eux, sont en manque de produits à usiner. Dans le même temps, la consommation nationale, estimée par l’Association professionnelle des rizeries du Maroc à 1 million de quintaux (le Marocain, selon des chiffres concordants des professionnels et du ministère, consommerait autour de 2,2 kg, contre plus de 6 kg pour l’Espagne, par exemple) est loin d’être satisfaite.
Des droits de douane de 172 % entravent l’approvisionnement des industriels
Pour schématiser, le Maroc possède le potentiel de terres nécessaire, un savoir-faire indiscutable des agriculteurs pour fabriquer un produit aux normes internationales, mais il ne produit, les meilleures années, que 350 000 quintaux. La différence entre la production nationale et les besoins du marché est comblée par la contrebande qui en représente les 95 %. Les importations légales, mais soupçonnées de sous-facturation, y interviennent pour 5 %.
Autre difficulté, une taxation de 172 %, censée protéger les agriculteurs, empêche les industriels d’importer la matière première.
Il faut savoir que l’agriculteur, qui se fait de plus en plus prier pour cultiver son clos, est intégralement financé pour toutes les étapes de la campagne. Ce sont, en effet, les industriels qui lui avancent de quoi acheter les engrais, de quoi désherber, de quoi transporter… Ahmed Saïdi, agriculteur et président de la Coopérative agricole de la rizerie de Sidi Allal Tazi, explique : «Les problèmes de l’agriculteur sont, dans l’ordre, le prix de l’eau, la maintenance et l’entretien des réseaux d’irrigation et de drainage, le nivellement des rizières, la généralisation des systèmes de pompage…Or, tout cela dépasse les seules possibilités de l’agriculteur qui, en moyenne, dispose de clos de riz de 2,5 ha. Et quand on parle d’un potentiel de
12 000 ha, il faut un effort de mise à niveau colossal pour apprêter toute cette surface à la plantation
».
Le prix de l’eau multiplié par 30 en 20 ans
A propos du prix de l’eau de l’irrigation, Ahmed Saïdi donne un ordre de grandeur : «En 1977, l’eau était facturée entre 100 et 150 DH pour l’irrigation d’un hectare, aujourd’hui, elle vaut 4 500 DH pour la même superficie et cela c’est le fellah qui le paie».
Le constat du ministère de tutelle est concordant. Mais qui, de l’Etat ou des exploitants, doit procéder à l’équipement et à la mise à niveau des terres, pour la plupart en jamaâ ou distribués dans le cadre de la Réforme agraire ?
Avec tout cela, le riz produit localement se trouve confronté à des difficultés de commercialisation où l’actuelle configuration du marché et l’environnement général ne lui sont pas favorables.
La tutelle est interpellée, en urgence, à agir, de concert avec les intervenants, agriculteurs et industriels, pour sauver la filière. A quoi sert-il, par exemple, de maintenir le prix de l’eau d’irrigation à un niveau élevé, quand on peut obtenir le même apport en argent en augmentant le volume consommé grâce à la réduction du prix à l’hectare ?