FIAD 2019 : optimisme régnant face aux défis économiques du continent

Selon les statistiques dévoilées par le comité d’organisation, près de 5000 rendez-vous d’affaires se sont tenus entre les différents représentants des entreprises inscrites. Parmi les secteurs qui ont compté le plus de demandes de partenariat figurent l’agro-alimentaire, les BTP, le négoce, la distribution, l’énergie et enfin les transports et logistique.

Deux journées durant, un micro-continent s’est réuni à Casablanca pour discuter affaires. Des officiels, hauts dignitaires et présidents de grandes entreprises d’Afrique ont pris le temps de réfléchir collectivement autour d’un mot d’ordre : le rapprochement économique entre les pays du continent, fortement désiré mais dont la cadence reste lente au vue des opportunités qui se profilent.

Intégration régionale, création de valeur et de richesses, rôles de la femme et des jeunes dans la croissance économique… Potentialités, réalisations, mais aussi limitations et défis ont été richement débattus lors des travaux de la 6e édition du Forum International Afrique Développement (FIAD), organisée les 14 et 15 mars à l’initiative du groupe Attijariwafa bank et de son actionnaire de référence le fonds d’investissement panafricain privé Al Mada.

En somme, quelques 2000 opérateurs économiques et représentants officiels de 34 pays africains sont venus échanger avec de nouveaux partenaires potentiels, le tout dans la logique dessinée par le thème voulu pour cet événement : « Quand l’Est rencontre l’Ouest », réunir les deux versants d’un continent plein de promesses, et dont la concrétisation reste handicapée par de nombreux facteurs.

A leur tête, la sécurité. Un impératif qui engloutit un budget conséquent à certains Etats et communautés économiques, et dont l’absence pousse fatalement les investisseurs à voir ailleurs. S’y rajoute le grand besoin en infrastructures au service de la connectivité, surtout en matière d’énergie et de transport, ce qui limite les échanges intra et inter-régionaux. Un autre frein, et non des moindre, reste la faible capacité de transformation des produits, et les exportations de produits bruts de plusieurs pays, voire zones (comme la CEDEAO selon le témoignage de son Commissaire à l’Industrie Mamadou Traore), présentant ainsi un grand manque à gagner en termes de valeur ajoutée. S’y ajoute la nécessité d’adoption de politiques adéquates en matière de circulation des personnes, et le besoin de développer les « soft infrastructures » digitales qui accéléreront l’intégration en faveur des PME.

Autant de défis qu’aspirent à dépasser l’Afrique à travers des initiatives communes. La zone de libre-échange continentale africaine en est un bel exemple. Depuis l’adoption de l’accord portant sur sa création en 2012 par l’assemblée générale de l’UA, 19 assemblées nationales et parlements on ratifié ce dernier, et 15 d’entre eux ont déposé les instruments de ratification auprès de l’Union, informait la  directrice du Commerce et de l’Industrie au sein de l’UA, Treasure Maphanga. L’accord, cependant, prendra force dans les 30 jours qui suivent le dépôt des instruments de ratification du 22e pays. Trois pays manquent à l’appel, mais ce n’est qu’une question de temps, conforte la responsable.

 

 

Un intérêt particulier a été accordé aux femmes entrepreneures, à travers la présentation des mécanismes de financement innovants qui les ciblent. Le doigt a été mis sur la nécessité d’accélérer le déploiement et la communication autour des leviers en faveur de l’entrepreneuriat féminin.

La jeunesse n’était pas en reste, et son avenir a été couplé avec le digital. Les expériences partagées par les « start-uppers » africains et les recommandations émises à leur égard font ressortir qu’un appui fort des pouvoirs publics est nécessaire à la création de champions régionaux. l’exigence d’une meilleur synergie avec le secteur privé, à travers une démarche plus inclusive, est également de mise pour la croissance des start-ups.

Cet impératif d’inclusion a été discuté dans tous ses contours. Il n’est pas un souci exclusif aux Etats et institutions mais aussi un devoir des opérateurs économiques. L’entreprise, à la philosophie simple de rentabilité économique, se focalisant sur le profit, n’a plus lieu d’être. « Cette conception de l’entreprise en tant qu’acteur n’obéissant qu’à de simples impératifs économiques a vécu. Elle n’est plus acceptable socialement. Elle n’est plus acceptable sur le plan environnemental », a expliqué Hassan Ouriagli, PDG d’Al Mada. Résorber les disparités de développement économique existantes en Afrique (régions enclavées, populations en marge, etc) passe aussi par l’investissement des entreprises dans des projets structurants, étoffe le responsable, en partageant la vision d’Al Mada dans ce sens, appelée « Positive Impact ». « Le développement positif, une dimension plus large que le seul « développement durable», un développement qui fait une référence trop exclusive aux aspects écologiques. Pour nous, le développement est « positif » s’il est écologiquement mais aussi socialement durable», éclaire-t-il. Ainsi, à travers les efforts de création d’emplois, d’amélioration du pouvoir d’achat, de désenclavement des territoires… L’entreprise doit avoir une double finalité : créer des richesses, et contribuer au bien commun en renforçant le tissu social de manière durable et respectueuse de la dignité humaine et de la nature.

Des partenaires de tout azimuts 

Au-delà de la discussion des problématiques de l’heure, une majorité d’entrepreneurs est venue rencontrer des partenaires et sonder les possibilités que leur offrent les marchés du continent. Selon les statistiques dévoilées par le comité d’organisation, près de 5000 rendez-vous d’affaires se sont tenus entre les différents représentants des entreprises inscrites. Parmi les secteurs qui ont compté le plus de demandes de partenariat figurent ’agro-alimentaire, les BTP, le négoce, la distribution, l’énergie, les transports et la logistique.

Hedi Essaifi, représentant d’une entreprise tunisienne qui s’active dans les nouvelles technologies, a indiqué à La Vie éco que ces sessions B2B ont répondu à ses attentes. « Nous avons planifié nos meeting en ciblant 3 ou 4 pays où notre secteur d’activité promet de s’épanouir. Nous envisageons de développer ces nouvelles relations, et pourquoi ne pas s’installer dans ces pays-là ». Il précise cependant que certaines conditions doivent être remplies avant d’envisager ce dernier pas. « Dans notre secteur d’activité, le digital, deux paramètres sont important pour lier les pays : les lignes directes avec les pays ciblés et la présence d’une même banque dans notre pays et dans le marché qu’on vise. Entre la Tunisie et le Maroc, par exemple, la RAM et Attijariwafa bank remplissent ces deux critères pour nous », poursuit-il.

 

 

Le « Marché de l’Investissement », espace dédié aux institutionnels pour ériger leur stands et présenter les projets structurants de chaque pays, n’a également pas désempli. Des ministres et de hauts responsables du Maroc, de la Sierra Léone, du Mali, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, d’Ethiopie, du Kenya, du Rwanda et du Mali se sont alternés sur le pupitre de l' »interview pitch » pour exposer les initiatives en faveur des entreprises africaines.

 

 

Encourager, c’est aussi récompenser 

L’un des moments forts de cette édition était la remise des Trophées aux jeunes entrepreneurs et aux entreprises qui consacrent l’esprit de coopération sud-sud.  Le premier prix des « Trophées Jeunes Entrepreneurs » a été décerné à Oussama Abbou, directeur général de « Smart prospective », le 2e a été remis à Yassine Es-said, Fondateur et DG de « Smart on IOT » et le 3e a été remporté par Gael Egbidi, co-fondatrice et DG de Bassite Customer Relationship. Le Jury a également décerné un « Prix spécial » au Tunisien Ayoub Rahoui, Fondateur de Health Services.

Quant aux « Trophées de la Coopération Sud-Sud »,  le prix « Platinum » a été remporté par la société égyptienne El Sewedy Electric, le prix « Gold » par la société Ebomaf du Burkina Faso et celui « Silver » par la société mauritanienne Infolog.